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Des billets en euros et le logo de la Banque centrale européenne.
Des billets en euros et le logo de la Banque centrale européenne.
©Arne Dedert / dpa / AFP

Révolution ?

Les banques centrales n'ont jamais été aussi proches du lancement de monnaies digitales. Et voilà ce qu’il faut savoir

Les banques centrales investissent le domaine des monnaies digitales. Et cela pourrait être un outil efficace pour les politiques monétaires à venir.

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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Atlantico : Les monnaies digitales de banque centrale vont faire leur grande apparition. Pourquoi est-ce intéressant pour les banques centrales d’investir dans le domaine des monnaies digitales ? Quelle différence y-a-t-il avec une cryptomonnaie ?

Rémi Bourgeot : Les monnaies numériques des banques centrales constitueront une créance des acteurs économiques sur la banque centrale. Aujourd’hui, le seul type de monnaie de banque centrale auquel aient accès les particuliers et les entreprises non-financières sont le liquide. Les institutions financières ont pour leur part des comptes directement auprès des banques centrales. Quant à l’argent des comptes auprès des banques commerciales, il s’agit simplement de créances des détenteurs de ces comptes sur les banques en question. Il est par ailleurs admis que cet argent est, dans une certaine mesure, équivalent à la monnaie de banque centrale car vous pouvez le « retirer » sous forme d’argent liquide, sous certaines conditions.

L’intérêt d’un lien plus direct entre les banques centrales et les citoyens et entreprises consiste surtout à pouvoir mettre au point des politiques monétaires plus fines que l’immense machine à bulles financières et immobilières que sont les politiques d’achats illimités actuelles (QE). Evidemment l’argent « hélicoptère » deviendrait un jeu d’enfant. Mais c’est justement ce qui fait planer un nuage de tabou sur les finalités mêmes de ces monnaies numériques. D’autres possibilités s’offrent toutefois sans aller aussi loin, par exemple avec des programmes de prêts ciblés pour soutenir certains types de projets ou de secteurs. Les possibilités sont immenses.

Néanmoins l’idée même de contourner les banques commerciales suscite l’inquiétude de ces dernières. Si bien que les concepteurs de ces projets ne cessent de leur donner des gages qui risquent de vider la monnaie numérique de banque centrale de son contenu et de son intérêt. Le problème reste toujours celui de la pauvreté du débat économique.

C’est également dans ce contexte que persiste une certaine confusion avec les crypto-monnaies. Celles-ci sont pourtant de nature radicalement différente et actuellement secouées par de très violents soubresauts, depuis le coup de théâtre d’Elon Musk et les restrictions mises en place par la Chine sur le « minage ». Les crypto-monnaies sont, par définition, totalement décentralisées, et reposent sur des algorithmes de création. Dans le cas du bitcoin, le « minage » repose sur une sorte de concours permanent entre acteurs anonymes pour résoudre des équations mathématiques complexes au moyen d’immenses ressources informatiques. L’unique objet de cette mobilisation de ressource informatique est de désigner les acteurs qui vont mettre à jour le fichier des transactions (« ledger »). D’où l’immense gâchis de ressources électriques in fine par rapport à un processus plus raisonnablement pensé. 

Y-a-t-il des inconvénients à ce que les banques centrales investissent dans ce domaine ? Les inconvénients d'un monde où les banques centrales abandonnent le terrain à la tech privée seraient-ils encore pires ?

On peut surtout voir de très nombreux avantages à une politique de création monétaire plus ciblée, plus efficace et quelque part plus intelligente. Le problème réside surtout dans la timidité extrême de leurs concepteurs, quand il s’agit de remettre en cause en quoi que ce soit le statu quo bancaire.

En ce qui concerne le secteur privé, les crypto-monnaies n’en relèvent même pas. Elles sont plutôt de nature anti-institutionnelle, qu’il s’agisse aussi bien du privé que du public. Les projets de monnaies numériques des banques centrales répondaient surtout dans un premier temps aux projets de géants du numérique comme Facebook dans leur idée de lancer des monnaies adossées sur les grandes monnaies. Ces projets privés ne relèvent pas en réalité des crypto-monnaies car leur niveau de décentralisation ne peut être que très limité. Quel que soit leur marketing, il s’agit plutôt de produits financiers, qui doivent donc être traités comme tels par les diverses juridictions.

En l’absence de réformes réglementaires, est-ce possible que ces monnaies digitales fassent leur apparition ? Cela implique-t-il des changements profonds de notre système financier ? 

Une introduction a minima, par exemple en limitant très fortement la détention et les outils de politique monétaire, n’impliquerait pas de grand changement. C’est malheureusement vers cela que l’on s’oriente actuellement. Les choses peuvent toutefois évoluer par la suite, tellement le besoin est immense pour nos économies d’aller vers davantage de stabilité et d’outils raisonnés de politique monétaire et économique. Les monnaies numériques des banques centrales ont le potentiel à terme de révolutionner le fonctionnement du système financier et de nos économies. Il faut pour cela qu’un véritable débat prenne place, en limitant le jargon et la pseudo-science issue des facultés de sciences sociales et notamment d’économie. Nous avons plutôt besoin d’un réel débat sur le plan technologique ainsi que politique.

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