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Les pays du G7 durcissent encore les sanctions contre la Russie mais s’inquiètent de la situation économique à long terme
©NATALIA KOLESNIKOVA / AFP

Atlantico Business

Les pays du G7 ont dont prévenu Vladimir Poutine : les sanctions économiques vont encore se durcir, mais l’Occident ne cache pas ses inquiétudes sur les conséquences à long terme de ce retour à la guerre froide qui bouscule toutes les perspectives de la mondialisation

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Dans l’immédiat, les pays occidentaux ne se préoccupent pas trop des conséquences de la guerre en Ukraine.. Les États-Unis, le Canada, l’Allemagne, la France, l’Italie et le Japon se sont retrouvés dans la configuration initiale qui avait été initiée par Valery Giscard D’Estaing en 1974 au lendemain de la première crise pétrolière.

Cette révolte des pays producteurs qui pensaient semer la zizanie sur le marché pour encore plus augmenter les prix, avait eu pour principale conséquence de rapprocher les pays consommateurs de pétrole sur la même partition. Une partition qui leur commandait de trouver des idées afin d’alléger la facture et surtout de rester très soudés entre eux.

L’agression de la Russie contre l’Ukraine a eu les mêmes effets.  Quel que soit le discours que prononcera Vladimir Poutine pour la fête du 9 mai à Moscou, les chefs d’Etat et de gouvernement membres du G7 ont la conviction que la Russie va sortir de cette guerre très affaiblie. Ils se sont convaincus qu‘il fallait, d’un côté, se retrouver au sein d’une alliance atlantique de défense, et surtout inventer des solutions de marché pour freiner le pouvoir d’agression. En bref, si l’Occident est peu enclin à s’engager dans une guerre mondiale qui serait apocalyptique, les 7 se sont mis d’accord pour poursuivre une forme de guerre économique dont il faudra tirer les leçons à long terme.

Beaucoup de rapports et de notes fournies par les services de renseignements occidentaux ont permis aux dirigeants des pays G7 de s’entendre sur trois points :

1er point. Aussi violente soit l’agression sur le peuple ukrainien, personne n’est pas capable de lire les motivations profondes de Vladimir Poutine. Et la majorité des observateurs pensent qu’une des solutions serait un changement de régime à Moscou, les membre du G7 ont l’intuition que si Poutine est un dirigeant gravissime et inquiétant, il est sans doute entouré de généraux ou de conseillers qui pourraient être pire que lui. Conclusion : Poutine est évidemment dangereux, mais son peuple le soutient encore parce que, par habileté et  propagande, il a su rendre aux Russes une certaine fierté. À défaut de leur apporter la prospérité. Mais ce que l’on sait aussi, c’est qu’il est beaucoup moins bien organisé et équipé qu’il ne le dit et pense. Donc, ses moyens militaires sont importants mais insuffisants au regard des ambitions affichées initialement. Il va donc falloir trouver une porte de sortie. Parce que ça pourrait être pire sans Poutine. 

2e point : les sanctions, aussi sévères soient-elles, ne gênent pas trop l’économie russe à court terme. D’abord, parce que les sanctions ont mis du temps à s’appliquer et beaucoup ne le sont toujours pas. Alors, les Oligarques sont touchés personnellement mais peut être que là, l’Occident rend service à Poutine qui cherchait à s’en débarrasser. Certains avaient été emprisonnés ou expulsés, les Occidentaux sont peut-être en train de finir le travail. Il faut savoir que ces oligarques sont très impopulaires en Russie. 

Donc, à court terme, les sanctions contre les oligarques ont plutôt une bonne nouvelle pour Poutine. D’autant que l’idée d’une révolution de palais était totalement illusoire ; ces oligarques ne rencontrent pas Poutine et la plupart étant particulièrement lâches. 

En revanche, les sanctions vont jouer à long terme sur l’économie russe. La fin des échanges financiers, le blocage du commerce international va déjà gêner le modèle russe. Mais le plus grave sera l’arrêt des exportations de pétrole et de gaz. C’est la principale ressource de la Russie. Les arrêts d’importations de pétrole seront effectifs dans la courant de l’année prochaine, les solutions alternatives existent. Pour s’affranchir des approvisionnements en gaz, il faudra attendre 2023 pour mettre progressivement en place les solutions de remplacement. Cela dit, si les robinets ne se sont pas fermés actuellement, dès que les perspectives de fermetures seront actées, les flux d’investissement vont changer de direction. Ce sera à la Russie de trouver d’autres clients 

Le 3ème point examiné par les pays membres du G7 porte sur les changements structurels et profonds de la mondialisation. La situation actuelle revient à mettre la Russie en dehors des marchés mondiaux. Mais plus grave encore, la situation actuelle prépare une coupure entre un monde qui pratique l’économie de marché et un monde qui pensait profiter de avantages de l’économie de marché sans avoir à en appliquer les conditions politiques qui vont avec, c’est à dire la démocratie et ses liberté individuelles. 

Chaque partie de ce monde coupée en deux va vivre en autarcie ou alors en conflit potentiel.  Le seul facteur de déséquilibre entre ces deux mondes sera la confrontation des inégalités. Jusqu’alors, les économies de marché ont prouvé qu‘elles avaient les clefs du progrès et de l’innovation. Jusqu’alors, les États autoritaires n’ont jamais fait la démonstration de pouvoir générer du projet technologique et social. Ils ont importé et capté la technologie occidentale qu’ils ont payé avec des matières premières puis des produits manufacturés par de la main d‘œuvre à bas prix.  La conversion de tous ces pays à l'économie de marché et à la concurrence n'a pas suffi à accélérer leur développement et leur mise à niveau occidentale.La liberté individuelle dont jouissent les populations étant interdite ou très limitée. La démocratie impossible. 

Après la Russie, la grande question qui va se poser à l’Occident portera évidemment sur la Chine. Économie forte par sa démographie, mais faible dans sa capacité de distribuer de la liberté individuelle, les dirigeants chinois observent avec beaucoup d’attention ce qui va se passer en Russie.  Selon les experts du G7, il n’est pas du tout sûr que le modèle chinois suive la même ligne de pente que le modèle russe. Pour l’instant, Pekin est beaucoup plus réservé qu’on ne le craignait par rapport à la Russie. 

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