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"Les nuits de la peste" de Orhan Pamuk : une oeuvre d'une incroyable richesse
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"Les nuits de la peste" de Orhan Pamuk : une oeuvre d'une incroyable richesse

Une histoire ancienne pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit. Une fresque grandiose

Charles-Édouard Aubry pour Culture-Tops

Charles-Édouard Aubry pour Culture-Tops

Charles-Édouard Aubry est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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THÈME

La peste se déclare sur la petite île turque de Mingher en avril 1901. Le sultan Abdülhamid II envoie sur place deux éminents spécialistes pour lutter contre l’épidémie.

Mingher est historiquement une île multiculturelle où musulmans et chrétiens orthodoxes tentent de cohabiter. La maladie agit comme un accélérateur des tensions communautaires.

Les Nuits de la peste raconte ces mois, décisifs pour son histoire, qui vont bouleverser son destin, mêlant habilement fiction et réalité, atmosphères funestes et élans amoureux.

POINTS FORTS

Orhan Pamuk construit un roman historique inversé : l’île de Mingher n’existe pas (même s’il cite Homère pour l’ancrer dans l’histoire et la géographie) mais il invente de toutes pièces ce récit pour décrire une réalité terriblement actuelle. Il a commencé à écrire Les Nuits de lapeste bien avant que la pandémie n’éclate mais l’a terminé alors que la Covid s’était largement répandue (sans qu’on sache comment la réalité est venue impacter son récit).

Les Nuits de la peste est une roman somme, de ceux qui marquent définitivement une œuvre, même celle de Pamuk, déjà d’une incroyable richesse.

La confrontation entre l’Orient et l’Occident.

La gestion d’une tragédie sanitaire et les différents moyens pour y mettre fin, selon les médecins, les autorités religieuses, le pouvoir politique, les habitants …

La lutte entre tradition et modernité, sur un petit territoire confiné sur lequel les tensions s’exacerbent puissamment.

Les répercussions économiques de l’épidémie sur la politique.

La perception de la population de la maladie, entre ignorance, résignation, déni, lutte …

Le destin tragique de l’homme ramené brutalement à sa condition (avec de nombreuses références à Tolstoï ou à Camus).

Les forces et les tourments d’histoires d’amour dans un contexte qui en dépassent les enjeux.

Une enquête policière pour élucider un meurtre, sous-jacente mais dont on ne connaîtra jamais le fin mot.

Le rapport à la mort, qui rôde dans chaque page du roman.

Au final Pamuk nous livre une fresque grandiose comme il les affectionne. La peste devient le révélateur pour ausculter une société en perte de vitesse. En tirant tous ces fils romanesques, il parvient – et là se situe son génie – à construire un récit qui parle de la vie dans toutes ses dimensions.

QUELQUES RÉSERVES

On s’égare parfois un peu tout au long de ces presque 700 pages foisonnantes de multiples personnages et histoires entremêlées, mais jamais bien longtemps.

ENCORE UN MOT...

La peste était déjà présente dans l’œuvre d’Orhan Pamuk : dans La Maison du silence, sous l’empire ottoman, ou dans Le Château blanc, sur la peste à Istanbul au XVIIème siècle, il a déclaré que « la peste m’intéressait en tant que réflexion métaphysique sur la mort, le sens de la vie, l’existence de Dieu. (…) J’ai voulu évoquer l’imposition d’une quarantaine et les problèmes que cela pose ».

On ne fait pas plus actuel !

UNE PHRASE

« En vérité, les riches grecs cultivés mis à part, la grande majorité des habitants de l’île ne souhaitaient pas la quitter. Presque tous les musulmans restèrent, même la petite minorité qui avait compris ce qu’était vraiment la peste. Aujourd’hui, à presque cent seize ans de distance, peut-on encore l’expliquer en invoquant des facteurs tels que le manque d’argent, l’impossibilité pratique, le détachement, le fatalisme, l’absence de peur, la religion, la culture ? L’écriture de ce livre n’a certes pas pour but d’expliquer ce phénomène intéressant ».

L'AUTEUR

Né le 7 juin 1952 à Istanbul (Turquie), Orhan Pamuk est un romancier et essayiste turc. Adolescent, après le baccalauréat, il a étudié la peinture et l’architecture. Plus âgé, il a poursuivi une formation de journaliste tout en écrivant ses premiers textes littéraires. Une première nouvelle est publiée en 1979 et son premier roman, Cevdet Bey et ses fils, paraît en 1982 en Turquie. Il est publié aux éditions Gallimard en 2015. 

Il est l'auteur d'une dizaine de romans, mais aussi de nouvelles, de récits et d'essais, vendus dans le monde entier à plus de onze millions d'exemplaires.

De culture musulmane, il est très engagé au service des droits de l'homme, de la liberté d'expression et du dialogue entre les peuples, ce qui lui valut d'être mis en examen pour « insultes à l'identité turque » et d'être menacé par les milieux nationalistes turcs.

Il demeure l'observateur d'une nation divisée et le conteur d'une Turquie tiraillée entre la tradition musulmane et le modèle occidental.

Orhan Pamuk est l'écrivain turc le plus connu et le plus vendu à travers le monde, le seul à avoir reçu le Prix Nobel de littérature, en 2016.

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