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Le grand écart statistique de certains scientifiques pour relier le Covid-19 à la biodiversité ou quand les scientifiques tordent les statistiques pour correspondre à une pensée unique
©JUNG Yeon-Je / AFP

Biodiversité maltraitée

Le grand écart statistique de certains scientifiques pour relier le Covid-19 à la biodiversité ou quand les scientifiques tordent les statistiques pour correspondre à une pensée unique

Marcel Kuntz revient sur la recherche scientifique liée au coronavirus et sur son impact sur la biodiversité.

Marcel Kuntz

Marcel Kuntz

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale. Il est Médaille d'Or 2017 de l'Académie d'Agriculture de France

Il est également enseignant à l’Université Joseph Fourier, Grenoble.

Il tient quotidiennement le blog OGM : environnement, santé et politique et il est l'auteur de Les OGM, l'environnement et la santé (Ellipses Marketing, 2006). Il a publié en février 2014 OGM, la question politique (PUG).

Marcel Kuntz n'a pas de revenu lié à la commercialisation d'un quelconque produit. Il parle en son nom, ses propos n'engageant pas son employeur.

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La construction d’une pensée unique

Je me réjouis, dans la crise du Covid-19, de l’écoute de l’expertise scientifique et son exigence de preuves (voir l’affaire de la chloroquine). D’autre part, chacun aura aussi entendu des discours idéologiques : nombre d’acteurs politiques s’empressant d’établir des liens entre l’apparition du Covid-19, la propagation de cette pandémie, ou encore les insuffisances françaises, et ce qu’ils critiquaient déjà précédemment, en fonction de leur vision du monde. L’idéologue retombe toujours sur ses pieds ! La science est-elle protégée de tels raccourcis idéologiques ? En réalité pas du tout. Décryptage.

La science devrait dire ce qui est et non pas ce qui doit être

La question du climat  nous fournit maints exemples de dérives, à commencer par le GIEC. Je ne conteste pas l’implication des activités humaines dans le réchauffement climatique (je n’ai aucune compétence dans le domaine). Est en revanche contestable, le mélange de science et de politique du GIEC (« les États interviennent effectivement dans le processus d’acceptation de la synthèse des rapports d’évaluation »), en tout cas entre évaluation scientifique et proposition de « solution ». Cela incite certains climatologues à sortir de leur rôle : par exemple soutenir le projet de théoriciens de l’écologisme de « diviser la population par dix » (comment comptent-ils y arriver ? Par génocides, ou simplement par stérilisation forcée ?), ou encore accréditer que la lutte contre le changement climatique impliquerait de renoncer aux libertés individuelles et même à la démocratie ! Des prises de positions bien évidemment nuisibles à la cause qu’ils prétendent défendre.

Des dérives idéologiques de scientifiques

Les études sur l’impact de l’agriculture nous fournissent d’autres exemples de radicalisation de scientifiques. En suivant le dossier des OGM, j’ai développé il y a plus de dix ans le concept de « science parallèle » pour décrire une démarche qui a une apparence scientifique, mais qui en réalité est au service planifié d’un projet politique. Elle vise à remplacer les scientifiques, notamment pour l’évaluation des risques, par des « experts » médiatisés, sympathisants du projet politique (soyons clair : de l’écologie politique). Bien que l’impact médiatique de cette science parallèle puisse être fort, j’ai longtemps cru qu’elle restait marginale dans le monde scientifique. J’ai eu tort ! Comme je l’ai déjà écrit sur Atlantico : dans un mélange d’idéologie et d’appétit pour les subventions de la recherche, un véritable business scientifique s’est créé pour évaluer toutes les molécules possibles et imaginables, souvent par des protocoles expérimentaux choisis pour favoriser délibérément l’identification d’un effet délétère, en conformité avec la doxa catastrophiste du moment.

Infox sur le Covid-19 et la « biodiversité maltraitée »

Nous avons par ailleurs assisté à une campagne de presse frénétique d’une poignée de chercheurs n’hésitant pas à asséner que « cette épidémie est la conséquence d’une biodiversité que l’on maltraite » et même que « les atteintes à la biodiversité ont accéléré l'épidémie ».  Même Greenpeace, pourtant peu avare de campagnes idéologiques, n’avait pas osé aller aussi loin (« Dans le cas précis de l’épidémie de Covid-19, le lien avec la destruction d’un écosystème n’est pas avéré »).

Ces scientifiques n’ont en effet aucune preuve, ni même mené d’études pour les obtenir dans le cas de la pandémie en cours. Leur argumentation repose sur des bases spéculatives où différentes maladies sont amalgamées dans la catégorie générale de « zoonose », c’est-à-dire des maladies et infections dont les agents se transmettent des animaux à l'être humain, où l’on range aussi les virus… En réalité les liens entre ces zoonoses et des marqueurs de biodiversité apparaissent contradictoires, ce qui n’est pas surprenant. Les choses ne sont pas aussi simples que ce qu’ils proclament.

La Fondation pour la recherche sur la biodiversité a également colporté le hoax : «  En l’état actuel des connaissances, la pandémie en cours apparaît liée à ces atteintes à la biodiversité ». Cette FRB, création politique à la suite du Grenelle de l’environnement, « a pour mission de soutenir et d’agir avec la recherche pour accroître et transférer les connaissances sur la biodiversité ». Comprendre : favoriser les crédits de recherche pour cette discipline (ce qui n’est pas condamnable en soi). Le document (ponctué de considérations politiques) publié par la FRB dans le cadre de la campagne exploitant la crise du Covid est d’ailleurs explicite : « Nous espérons que la pandémie actuelle amènera les gouvernements, les décideurs en général, […] à accorder aux enjeux de biodiversité une priorité équivalente à celle donnée aux enjeux du changement climatique » ; « Cela implique qu’une aide financière internationale puisse être mobilisée » ; etc.

Nous sommes donc en présence d’un mélange d’idéologie et de publicité pour obtenir de futurs crédits de recherche.

« One health », le concept-valise qui réconcilie tout le monde ?

Les enjeux de financement ne concernent pas que les chercheurs et les équipes individuellement, mais au premier chef les organismes scientifiques.

Dans une tribune titrée lapidairement « La pandémie de Covid-19 est étroitement liée à la question de l’environnement », seize dirigeants d’organismes scientifiques « nous rappellent le fait, trop longtemps négligé, tant dans les priorités de recherche que dans les politiques publiques, que santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes sont étroitement liées », et pour enfoncer le clou ils demandent de « consolider les bases d’une écologie de la santé s’intéressant aux interdépendances entre le fonctionnement des écosystèmes, les pratiques socio-culturelles et la santé des populations humaines, animales et végétales prises ensemble ». Pour les lecteurs qui ne maîtrisent pas parfaitement la langue des administrateurs de la recherche, « priorités de recherche » et « consolider » se traduisent par « des sous, svp »…

Autrement dit : il ne faudrait pas, à la faveur de cette pandémie, que les disciplines de la santé ne deviennent les principaux destinataires desdits crédits…

Comment faire si votre institution n’est pas spécialisée dans la santé (je pousse le mauvais esprit jusqu’à noter qu’aucun dirigeant d’une institution de santé n’a signé la tribune susmentionnée…) ? La réponse : il faut un slogan porteur, en l’occurrence celui de One Health (une seule santé) qui « doit devenir une priorité pour une recherche interdisciplinaire brisant les cloisonnements, encore trop présents entre le monde biomédical et celui qui se consacre aux Sciences de l’Environnement » disent encore nos dirigeants. Par la magie du verbe, tout devient donc « santé » !

Que disent les études ?

Malgré leur intelligence supérieure, démontrée ci-dessus, nos respectés dirigeants de la recherche se contredisent un peu dans leur démonstration. D’une part ce serait « bien le déclin de la biodiversité qui en réduisant les populations d’hôtes […] augmente les risques de transmission des pathogènes et l’émergence des maladies associées ». D’autre part, ils affirment que « La consommation de viande et l’incorporation de leurs écailles dans la médecine traditionnelle asiatique sont les raisons principales de cette hécatombe, et de l’augmentation exponentielle des contacts avec les humains ».

Il semble utile de revenir à quelques données de la littérature scientifique. 

En fait le débat a déjà existé entre 2014 et 2016 dans le journal scientifique Ecology. Ainsi Wood et collaborateurs avaient conclu que le rôle de « la biodiversité » pouvait être positif, neutre ou négatif quant à la transmission de parasites. Curieusement…, les écrits cités ci-dessus ne citent pas cette publication…

Mentionnons aussi la publication la plus récente, par Johnson et collaborateurs (dans les Proceedings de la Royal Society) qui ont utilisé une méthode sophistiquée pour évaluer le nombre de virus que les espèces de mammifères ont partagés avec les humains. Ils confirment ainsi que les espèces domestiques, les primates et autres chauves-souris portent plus de virus zoonotiques que les autres espèces (jusqu’à un facteur 100 !). Malgré leur envie manifeste de corréler le statut d’espèces menacées et le nombre de tels virus, l’étude montre plutôt l’inverse (les différences restant dans un modeste rapport de 1 à 2).

Il n’existe donc pas de données univoques en faveur d’un lien entre biodiversité menacée et zoonoses, et aucune dans le cas du Covid-19.

Le ridicule ne tue toujours pas (contrairement au Covid-19)

On l’attendait avec impatience : la « Contribution de la Convention Citoyenne pour le Climat au plan de sortie de crise » [du Covid-19] ! Ces honorables 150 « citoyennes et citoyens » tirés au sort « ont pour mandat de définir une série de mesures permettant d’atteindre une baisse d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre […] dans un esprit de justice sociale ». Ces personnes sont formées six fois trois jours et deviennent ainsi compétentes sur le climat par la magie de la pensée postmoderne… Le type de « formation » reçue interroge puisque les « citoyens » croient devoir déclarer pompeusement : « Nous nous exprimons, car il est urgent d’agir pour construire demain » ; ils reprennent et étendent le hoax : « Nous nous exprimons, car la crise que nous traversons n’est apparemment pas sans lien avec le dérèglement climatique et la dégradation de l’environnement ». Bon Dieu, mais c’est bien sûr ! Le climat, le climat ! Molière se serait moqué des Diafoirus (Le poumon, le poumon, vous dis-je) qui ont « formé » ces personnes.

Ces propos ne représentent pas une position officielle de l’employeur de l’auteur

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