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Le Libra contre les banques ou Trump ? Zuckerberg n’est pas si bête !

Le Libra, ce serait la monnaie libre, comme son nom l’indique, mondiale et stable comme l’assure son géniteur, le patron de Facebook, Marc Zuckerberg. Quelles promesses !

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Avec 35 millions de Facebookiens en France, 2,3 milliards dans le monde, le nombre de clients potentiels peut impressionner. Depuis, de grands noms, avec de belles fortunes, ont joint l’équipée, dont Xavier Niel pour la France. Il s’agirait, avec le Libra, de créer une monnaie mondiale. Le Libra irait partout, quasiment sans frais car assis sur les dernières techniques de communication électroniqueet sur le premier réseau au monde par le nombre de ses adeptes, Facebook. En plus, il irait sans risque de dépréciation, assis sur un panier de monnaies (dollar, euro, yen et sterling) plus d’autres actifs, sans en savoir plus pour l’heure. Bref une magique omniprésence.
 
Les premières réactions à la naissance du Libra ont été variées, et plutôt positives. Elles sont très positives chez ceux qui travaillent dans les pays avancés et qui transfèrent de l’argent à leur famille qui vivent dans les pays émergents : ils éviteront des transferts coûteux. Elles sont positives chez les épargnants et les consommateurs qui cherchent des virements moins chers et se montrent intéressés par cette « monnaie stable ». Pas de rendement, comme partout, mais pas de souci de perte : c’est déjà ça ! Plus tard (quand ?), ce Libra pourrait devenir un placement monétaire intéressant (comment ?), s’étendre comme base de placements financiers, puis de crédits moins chers encore (comment ?).
 
Suivent les banques. Elles ne peuvent être hostiles à cette innovation, mais n’en pensent pas moins. Pas hostiles, puisqu’elles se disent à la pointe de la modernité. Pas hostiles non plus à la baisse des commissions qu’elle amène, puisqu’elles sont toujours favorables à leurs clients... Mais elles montrent leur inquiétude devant ce nouveau concurrent sans expérience, qui fait de grandes promesses, avec (quand même) de grands risques opérationnels et de stabilité. De fait, dans ce monde où la liquidité ne rapporte rien, où les placements obligataires européens publics doivent aller jusqu’à 10 ans pour ne pas être négatifs, où les obligations d’entreprises très risquées, notées BB, qui rapportaient 3% en janvier, en rapportent aujourd’hui 2, comment gagner sa vie en collectant des euros ou des dollars, pour les transporter au loin ? Comment Facebook peut-il s’en sortir, sans faire payer ses services ? Combien ? Et comment peut-il garantir la stabilité de ce Libra ? Avec quelles réserves, quelles garanties et structures financières ? Au fond, les banques ne croient pas qu’on puisse vivre du Libra, avec les problèmes qu’elles ont déjà avec l’euro ou le dollar !
 
Les banques centrales sont de moins en moins réservées… contre. Au tout début, l’attitude la plus élégante fut celle de Mark Carney, Président de la Banque centrale britannique : Open mind, but not open doors (esprit ouvert, mais pas les portes). Il s’agissait de ne pas être hostile à une innovation qui allait pousser les banques à réduire (encore) leurs frais, leurs réseaux (donc leur personnel), autrement dit (encore) leurs taux. C’est le souci de toutes les banques centrales, pour avoir plus de croissance avec plus de crédit moins cher puis, plus tard, d'inflation ! Mais il s’agit de s’interroger sur les risques de ce nouvel animal : transporter des fonds troubles, l’argent de la drogue, du crime, des extorsions de fonds et évasions fiscales, sans oublier le trafic et la vente des données personnelles des clients ! Libra, comme Maffia ? Personne ne le dit, tous y pensent. Libra comme fin de la moneta ? 
 
Mais quelle est la vraie nature de l’animal Libra ? Devenir un concurrent du dollar et de l’euro ou plutôt une monnaie privée qui contrôlera un circuit de paiement à part ? Pour en être, il suffit d’un smartphone d’un côté, ce qui n’est pas compliqué, puis de 100 investisseurs d’un autre, qui mettront 10 millions au pot pour lancer la machine, ce qui n’est pas plus compliqué. Déjà on compte 28 premiers actionnaires, comme Visa, Mastercard, Spotify, Booking, eBay, Uber ou Iliad (Free) de Xavier Niel. Bientôt ils seront 100. Seront-ils les maîtres de cette monnaie privée ? Plutôt d’un circuit. Le modèle n’est pas celui d’une caisse d’épargne : Facebook pense plutôt que nous achèterons de plus en plus sur sa plate-forme. Elle collectera alors plus d’offres attirantes, avec plus de publicité, donc plus de chiffre d’affaires et de marges. Certes, on peut toujours se faire peur et craindre que Facebook veuille s’arroger le droit de battre monnaie, dévolu normalement aux États, pour les déstabiliser ? De fait, le Libra se veut un intermédiaire stable, qui permettra de tout acheter dans un circuit donné. Donc il ne veut pas concurrencer l’euro ou le dollar. Déjà, les banques centrales s’alarment! Leur réaction est qu’il faut surveiller ce Libra, comme une banque ! Sinon plus. Le Trésor américain accueille« avec bienveillance les innovations responsables » qui peuvent améliorer l’efficacité du système financier. Mais « le but du ministère », selon Steven Mnuchin, son patron, « est de maintenir l’intégrité du système financier ». C’est « une question de sécurité nationale » ajoute-t-il.
 
Donald Trump, comme on peut s’y attendre, est le plus clair de tous : « nous n’avons qu’une vraie monnaie aux États-Unis, plus forte que jamais, fiable et sûre. C’est la monnaie la plus dominante partout dans le monde, et ce sera toujours le cas. Et elle se nomme le Dollar des États-Unis ! ». Donald Trump précise :« je ne suis pas fan du Bitcoin et autres cryptomonnaies, qui ne sont pas de la monnaie et dont la valeur est hautement volatile… La « monnaie virtuelle » Libra de Facebook aura peu de standing et de fiabilité. Si Facebook et autres veulent devenir une banque, ils doivent… être assujettis aux Régulations bancaires ».
 
En fait le Libra avance masqué, pour organiser un circuit de paiement aussi fermé que possible, mais mal masqué. Le Libra ne doit plus dire qu’il veut être une monnaie. Il se veut un moyen sûr, pratique et stable, qui s’émancipe des cycles économiques et politiques. Avec l’appui des plus grandes sociétés privées, il dit être Libre,non politique, alias contre les politiques. Ces derniers ont vu le danger et battent le rappel, avec les banques centrales. Mais le Libra serait bête de s’en prendre à elles, à l’euro et plus encore au dollar ! Il lui suffit de créer un système d’achats-ventes, avec les clients les plus dépensiers au monde pour les meilleurs produits au monde. Aux autres les ennuis de la production et du transport, au Libra le premier réseau commercial mondial !
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