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L'ONG Oxfam dénonce dans un récent rapport le fait que 1 % de la population détienne la moitié des richesses mondiales.
L'ONG Oxfam dénonce dans un récent rapport le fait que 1 % de la population détienne la moitié des richesses mondiales.
©Reuters

En trompe-l'œil

Le patrimoine des 85 personnes les plus riches au monde égal à celui de la moitié la plus pauvre de la population mondiale : un fait saisissant… mais qui ne dit rien de l'état réel des inégalités

L'ONG Oxfam dénonce dans un récent rapport le fait que 1 % de la population détienne la moitié des richesses mondiales. Ce que l'organisation ne dit pas, en revanche, c'est que ces personnes les plus riches sont également parmi les premières créatrices d'emplois.

Nicolas Lecaussin

Nicolas Lecaussin

Nicolas Lecaussin est directeur du développement de l'IREF - Institut de Recherches Economiques et Fiscales. Il est aussi fondateur de Entrepreneur Junior

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Atlantico : Dans un rapport publié lundi 20 janvier, l'ONG OXFAM a souhaité dénoncer l'accroissement des inégalités en évoquant le fait que les 85e premières fortunes mondiales détenaient autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la planète. Un tel chiffre, aussi impressionnant soit-il, est-il révélateur d'une véritable injustice sociale quant on sait que la plupart des "fortunes" citées par OXFAM sont des entrepreneurs qui créent de la richesse au lieu de la confisquer ?

Nicolas Lecaussin : En faisant ce genre de comparaison, on étouffe toute possibilité de débat lucide. Car si vous mettez la fortune de Bill Gates à côté de mon salaire (ou du vôtre), la différence est tellement abyssale que ce n’est même pas la peine de la calculer. Personnellement, ça ne me dérange pas du tout. Bill Gates a révolutionné le monde.

Non, en fait, il s’agit de savoir qui sont ces (très) riches et comment ils sont arrivés là. Le dernier classement des gens les plus riches au monde, réalisé fin décembre 2013 par Bloomberg, a déclenché de nombreuses réactions sur l’énormité de la fortune des 300 plus riches, estimée à 3 700 milliards de dollars. Une lecture attentive de ce classement donne portant des indications très instructives sur la sociologie des individus les plus riches au monde : ce sont surtout des entrepreneurs, des"self-made-men".

Sur les 200 les plus riches (les multimilliardaires, le dernier disposant d’une fortune estimée à 6.38 milliards de dollars), 140 sont des entrepreneurs. Ils ont bâti leur fortune grâce à l’entreprise qu’ils ont créée. Sur les 50 premières fortunes mondiales, 40 sont des entrepreneurs et sur les 10 plus riches au monde, 9 en sont également. Nous avons donc affaire à des personnes qui ont créé des entreprises, des richesses et des dizaines de milliers d’emplois.

En prenant une échelle planétaire pour souligner les écarts de richesse, n'en oublie t-on pas de prendre en compte la différence des niveaux de vie des diverses régions du Globe ?

Les statistiques sur les inégalités représentent le fonds de commerce des étatistes. C’est un sujet primordial de débat entre les politiques en France lors des élections de 2012 et même aux Etats-Unis. Obama avait fait de la lutte contre les inégalités un des points forts de sa campagne. Mais les écarts de richesse ne sont pas les mêmes partout. Le Bangladesh est l’un des pays les moins inégalitaires au monde car la pauvreté est très répandue. De l’autre côté de l’échelle, on retrouve les Etats-Unis, alors que c’est un pays très riche. Mais le phénomène le plus important - et ce que les étatistes n’arrivent pas à comprendre - c’est la mobilité au sein de la répartition des revenus. Parmi les Américains qui faisaient partie des 1 % les plus riches en 1987, seulement 24 % en faisaient encore partie en 2007, 20 ans plus tard. Et seulement 37 % étaient dans les 5 % les plus riches. Pratiquement tous les ans, ceux qui font partie du classement bougent et les études montrent que, en moyenne, seulement 2 riches sur 5 sont encore présents dans les 1 % après 10 ans. Les statistiques de l’IRS (les Impôts américains) montrent que seulement 1 % des 400 Américains les plus riches déclarent les mêmes revenus d’une année sur l’autre et que 8 % de leurs revenus proviennent des rémunérations et seulement 18 % d’entre eux sont des héritiers.

La mondialisation ainsi que la déréglementation financière sont mises en causes dans le rapport d'OXFAM. N'observe t-on pourtant pas depuis trente ans un "rattrapage" des pays sous-développées en termes de salaires grâce à la mondialisation et au développement des investissements ?

Ce qu’on oublie surtout c’est que la pauvreté ne cesse de reculer. Nous sommes tous de plus en plus riches. Entre 1995 et 2010, le taux de pauvreté extrême dans le monde a été divisé par deux. En 1990, 43 % des habitants de la planète vivaient avec moins de 1,25 dollar par jour. En 2010, ils n'étaient plus que 21 %. N’en déplaise aux pourfendeurs de la mondialisation, le monde se porte beaucoup mieux aujourd’hui qu’il y a 20 ans. D’après le FAO (l’agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture) que l’on ne peut pas vraiment accuser d"’ultralibéralisme sauvage", le nombre de personnes souffrant de la faim a énormément baissé ces dernières années. En Asie, le continent le plus touché, le nombre de personnes qui ne mangent pas à leur faim a diminué de 60 millions ces 5 dernières années.

Le niveau de vie augmente partout. En Chine, plus particulièrement, le salaire minimum a fait un bond de 70 % depuis 2008 ! Et cela continue.

L'accroissement du nombre de grandes fortunes est souvent décrié comme étant un révélateur du gouffre entre les plus aisés et les plus démunis. Quels sont concrètement les meilleurs moyens de mesurer les inégalités aujourd'hui ?

Revenons au classement Bloomberg. L’origine économique de la fortune des plus riches est très diversifiée. Seulement 23 sur 200 représentent des fortunes de la finance, et 10 seulement de l’énergie et de l’immobilier. 12 (sur 200) ont fait fortune dans les médias et 4 dans les télécommunications. 26 représentent les nouvelles technologies et 34 ont fait des investissements divers (commerce, services, etc.). Nous sommes très loin des fortunes du milieu du XXe siècle réalisées dans le pétrole ou l’exploitation minière (seulement 10 sur 200 aujourd’hui !). Cela montre que les principales sources de la richesse aujourd’hui sont l’innovation et l’entrepreneuriat. Et le meilleur moyen de mesurer l’inégalité, c’est de montrer que les possibilités de sortir de la pauvreté sont infiniment plus nombreuses aujourd’hui qu’hier. Les plus riches en constituent la preuve !

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