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Les stations de ski et le Mont-Saint-Michel, ces enclaves de province dans lesquelles le FN ne prospère pas
©CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Bonnes feuilles

Les stations de ski et le Mont-Saint-Michel, ces enclaves de province dans lesquelles le FN ne prospère pas

Brexit en juin 2016, présidentielle américaine de novembre 2016, présidentielle française de mai 2017. Ces scrutins ont mis en évidence un clivage nouveau au sein des démocraties occidentales. Quelle en est la nature ? Comment expliquer son émergence ? Est-il voué à perdurer ? Extrait de "Le nouveau clivage" de Jérôme Fourquet, aux éditions du Cerf (2/2).

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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D’autres territoires que les cites balnéaires bénéficient également d’une véritable rente de situation. Il peut s’agir de lieux abritant un patrimoine historique drainant un flux touristique impressionnant et générant localement d’importantes retombées économiques. C’est le cas également de territoires qui, de par leur situation géographique, ont développé des activités sportives et récréatives suscitant elles aussi un afflux touristique important, enrichissant significativement les populations locales. Enfin, autre cas d’un bénéfice lié à la géographie : certains terroirs où les conditions climatiques et géologiques permettent la culture de la vigne et la commercialisation d’appellations très prestigieuses et lucratives.

Dans tous ces cas, les écarts de richesse et de dynamisme économique sont très marqués entre ces enclaves privilégiées et les espaces avoisinants. Ils se traduisent électoralement, comme le montrent quelques exemples lors de l’élection présidentielle en France. Il en va ainsi d’un des lieux les plus touristiques de notre pays : le Mont-Saint-Michel. Située aux confins de la Bretagne et de la Normandie, à bonne distance d’une grande agglomération, cette commune vote moins que ses communes voisines pour le Front national. Dès que l’on s’éloigne du Mont, où se déverse chaque jour la manne de milliers de touristes, le vote FN gagne rapidement en puissance dans des communes agricoles avoisinantes, qu’elles soient ou non situées sur le littoral et qu’elles appartiennent au département de la Manche ou a` celui de l’Ille-et-Vilaine.

Avec sa structuration concentrique, la géographie du vote FN dans ce territoire donne à voir l’impact de la rente touristique sur les comportements électoraux. À plusieurs centaines de kilomètres, dans les Alpes, d’autres communes bénéficient elles aussi d’une rente touristique (et immobilière) : les stations de ski. De par le relief mais aussi l’exposition des versants, des domaines skiables ont été créés. Ceci a entrainé depuis une cinquantaine d’années le développement d’une économie touristique et récréative qui a transformé en profondeur la physionomie de ces petites villes et villages.

Cette activité économique a également généré de nombreux emplois (plus ou moins saisonniers) et enrichi tout une partie de la population locale qui a soit vendu des terrains ou soit investi dans des commerces, des hôtels ou des restaurants. Un écosystème s’est mis en place, engendrant une prospérité économique et la constitution de patrimoines importants. Au premier tour de l’élection présidentielle, François Fillon a ainsi obtenu des scores très élevés. Dépassant régulièrement les 30 %, il franchit même la barre des 40 % voire des 50 % dans plusieurs de ces communes aisées. Dans les départements de Savoie et de Haute-Savoie, le candidat des Républicains recueille en moyenne 30 % des suffrages au premier tour dans les communes où se trouve une station de ski contre seulement 22,7 % dans les communes qui n’en ont pas. Au 2nd, Marine Le Pen y a enregistré des résultats très faibles dans les stations quand Emmanuel Macron triomphait. Dans l’ensemble des départements de montagne, Emmanuel Macron obtient ainsi 67,2 % des suffrages au second tour dans les communes qui abritent une station de ski et seulement 62,9 % dans les communes qui n’en sont pas pourvues.

L’atmosphère et l’ambiance sont différentes à quelques kilomètres dans le fond des vallées. Par un phénomène de chassé-croisé assez cruel, ces communes des vallées qui étaient jadis privilégiées par leur situation géographique (quand les communes d’altitude devaient se contenter d’activités agricoles), sont aujourd’hui bien moins favorisées que leurs voisines qui bénéficient de la rente de « l’or blanc ». Ici aussi, les cartes sont très parlantes puisqu’elles révèlent un vote frontiste qui, à quelques exceptions près, se concentre principalement dans les vallées et en plaine sur les contreforts des massifs alors que les heureux habitants des stations se tournaient plus spontanément vers Emmanuel Macron. Et, une nouvelle fois, à ce clivage électoral nouveau répond un différentiel marqué du prix du mètre carré.

Extrait de Le nouveau clivage de Jérôme Fourquet, aux éditions du Cerf (cliquez sur l'image).

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