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Les 3 enjeux géopolitiques des Jeux du Commonwealth
©Adrian DENNIS / AFP

So British ?

Les 3 enjeux géopolitiques des Jeux du Commonwealth

Les jeux du Commonwealth rassemble tous les pays fidèles à la Couronne d'Angleterre en Australie. Dans la ville de Gold Coast, les enjeux ne sont cependant pas que sportifs.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective. Il est également membre de l'Institut Notre Europe Jacques Delors.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Après les 23ème Jeux Olympiques d’Hiver en Corée et en attendant la 21ème Coupe du Monde de football en juin et juillet en Russie, les Jeux du Commonwealth se sont ouverts le 4 avril 2018. Ils revêtent une grande importance pour le monde britannique et la stratégie d’influence du Royaume-Uni. Cette année, leur impact sera redoublé par leur lieu (l’Australie) et par leur date, quelques jours avant l’ouverture du Sommet de l’Organisation du Commonwealth dont le Royaume-Uni prendra la présidence tournante. 

1er enjeu : donner un point de rencontre au monde britannique

« Le sport, c’est bien plus que du sport » : il en va ainsi aussi pour la 21ème édition des Jeux du Commonwealth : elle rassemble les délégations de 71 nations issues de tous les continents et plusieurs millions de téléspectateurs pour la cérémonie d’ouverture à Brisbane.

Depuis 1930, tous les quatre ans, ces compétitions réunissent les 53 nations de l’Organisation du Commonwealth et au-delà. Successivement dénommés « Jeux de l’Empire britannique » puis « Jeux du Commonwealth britannique », ils maintiennent, sur le plan sportif, le lien du Royaume-Uni avec les Etats liés historiquement à la couronne. Sur le plan symbolique, la tradition veut qu’une course en relai parte de Buckingham Palace vers le lieu des Jeux, portant un message du monarque britannique à la cérémonie d’ouverture des Jeux. La communauté culturelle s’illustre dans la sélection des sports officiels : sur 26 sports sont reconnus par le comité d’organisation, la compétition met l’accent sur les sports populaires dans le monde anglo-saxon comme le rugby à 7, le boulingrin et le netball.

C’est un carrefour du monde britannique grâce à son audience : 9 millions de téléspectateurs ont regardé la cérémonie d’ouverture de l’édition 2014 à Glasgow et 1,5 million de téléspectateurs en moyenne sont attendus pour l’édition 2018 en Australie. Au plan diplomatique, les Etats du Commonwealth se réuniront dans la foulée en sommet à Londres. De plus, ces compétitions donnent lieu à des controverses politiques classiques : en 1986, les nations non-européennes boycottèrent l’événement organisé à Edimbourg en raison du maintien par le gouvernement Thatcher de liens sportifs avec l’Afrique du Sud de l’Apartheid et, pour l’édition 2010 à Delhi, des scandales de corruption ont éclaté.

2ème enjeu : l’affirmation de l’Australie

En Asie, la dynamique de négociation intercoréenne apparue à l’occasion des Jeux d’Hiver paraît de bon augure. Mais peut-il y avoir un effet « Jeux du Commonwealth » comme il y a eu un effet « Jeux de Pyeongchang » ? On peut en douter car ces Jeux serviront à l’Australie pour affirmer son rôle face à la Chine.

Pour l’Australie qui accueillera la compétition pour la sixième fois, le contexte est bien différent de celui des Jeux Olympiques de Sydney de 2000 et des jeux du Commonwealth de 2006 à Melbourne. De nouveau, le pays déploie ses efforts militaires conséquents : il a annoncé une augmentation drastique de ses budgets de défense jusqu’à atteindre 2% du PIB en 2021. Il a commandé à la France pas moins de 12 sous-marins, ce qui constitue le programme phare d’un vaste programme de réarmement : le pays reconstitue sa marine et son aviation pour être capable de se déployer dans ces immenses espaces où la Chine a lancé une version maritime de sa nouvelle Route de la Soie.

3ème enjeu : le Brexit et le Commonwealth

En Europe, cette compétition interviendra au moment où les négociations sur le Brexit seront une nouvelle phase. On s’en souvient le renforcement des liens avec le Commonwealth a constitué un argument très important, durant la campagne référendum, dans l’argumentaire des partisans du Brexit. Pour les « Brexiters », Boris Johnson au premier chef, le Brexit sera l’occasion de développer le commerce avec le Commonwealth et de renouer avec le grand large. Moins d’Europe et plus de Commonwealth, selon un principe de vase communicant.

Mais, durant la campagne, les 52 nations du Commonwealth ont au contraire milité pour le « Remain ». Il est vrai que le commerce entre le Royaume-Uni et le Commonwealth peine à progresser : il représente seulement le quart du commerce du Royaume-Uni avec l’UE. Le Brexit est-il une bonne nouvelle pour le Commonwealth ? Bien des membres, notamment africains et caribéens du Commonwealth redoutent le Brexit : grâce à l’adhésion du Royaume-Uni, ils étaient indirectement liés à l’Union européenne, à ses accords de libre-échange, à ses budgets d’aide au développement et à son sérieux budgétaire. Réciproquement, le Brexit n’assure pas au Royaume-Uni la possibilité de se réorienter vers le Commonwealth : en effet, tous les accents néo-impérialistes qui pourraient se manifester à Londres sont fort mal reçus dans le Commonwealth comme en témoigne l’accueil réservé à l’égard de l’initiative dénommée « Empire 2.0 ».

A l’orée du prochain Sommet du Commonwealth, il paraît donc difficile pour Theresa May, de déclarer que le Commonwealth permettra au Royaume-Uni de compenser la sorte de l’UE.

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