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Le Medef fait son université d'été : allées vides, rangs clairsemés... les temps sont durs pour les organisations patronales
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Rassemblement

Le Medef fait son université d'été : allées vides, rangs clairsemés... les temps sont durs pour les organisations patronales

Le Medef accueille ce mercredi son université d'été dans une ambiance de nouvelle présidence de la République, mais aussi de crise...

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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C’est évidemment tout un programme de se réunir à Jouy-en-Josas, à la fin du mois d’août, au campus des Hautes Études Commerciales, c’est-à-dire dans l’une des plus riches campagnes de l’Ile-de-France, loin de Grigny, d’Argenteuil ou de la Courneuve qui défraient la chronique par leur violence quotidienne, pour évoquer des sujets stratosphériques comme «intégrer» dans une université d’été où se retrouve le gratin de l’action patronale française. Cela fleure bon l’entre-soi, et la certitude acquise par avance que l’on en ressortira plus convaincu que jamais de ce qu’on croyait dur comme fer avant même de venir.

Au moins, on n’y a pas le mauvais goût d’y être perturbé par des gens qui ne vous ressemblent pas et qui ont le front d’imaginer un monde où votre loi ne serait pas leur loi. Là-bas, point de jean’s délavés, points de jeunes au chômage, foin de ces mines patibulaires qui obligent à réfléchir à une autre France que celle qu’on vous a apprise avec une petite cuillère d’argent dans la bouche. Ce ne sont que ballets de taxis, de voitures de police, patrouilles à cheval de gendarmes payés par ce vil contribuable, pour garantir la sécurité des officiels qui viennent redire au fond de cette campagne perdue leur fidélité à un monde aussi évanescent que Pompéi après l’irruption du Vésuve.

Lorsque Denis Kessler, qui était au regard des codes patronaux un pauvre petit peigne-cul parvenu, avait inventé l’université d’été du MEDEF, il avait une idée marxiste en tête, et même une idée gramscienne (du nom du communiste italien qui a formaté le «lobbying» du 20è siècle): le pouvoir était à ceux qui étaient capables d’imposer leur thème de campagne et de pensée à l’opinion. L’université d’été servait alors à agiter les idées pour étendre la sphère d’influence patronale.

Avec Laurence Parisot, qui a reçu la bonne éducation d’une fille de famille où l’opposition de pensée est jugée vulgaire et le fruit d’une basse extraction, l’université d’été remplit le rôle inverse: apaiser les esprits et reconstituer les lignes là où la crise déstructure et sème le chaos.

Deux personnalités, deux mondes, deux civilisations, deux courbes de croissance. Lorsque Denis Kessler régnait en maître au MEDEF, la France réduisait son endettement public et le patronat suscitait la détestation des organisations syndicales. Aujourd’hui, les finances publiques ressemblent à un gouffre sans fond et le gouvernement défile à Jouy-en-Josas pour dire tout son amour de l’entreprise, dès lors qu’elles ne compliquent pas le jeu singulier d’une démocratie où le débat est étouffé et où la ponction fiscale tient lieu de remède pataphysique.

Mais que reste-t-il au juste de cet esprit gramscien où le monde patronal cherchait à dominer intellectuellement une société en proie à des idées de gauche?

Beaucoup de représentants patronaux se plaignent de la vacuité de ces universités où l’on décortique le sexe des anges sans jamais aborder les problèmes qui gênent les principaux sponsors de la manifestation.

Par exemple, le mot «crise» est traité comme une incongruité. Pourtant, par les temps qui courent, on pourrait imaginer que ce mot puisse franchir les cuisines des dépendances où les domestiques discutent des problèmes de ce bas monde, et pénètre sans violence inouïe les salons aristocratiques, qui ne sont après tout pas forcément voués à un esthétisme gratuit seulement intéressé par le mariage homosexuel. Et même au fond, le destin des salariés mis au chômage après parfois plusieurs décennies de bons et loyaux services  dans certaines entreprises pourrait aussi intéresser le monde patronal.

Mais le MEDEF d’aujourd’hui est tout entier voué à la culture quasi-décadente de Fellini, dont le film «E la nave va» («Et vogue le navire», en français) décrit une aristocratie en perdition qui chante Puccini quand le bateau coule.

Le drame est que cette sublimation des malheurs du temps ne fait même plus recette. Pour remplir les salles, le MEDEF a annoncé avant l’été que les inscriptions étaient désormais gratuites. Même Madonna n’a pas osé cette méthode dans ces tournées.

Au moment où des candidatures se déclarent à la présidence du MEDEF, dont celle d’Hervé Lambel, ces lacunes mériteraient un petit effort d’attention dans la communication externe. On ne manquera pourtant pas d’être étonné par les approximations de la structure patronale dans ces temps difficiles. Pour le programme, c'est ici !

Or qu’est-ce que l’Etp-Sa? Une filiale du MEDEF entièrement dédiée à la production de services commerciaux. Mais pourquoi, dans ces conditions, avoir cherché, en 2008, à interdire aux syndicats de salariés des ressources autres que leurs cotisations, quand les événements médiatiques que l’on produit avec force invitations gouvernementales semblent isolés dans une structure commerciale dont la transparence financière ne paraît pas acquise.

Est-il vraiment raisonnable d’exposer les membres d’un gouvernement déjà en proie à des critiques féroces dans son propre camp à des compromissions complexes. Car on ne m’enlèvera pas de l’idée que la vocation du syndicalisme est de faire entendre la voix de ses adhérents. Pas de monter des opérations de communication évanescente par des montages financiers opaques. 

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