Le syndrome du choc toxique (SCT), une maladie rare mais grave | Atlantico.fr
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Des tampons hygiéniques. Certaines femmes ont été victimes du choc toxique.
Des tampons hygiéniques. Certaines femmes ont été victimes du choc toxique.
©LOIC VENANCE / AFP

Bonnes feuilles

Le syndrome du choc toxique (SCT), une maladie rare mais grave

Claudine Colozzi et Sandrine Graneau ont publié « Choc toxique: Faut-il avoir peur des protections hygiéniques ? » aux éditions Flammarion. Ce livre est le témoignage poignant d'une victime qui raconte son combat intime, personnel pour reconquérir sa place de maman, d'amoureuse et de femme. Il est important pour chaque utilisatrice de revendiquer l'accès à des protections hygiéniques sûres et à des informations fiables pour vivre leurs règles le plus sereinement possible. Extrait 1/2.

Claudine Colozzi

Claudine Colozzi

Claudine Colozzi est une journaliste médico-social.

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Sandrine Graneau

Sandrine Graneau

Sandrine Graneau est infirmière, mère de trois enfants, et fut victime d'un choc toxique suite au port d'une cup en avril 2019.

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Référencé depuis plus de quarante ans, le syndrome du choc toxique (SCT) menstruel fait de nouveau parler de lui depuis les années 2010. Il s’agit d’une maladie infectieuse aiguë rare, qui peut être mortelle. Les victimes peuvent garder de lourdes séquelles. Elle est liée la plupart du temps à la présence d’une bactérie, le Staphylococcus aureus (staphylocoque doré), dans l’organisme.

On rencontre deux types de SCT : le SCT non menstruel (infection par un staphylocoque également mais hors port d’une protection intravaginale, ex: causé par une lésion de la peau), le plus fréquent, avec un taux de mortalité d’environ 20  %, et le SCT menstruel associé à l’utilisation de protections intravaginales (tampons périodiques, éponges menstruelles, coupes menstruelles), très rare et avec un taux de mortalité inférieur à 1  %. Il touche des patientes jeunes en bonne santé colonisées par une souche particulière de staphylocoque doré productrice d’une toxine, le plus souvent la toxine TSST-1.

Naturellement présents dans l’organisme de 30 à 40 % de la population, les staphylocoques dorés se situent aussi bien dans le nez, la gorge, la peau et le vagin. 30  % des femmes en sont porteuses au niveau vaginal. La plupart du temps, cette bactérie ne présente pas de danger. Toutefois, dans de 1 à 4  % des cas, une certaine souche peut libérer en grande quantité une toxine (substance toxique pour l’organisme) nommée TSST-1, qui traverse la paroi vaginale, passe rapidement dans le sang et provoque une réaction immunitaire massive. Le port prolongé de protections menstruelles intravaginales (tampons, cups) peut favoriser le développement de cette bactérie. En retenant le flux menstruel dans le vagin de manière plus ou moins prolongée (en fonction du temps de port), ces protections permettent aux bactéries d’y proliférer et de relâcher la toxine à l’origine de l’infection.

90  % des femmes possèdent des anticorps antiTSST-1, dont une grande partie dès l’adolescence. Seules les femmes présentant un taux insuffisant d’anticorps anti-TSST-1 ou n’en ayant pas sont susceptibles de développer un SCT. Ce qui expliquerait le faible nombre de cas de patientes atteintes d’un choc toxique. Pourquoi ne pas alors chercher à détecter la présence du staphylocoque doré ? Une fausse bonne idée selon le Pr Gérard Lina. D’une part parce que seule une infime proportion de femmes porteuses de la mauvaise souche développe la maladie. D’autre part, la variabilité du résultat de ce test : une femme pourrait être négative le jour du test et positive à un autre moment de sa vie.

Trois facteurs sont requis pour le développement d’un SCT menstruel : une colonisation vaginale par une souche du staphylocoque doré producteur de la toxine TSST-1, la pénétration à  travers l’épithélium vaginal d’une quantité suffisante de TSST-1 pour causer la pathologie, et l’absence ou la présence insuffisante d’anticorps neutralisant cette toxine. De même que le port prolongé d’une protection périodique intravaginale. De plus, la composition de la flore vaginale, la teneur intravaginale en oxygène et en CO2, le pH, la concentration en magnésium, la température, les microtraumatismes liés à l’insertion du tampon avec applicateur ou a contrario la manipulation de tampons sans applicateur avec des doigts contaminés par la souche de staphylocoque doré pourraient aussi jouer un rôle non négligeable dans la production de toxine TSST-1.

Les symptômes du syndrome du choc toxique menstruel ressemblent à ceux d’une grippe ou d’une gastro-entérite (douleurs musculaires, fièvre supérieure à 39 ˚C, sensation de malaise avec céphalées, tension artérielle basse…). À cela peuvent s’ajouter des symptômes digestifs (diarrhée, vomissements, douleurs abdominales). Ensuite, une éruption cutanée rouge (ressemblant à un coup de soleil) peut apparaître sur le corps et même une desquamation intense au niveau des doigts une semaine après le début des symptômes. La patiente est dans un état d’extrême faiblesse. Une défaillance de plusieurs organes (reins, foie, poumons, cœur) s’ensuit, qui peut entraîner de lourdes complications (nécrose des extrémités conduisant à l’amputation), voire le décès de la patiente.

La similitude des symptômes avec ceux d’autres pathologies et la rareté des cas contribuent à rendre le SCT difficile à identifier. Les médecins sont de plus en plus sensibilisés à cette maladie, mais ils ne pensent pas toujours à faire le lien entre le tableau clinique de la patiente, les menstruations et l’utilisation de protections intravaginales.

En France, comme dans le reste du monde, les cas de syndrome de choc toxique sont très rares. Toutefois, on pense qu’ils sont peut-être sous-évalués, en l’absence d’obligation de déclaration de cette maladie par les médecins. La majorité des femmes touchées ont moins de 18 ans, portent des tampons hormis quatre cas avec une cup depuis 2015. En 1990, plus aucun cas de SCT n’avait été recensé en France, mais depuis la fin des années 1990, la maladie est réapparue et n’a cessé de croître  : 5 cas déclarés en 2004, 19 en 2011, 22 en 2014, 24 en 2017. Le Centre national de référence (CNR) des staphylocoques, situé à Lyon, recueille les données en cas de suspicion de choc toxique envoyées par des cliniciens ou des microbiologistes

Extrait du livre de Claudine Colozzi  et Sandrine Graneau, « Choc toxique: Faut-il avoir peur des protections hygiéniques ? », publié aux éditions Flammarion

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