Les LR se sont-ils tirés une balle dans le pied en ne sachant pas faire de Zemmour leur Trump ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Eric Zemmour lors d'une séance photo auprès de l'AFP.
Eric Zemmour lors d'une séance photo auprès de l'AFP.
©JOEL SAGET / AFP

2022

Les LR se sont-ils tirés une balle dans le pied en ne sachant pas faire de Zemmour leur Trump ?

Selon une consultation auprès de 494 adhérents LR menée par le collectif « Droite pour la France », Eric Zemmour récolte 44% des intentions de vote des adhérents Les Républicains. Eric Zemmour aurait-il dû participer au Congrès des Républicains ? Les Républicains ont-ils commis une erreur ?

Thomas Zlowodzki

Thomas Zlowodzki

Conseiller National LR, Conseiller municipal et communautaire de Sainte-Geneviève-des-Bois, porte parole du collectif Droite pour la France

Voir la bio »

Atlantico : Dans une consultation auprès de 494 adhérents LRmenée par votre collectif « Droite pour la France », vous avez découvert qu’Éric Zemmour serait à 44 % le candidat préféré des adhérents Les Républicains. Qui arrive derrière lui ?

Thomas Zlowodzki : Nous sommes arrivés à ce résultat en intégrant Éric Zemmour comme candidat à la « primaire » des Républicains et nous sommes les seuls à avoir osé poser cette question, avec un échantillon réél d’adhérents LR. Dans cette enquête, Michel Barnier arrive juste derrière le polémiste avec 31 % des interrogés ; suivent Valérie Pécresse avec 5% puis Xavier Bertrand avec 5% et enfin Éric Ciotti qui atteint 4%. Sans surprise Philippe Juvin et Denis Payre n’obtiennent pas de scores notables.

Qu’est ce que cette étude nous apprend des thèmes de prédilection des adhérents du parti ?

Il est certain que les questions migratoires ou d’identité nationale sont importantes pour les adhérents lorsque l’on voit le score d’Éric Zemmour. Quant au score de Michel Barnier, il peut s’expliquer par un discours très souverainiste. Mais le résultat de cette consultation est avant tout une question de style et de personne, Eric Zemmour séduit par sa crédibilité et sa ligne.

À Lire Aussi

Blanquefort : pourquoi le patriotisme économique n’est pas ce qu’en imagine le gouvernement

Alors qu’Eric Zemmour proclame sur tous les toits qu’il est le digne héritier du RPR aurait-il du participer à la primaire ?

Zemmour aurait pu être le Donald Trump des Républicains. Les Républicains avaient un candidat iconoclaste, nouveau en politique, connu avec un discours « cash » pouvant régénérer le parti. N’oublions pas qu’il y a cinq ans, Trump sauve le parti Républicain car sans lui ils auraient probablement perdu l’élection face à Hillary Clinton. Il n’avaient aucune personnalité à envoyer… Le système de primaire à l’américaine a permis à Trump de rester dans la course et rappelons que même s’il n’a pas été accueilli chaleureusement il a été élu président et sans crise sanitaire il aurait probablement été réélu l’année dernière.

Nous avions un Trump français avec des défauts, mais en moins vulgaire et plus cultivé. Les Républicains sont passés à côté de cette occasion qui aurait permis d’assurer le second tour et d’enterrer définitivement le RN et Marine Le Pen.

Alors pourquoi Éric Zemmour charme-t-il les adhérents mais pas les cadres ?

Les cadres ont essayé de le diaboliser, d’en faire un nouveau Jean-Marie Le Pen alors que les adhérents n’ont pas cette perception. Comme il n’est pas du sérail, il gêne les cadres et le polémiste révèle les problèmes d’un parti de notables, de cadres locaux prêt à toutes les compromissions idéologiques pour rester en place. Certains cadres seraient même prêts à s’allier avec LREM pour conserver leurs postes. D’ailleurs, tout cela est mal passé auprès des militants et ce qui sest passé en PACA en juin dernier avec l’ouverture de la liste aux régionales à LREM reste encore aujourd’hui en travers de la gorge de nombreux militants. Même à l’époque de Sarkozy et de son ouverture cela ne se serait pas passé.

À Lire Aussi

Régionales : Ces élus LR qui refusent catégoriquement tout accord avec LREM

En faisant front contre le polémiste, les cadres LR ne se tirent-ils pas une balle dans le pied ?

Les cadres se sont retrouvés mal à l’aise face à Eric Zemmour. Pourquoi refuser un candidat qui n’a pas la carte du parti, qui se déclare héritier du RPR avec un positionnement proche de Pasqua ou de Séguin alors qu’ils incluent Pécresse ou Bertrand ? Aujourd’hui, ils préfèrent se distinguer de lui sur les valeurs et ils sont presque plus agressifs envers Zemmour qu’à l’égard de la macronie. Ils reproduisent la même erreur faite face au RN. En le diabolisant, ils l’ont fait monter à 25 %. Ils refont la même chose avec Zemmour et c’est suicidaire. Le seul qui a compris cela c’est Éric Ciotti. En tournant le dos à ses adhérents, LR suit la même trajectoire que le PS et se transforme peu à peu en un parti de notables plutôt centristes.

Donc Eric Zemmour agit comme un révélateur des problèmes des Républicains, mais ont-ils une chance de sen sortir ?

Il a percé avec un talent certain car Les Républicains n’étaient pas à la hauteur de l’enjeu de cette présidentielle. Je ne parlerais pas de « vide » comme a pu le dire Nicolas Sarkozy, mais le succès d’Eric Zemmour est le révélateur du manque de consistance des Républicains et d’une forme de « lâcheté » idéologique.

Ce parti n’est plus de droite et il est difficile de faire une différence entre les cadres du parti et ceux de Agir ! Ils sont dans le sillage de l’UDI et se sont « modemisés ». Ils garderont un ancrage local, mais aux législatives une partie des cadres va s’échapper chez Horizons, une autre va partir chez Zemmour ; si LR survivra sans doute à cette échéance, mais sous une forme rétrécie.

Thomas Zlowodzki, Conseiller National Les Républicains, porte-parole de Droite pour la France

À Lire Aussi

Comment comprendre le phénomène Zemmour ?

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !