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La crise énergétique pourrait être bien pire l’année prochaine pour l'Union européenne, selon le ministre de l'Energie du Qatar.
La crise énergétique pourrait être bien pire l’année prochaine pour l'Union européenne, selon le ministre de l'Energie du Qatar.
©MICHAEL KAPPELERDP / Adpa Picture-Alliance via AFP

Inquiétudes pour 2023

Le Qatar a un message pour l’Europe : la crise énergétique pourrait être bien pire l’année prochaine

Le ministre de l'Energie du Qatar a averti que si l'Europe devrait disposer de suffisamment de gaz pour l'électricité et le chauffage cet hiver, le défi le plus difficile se présentera en 2023, car les réserves s'épuisent.

Francis Perrin

Francis Perrin

Francis Perrin a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste et consultant indépendant sur l’énergie et les matières premières. Il est chercheur associé au Policy Center for the New South (Rabat) et directeur de recherche à l'IRIS (Paris).

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Atlantico : L'Europe risque de connaître une crise énergétique "bien pire" l'année prochaine, avertit le Qatar. Lorsque l'on voit le message qu'adresse le Qatar à l'Europe au sujet de la fournitures d'energies, est-ce un message alarmiste ou simplement réaliste ? Pour quelles raisons ? 

Francis Perrin : L'avertissement à l'Europe lancé par le Qatar, par la voix de son ministre d'Etat pour les Affaires énergétiques, Saad Sherida Al-Kaabi, mérite d'être entendu. Pour l'instant, les pays membres de l'Union européenne (UE) et la Commission européenne sont légitimement très concentrés sur l'hiver 2022-2023 par rapport aux approvisionnements énergétiques, notamment gaziers et électriques. Mais il ne faut effectivement pas oublier l'hiver 2023-2024, qui sera très probablement une période compliquée. Comme l'explique le ministre qatari, qui dirige par ailleurs la compagnie nationale QatarEnergy, l'UE se retrouvera à la fin de l'hiver prochain avec des stocks gaziers très bas car la consommation de gaz est plus élevée en hiver que lors des autres saisons et l'Europe reçoit de moins en moins de gaz russe. Il se peut d'ailleurs qu'il n'y en ait pas du tout pour cet hiver, même si ce n'est pas une certitude, mais il y en aura au mieux un peu seulement. Cette situation exceptionnelle rendra difficile la reconstitution de ces stocks en 2023 pour se préparer pour l'hiver 2023-24. Un autre facteur clé, sur lequel on ne peut pas encore faire de prévisions sérieuses à ce stade, sera la météorologie : aurons-nous cet hiver et l'hiver prochain un temps très rigoureux ou plutôt clément ? Dans l'un ou l'autre cas, la consommation gazière ne sera évidemment pas la même.

Un autre aspect important est la disponibilité en gaz naturel liquéfié (GNL) sur le marché mondial. En 2022, la recherche par l'UE d'approvisionnements supplémentaires de GNL a été rendue moins difficile par le fait que la Chine, qui était devenue récemment le premier importateur mondial, a été un peu moins présente en raison de ses problèmes économiques internes avec cette fameuse politique zéro Covid chère à Xi Jinping et les déboires du secteur immobilier. Une Chine en meilleure santé aurait consommé plus d'énergie et, donc, importé plus de GNL, ce qui aurait accru la concurrence sur ce marché clé. D'une certaine façon, les Européens ont intérêt sur ce sujet à ce que ces problèmes de la Chine se poursuivent en 2023 mais on ne va pas le dire, bien sûr. On se contentera de le penser.

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Un autre aspect crucial est la situation économique mondiale en 2023. Va-t-on vers une récession dans les prochains mois ou une poursuite du ralentissement économique déjà constaté en 2023 ? Dans la première hypothèse, la consommation mondiale d'énergie et de gaz naturel ne serait pas la même que dans la seconde hypothèse, ce qui faciliterait le maintien des équilibres énergétiques entre l'offre et la demande. Personne ne souhaite une récession mais cela aurait un impact significatif.

Cette crise à l'horizon 2023 selon le Qatar est-elle encore évitable ? Peut-on encore changer la trajectoire ? De quelles manières pouvons-nous passer outre cette crise  puisque l'approvisionnement russe n'est pas envisageable pour des raisons géopolitiques ? Que peut-on faire pour a minima amoindrir le choc ? 

L'UE a une stratégie gazière, ce qui est une bonne nouvelle. Elle repose principalement sur cinq éléments clés : aller chercher du gaz naturel ailleurs qu'en Russie (Etats-Unis, Méditerranée orientale, Azerbaïdjan, Norvège, Algérie, Moyen-Orient, Afrique, Canada, etc.) ; réduire notre consommation de gaz (objectif de -15% sur la période allant d'août 2022 à fin mars 2023) ; tenter de remplacer le gaz autant que possible par d'autres énergies (renouvelables, nucléaire, voire charbon et pétrole au moins pour le court terme) ; remplir les stocks gaziers au maximum ; et renforcer la solidarité gazière (et électrique) au sein de l'UE, notamment entre pays voisins. Cette stratégie est bien conçue et assez complète, ce qui est important face à une crise de cette nature et de cette ampleur. Elle a commencé à être mise en oeuvre et il faut continuer et accélérer. Mais les fondamentaux sont bons et les premiers résultats sont plutôt positifs. Cela dit, pour parler de façon familière, on n'est pas sorti de l'auberge. Il y a un certain nombre d'inconnues, telles que celles rappelées ci-dessus. 

Le Qatar souligne un autre point important. L'UE entend devenir une région qui atteindra l'objectif de neutralité carbone en 2050 au plus tard et qui prévoit donc à cet effet de réduire très fortement dans le long terme sa consommation et ses importations d'énergies fossiles. Nous avons donc tendance à ne pas vouloir nous engager dans le long terme pour de nouveaux approvisionnements gaziers. Cette attitude est fort compréhensible du point de vue de nos politiques énergétiques et climatiques mais un peu moins adaptée au regard des urgences énergétiques de court et de moyen terme. Comme le rappelle Saad Sherida Al-Kaabi, les pays producteurs et exportateurs de gaz préfèrent normalement des contrats à long terme, ce qui leur donne plus de visibilité en termes de recettes futures et facilite le financement d'investissements gaziers très lourds. Si les Européens tiennent mordicus à acheter plus de gaz pour les deux ou cinq prochaines années seulement (c'est un exemple), ils seront en concurrence avec d'autres importateurs, notamment en Asie, qui seront prêts, eux, à signer des contrats gaziers sur les dix ou quinze prochaines années (c'est toujours un exemple). Dans ce scénario, on peut aisément imaginer qu'un pays comme le Qatar préférera se tourner vers des acheteurs asiatiques. Il faut donc que l'UE clarifie son attitude par rapport au gaz naturel et le plus tôt sera le mieux.

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