Les chauves-souris à la rescousse du vin français | Atlantico.fr
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chauves-souris vin vignobles
chauves-souris vin vignobles
©DR / Yohan Charbonnier

Impact positif

Les chauves-souris à la rescousse du vin français

La présence de chauves-souris autour des vignes pourrait avoir un effet bénéfique. Quelles ont été les principaux effets visibles de l'action des chauves-souris face aux nuisibles dans cet environnement ? Est-ce suffisant à grande échelle pour remplacer les engrais et les pesticides ?

Yohan Charbonnier

Yohan Charbonnier

Yohan Charbonnier est chargé de mission scientifique à la LPO (Ligue de protection des oiseaux). 

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Atlantico.fr : Quel intérêt de ramener des chauves-souris autour des vignes ?

Yohan Charbonnier : Nous nous sommes attelés depuis quelques années, en partenariat avec l’équipe Save de l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), et le bureau d’étude ELIOMYS, à démontrer que les chauves-souris avaient le rôle de prédateurs des ravageurs de la vigne. Les chauves-souris sont des petits mammifères nocturnes insectivores et précisément, la plupart des ravageurs sont des insectes (essentiellement des papillons de nuit). Il y a bien sûr d’autres menaces comme les champignons ou les bactéries, face auxquelles les chauves-souris sont inopérantes ; mais nous nous sommes penchés sur ces papillons que l’on regroupe sous le nom de « vers de la grappe » et « eudémis et cochylis », qui viennent pondre leurs œufs la nuit sur les raisins et détruisent les récoltes.

Nous avons alors pensé que les chauves-souris étant insectivores, il y avait de grandes chances qu’elles se nourrissent de ces ravageurs et permettraient de diminuer la quantité de dégâts.

Ainsi nous avons mené deux études : dans un premier temps, nous avons étudié le régime alimentaire des chauves-souris en étudiant de façon génétique le guano (leurs excréments) pour voir si l’on retrouvait la présence de fragments d’ADN de ces vers de la grappe. Il s’avère que l’on a pu analyser les guanos de plusieurs espèces de chauves-souris, et nous savons désormais avec certitude qu’au moins 10 espèces de chauves-souris (sur 34 en France) se nourrissent d’eudémis et de cochylis.

Il y a eu ensuite une seconde étude pour observer comment agissaient les chauves-souris dans les vignes. A plusieurs périodes de l’année, donc, les ravageurs viennent pondre sur la vigne ; et en suivant sur toute l’année l’activité des chauves-souris dans la vigne, nous nous sommes aperçus que leur activité était multipliée par trois, voire par quatre, concomitamment aux cycles d’apparition des ravageurs. Intensification flagrante de l’activité de chasse : le lien nous a alors sauté aux yeux.

Est-ce que cela a été mis en place véritablement et cela a-t-il eu des effets visibles ? Vous en parliez en 2018, quelle fut l’évolution de cette idée ?

Depuis 2017, nous sentions un intérêt croissant pour cette question chez les viticulteurs français qui commençaient à installer des « gîtes » à chauves-souris autour du vignoble (des petites maisonnettes en bois), mais nous n’avions jusqu’alors aucune démonstration scientifique que les chauves-souris étaient bel et bien des prédateurs de ravageurs ; nous nous y sommes donc attelés.

L’enjeu désormais est de mesurer l’efficacité concrète de l’action des chauves-souris, d’accompagner les viticulteurs dans l’adoption de cette nouvelle méthode, et de prouver que cela peut apporter un intérêt économique et agronomique. 

Nous estimons pour le moment, mais les études sont en cours, que 10% de la production pourraient être sauvés par l’effet des chauves-souris (chiffre issus d’une étude au chili, nous sommes en train d’analyser nos propres résultats et espérons évidement pouvoir confirmer cette valeur). Cela n’est vraiment pas négligeable.

Est-ce suffisant à grande échelle pour remplacer les engrais et les pesticides & phytosanitaires ?

Il est évident que les chauves-souris à elles seules ne pourront pas être suffisantes pour régler tous les problèmes de ravageurs à grande échelle, mais notre étude s’inscrit dans une logique plus vaste : nous devons désormais retrouver les grands équilibres naturels.

Les dégâts sont inévitables, mais le seuil de dégât doit être acceptable en termes de productivité. Si vous voulez, plus nous parviendrons à complexifier les paysages viticoles, plus nous parviendrons à introduire des éléments comme de haies, des mares, des murets, des arbres, plus évidemment le territoire se rapprochera de l’équilibre de l’habitat naturel. Les vignes seront alors bien plus résistantes et résilientes, et les dégâts seront régulés par un grand système de régulation naturelle : les chauves-souris, les oiseaux, les araignées, les carabidés, l’essentiel maintenant est de mettre en place une armada de prédateurs qui vont, les uns avec les autres (de concert, en quelque sorte), intervenir pour diminuer nettement les pressions que subissent les viticulteurs. 

Entretien avec Yohan Charbonnier, chargé de mission scientifique à la LPO (Ligue de protection des oiseaux), au sujet de l’énigmatique collaboration entre les chauves-souris et les viticulteurs.

Partenaires du projet de Yohan Charbonnier : l’équipe Save de l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et le bureau d’études ELIOMYS. Études financées par le CIVB (Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux )

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