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Le ministère de l’agriculture ou l’exemple type des absurdités de la non réforme de l’Etat en France
©A.J. - Wikiagri

Salon über-politique

Le ministère de l’agriculture ou l’exemple type des absurdités de la non réforme de l’Etat en France

Si le nombre d'agriculteurs est passé de 10 millions en 1945 à à peine 1 million aujourd'hui, le nombre de fonctionnaires du ministère de l'agriculture n'a pas vu ses effectifs diminuer significativement.

Philippe François

Philippe François

Philippe François est aujourd'hui chercheur à l'iFRAP après avoir mené une carrière d'ingénieur puis de consultant dans le domaine des télécommunications. Pour l'iFRAP, Philippe François a principalement travaillé sur la réforme des systèmes de retraite et de santé français.

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Si le nombre d'agriculteurs est passé de 10 millions en 1945 à à peine 1 million aujourd'hui, le nombre de fonctionnaires du ministère de l'agriculture n'a pas vu ses effectifs diminuer significativement. Il s'est même accru entre 1980 et 2008. Comment expliquer ce déséquilibre ?

Il s’est créé entre les syndicats agricoles et le ministère un système de renforcement mutuel. Les agriculteurs ont l’impression qu’un ministère puissant constitue un gage d’être bien défendus à Paris et à Bruxelles. En France, sans compter les 15.000 salariés dans l’enseignement agricole et les 15.000 emplois dans la recherche, le ministère lui-même emploie 15.000 fonctionnaires contre un millier en Allemagne. 
En réalité, ce surnombre est la certitude que les agriculteurs seront soumis à des stratégies instables, des normes franco-françaises supplémentaires, et des contrôles tatillons. De son côté, le ministère a laissé les syndicats contrôler la profession par un système corporatif à travers les chambres d’agriculture (8.000 salariés), le contrôle des structures, les surfaces minimales et maximales, les autorisations d’exploiter, et les SAFER (1.000 salariés). Des organismes qui décident qui peut posséder et gérer les exploitations agricoles, dans quelles conditions et pour quelles productions. Il suffit d’imaginer la transposition de ces règles dans d’autres secteurs (restauration, boulangerie, garages, hôtels) pour réaliser les handicapes dont souffrent les agriculteurs entreprenants.

Michel Crozier disait qu'à partir d'un certain nombre de fonctionnaires, une administration n'a plus besoin du monde extérieur pour fonctionner. Avec le ministère de l'agriculture, n'avons-nous pas un exemple symbolique de l'incapacité de l'Etat à se réformer en France ?

L’agriculture, comme la santé, est un sujet où l’émotion l’emporte souvent sur la raison à cause de son rapport avec le vivant, et du lien encore fort entre les Français et les agriculteurs. Il est donc très difficile de l’aborder de façon un peu rationnelle et donc de la réformer. De nombreux dirigeants politiques ont d’ailleurs témoigné une forte empathie pour les agriculteurs tout en les conduisant dans l’impasse où ils se trouvent. Les consommateurs ont déjà des attitudes et des actes contradictoires sur ce sujet. C’est aussi vrai pour certains urbains qui mythifient le « retour à la terre », et pour des syndicats agricoles trop focalisés sur l’installation de jeunes à tout prix, y compris d’un risque très élevé d’échec, au lieu de se concentrer sur les conditions de réussite des jeunes et des moins jeunes.

La crise que rencontre le monde agricole en France pourrait-il tirer bénéfice d'une restructuration du ministère de l'Agriculture ? Que compte faire le nouveau gouvernement sur ce sujet ?

  1. Les chutes passées et en cours du nombre d’agriculteurs montrent mathématiquement que le ministère de l’agriculture est surdimensionné et doit réduire drastiquement le nombre de ses fonctionnaires (hors recherche et enseignement). Et la situation de la plupart des filières agricoles françaises, dépassées même par celles de nos voisins européens, confirme que ce volumineux ministère qui prétend les guider, n’est pas un outil efficace pour améliorer leurs performances. Mais c’est plus profondément la situation de nombreux agriculteurs qui exige un démantèlement de la technocratie qui étouffe les initiatives d’entrepreneurs en moyenne compétents et très courageux. En parallèle avec cette réduction des moyens, la réorganisation du ministère doit se faire en s’inspirant du ministère modeste des pays dont l’agriculture réussit.    

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