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Dans le cadre du projet France 2030, Emmanuel Macron a annoncé un nouveau budget d'un milliard d'euros pour le développement, notamment, des Small modular reactors (SMR).
Dans le cadre du projet France 2030, Emmanuel Macron a annoncé un nouveau budget d'un milliard d'euros pour le développement, notamment, des Small modular reactors (SMR).
©PATRICK HERTZOG / AFP

Énergie nucléaire

Les petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR) : la fin d’un ostracisme ?

Dans le cadre du plan France 2030, Emmanuel Macron a annoncé un nouveau budget d'un milliard d'euros pour le développement, notamment, des Small modular reactors (SMR). Il s'agit de mini-réacteurs d'une puissance de 170 MW, dix fois moins qu'un réacteur classique.

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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L’annonce prochaine du soutien gouvernemental à la filière nucléaire par le biais d’une enveloppe consacrée aux études pour la mise au point d’un réacteur dit « petit » -quelques centaines de MW et non mille- va-t-elle marquer la fin d’une mise à l’index du nucléaire dans notre pays  ou est-ce un nouveau rideau de fumée destiné à calmer les pro-nucléaires lassés des succès des anti et des milliards dépensés dans les énergies éoliennes et solaires ? En tous les cas, sur le terrain, les jeunes engagés dans les techniques nucléaires et qui veulent y faire carrière sont soulagés de ne pas se trouver confrontés trop vite demain à une expatriation en Chine, en Russie, en Corée ou aux USA ! Car le domaine nucléaire occupe plus de 200 000 professionnels dans notre pays et beaucoup d’étudiants comptent bien poursuivre leurs travaux de physiciens, d’ingénieurs ou de techniciens dans un secteur qui est considéré comme prometteur un peu partout dans le monde.

Cette interprétation de la décision prochaine est optimiste, et pourquoi ne pas l’être en effet, après les retraites effectuées depuis le drame de Fukushima en Mai 2011, les annonces d’arrêt du nucléaire en Allemagne juste après, le programme anti-nucléaire du candidat Hollande pour le septennat 2012-2017, suivi par l’en même temps du Président Macron avec l’arrêt d’une des meilleures centrales existantes, Fessenheim, en Juin 2020,  mais aussi du programme Astrid de réacteurs à neutrons rapides en 2019. Le nombre de camouflets enregistrés depuis dix ans par tous les chercheurs et industriels fiers de leurs réalisations et de leurs succès conduit donc à se féliciter de la nouvelle attitude gouvernementale même si les sommes en jeu sont minuscules au regard des problèmes à traiter : si c’est un premier pas, comme une excuse des dix années infernales passées, c’est bien, mais si on s’arrête là, les déceptions seront encore bien plus grandes.

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Car il faut dire que le nucléaire est indispensable à notre présent et à notre avenir et donc il faut aussi arrêter de mentir pour satisfaire quelques irréductibles par exemple en disant  que Fessenheim a été arrêtée pour des raisons de sécurité parce qu’elle était « la plus vieille ». Elle avait été entièrement rénovée et considérée, au contraire, comme une des plus sures de France. De même continuer à alimenter une polémique anti EPR en rappelant  le cout exorbitant du prototype de Flamanville est honteux , on sait que les réacteurs de « série » chinois fonctionnent bien et ont couté le prix annoncé : les causes des dépassements du programme français sont connues et chacun devrait prendre sa part dans les responsabilités des surcouts et balayer devant sa porte. On peut continuer à produire avec l’EPR 2 à un cout convenable de l’électricité d’origine nucléaire. Le nucléaire national reste une technique bien maitrisée par nos spécialistes pouvant fournir de l’électricité abondante et bon marché avec une faible émission de CO2 comparable aux énergies renouvelables. C’est donc une énergie « verte » dont les détracteurs accusent la dangerosité et la présence de déchets non traités. Sur ce dernier sujet la filière à neutrons rapides est une réponse indéniable, la France l’a arrêtée deux fois, Superphénix en 1997 et Astrid en 2019, mais les américains, russes et chinois poursuivent leurs programmes inspirés des nôtres. En ce qui concerne les dangers, on a créé des agences de sureté dans tous les pays « nucléaires », elles imposent des normes, règlements et contrôles. L’accident de Fukushima n’était pas nucléaire, son origine et ses morts viennent du tsunami .

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Le vrai problème pour notre pays est donc de décider, d’une part le programme de maintenance des centrales existantes pour en prolonger la durée de vie, programme engagé dans tous les pays avec succès, et, d’autre part,  le déclenchement  du programme de remplacement. C’est ce dernier point qui est le plus délicat si on veut satisfaire les antinucléaires car ils souhaitent inonder les sols et les mers de milliers d’éoliennes pour éviter la mise en place de nouvelles installations nucléaires. C’est cette décision qui est importante car elle permettrait de s’assurer que notre pays continue à disposer d’une énergie abondante, bon marché et sans émissions majeures de CO2. Toute autre décision, en particulier la multiplication d’éoliennes conduirait soit à un affaiblissement majeur du réseau et à un renchérissement majeur de l’électricité, soit à une installation de multiples centrales à gaz. Ces centrales augmenteraient notre « carbonatation » mais surtout  encore plus le prix de l’électricité. La solution 50% nucléaire et 50% énergies renouvelables n’existe pas n’en déplaise aux drogués des ENR, le nucléaire doit rester à 75% avec de l’hydraulique à 11% tandis que les autres sources pour la plupart intermittentes continueront à couter très cher. Pour cela il faut d’urgence décider la construction de nouvelles Centrales Nucléaires et si le programme d’études SMR décidé aujourd’hui est le préalable à cette décision indispensable pour la sécurité électrique de notre pays et la compétitivité énergétique de la France, réjouissons-nous . Mais si c’est pour nous endormir et attendre encore dix ans en espérant installer partout des petits réacteurs, notre pays aura été grandement fragilisé autant en garantie de service de son électricité que par le prix de celle-ci. En effet les consommateurs commencent à se rendre compte des surcouts conséquences des décisions prises depuis 2011 avec les programmes d’énergies renouvelables intermittentes subventionnés tandis que nous frisons les coupures de courant chaque hiver, le Programme Pluriannuel d’Electricité ou PPE est un échec, le développement accéléré des véhicules électrique lui portera un coup fatal.

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Tandis que nous continuons à ne pas regarder l’évolution du monde de l’énergie, les réalités vont s’imposer à nous. L’après covid relance l’économie et l’Asie est repartie dans sa consommation de charbon : beaucoup de nos importations, y compris celle des matériels des énergies renouvelables ont été fabriquées avec l’énergie du charbon ! La volonté affichée de ralentir l’exploration des énergies fossiles, pétrole et gaz, et le regain d’activité ont conduit au renchérissement des deux autres piliers actuels de la fourniture d’énergie , en Europe le prix du gaz a été multiplié par quatre ! Nous avons rêvé avec nos spots à la télé un monde rempli de belles éoliennes et de panneaux solaires, mais nous devons nous réveiller, notre présent et avenir immédiat est encore très dépendant des hydrocarbures et pour longtemps et le nucléaire représente, comme nos anciens Présidents de la République l’avaient imaginé, une chance de rester une nation prospère. Notre compétitivité industrielle passe par la mise à disposition d’une énergie abondante, bon marché et décarbonée, notre vie sociale serait gravement perturbée par des coupures d’électricité nombreuses et peu prévisibles : en fait nous n’avons pas le choix c’est sans doute dur à entendre pour tous ceux qui ont mené et mènent toujours le combat anti-nucléaire, c’est dur pour les allemands, en particulier, qui ont été à la pointe en la matière, mais c’est ainsi, d’autant que pour des orientations de dépollution des centres urbains nous voulons favoriser les véhicules électriques. Le Covid nous a fait prendre conscience de la nécessité vitale de retrouver un peu plus d’indépendance industrielle, l’industrie nucléaire est là pour nous y aider.  

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