Le baisemain, cet usage bien français qui entend rompre avec l'uniformisation de la poignée de main | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Style de vie
Le baisemain, cet usage bien français qui entend rompre avec l'uniformisation de la poignée de main
©Wikimédia

Bonnes feuilles

Le baisemain, cet usage bien français qui entend rompre avec l'uniformisation de la poignée de main

On l'appelle aujourd'hui le "vivre ensemble"... Autant dire que ce n'est pas un petit sujet ! La politesse est cet art de rendre la vie ordinaire plus douce, moins rugueuse vivable, en somme. Nécessité sociale, donc. Mais pas seulement : la politesse est aussi une source de plaisir, et c'est ce que ce dictionnaire nous démontre à chaque page. Extrait de "Un dictionnaire nostalgique de la politesse", de Frédéric Rouvillois, aux éditions Flammarion 1/2

Baisemain

Le baisemain est au savoir-vivre à la française ce que la Tour Eiffel est à Paris : un symbole – mais récent, et quelque peu usurpé. Aussi étrange que cela puisse paraître, le baisemain est en effet une invention tardive, puisque la généralisation de sa pratique ne remonte qu’au début du xxe siècle. En 1900, la baronne d’Orval, la première à saluer sa résurrection, n’en parle encore que comme d’une sympathique curiosité lorsqu’elle note que "quelques hommes du meilleur monde rééditent la coutume du baisemain, ce geste galant dont la mode s’inspira de Richelieu". Ce qui n’empêche pas l’usage de s’implanter rapidement : à la veille de la Grande Guerre, une observatrice avisée constate ainsi que "presque partout à Paris, quand une femme tend la main à un homme, celui-ci, au lieu de la serrer comme il ferait de la main d’un camarade, fait le mouvement de porter à ses lèvres le bout des doigts qu’on lui offre".

Cet usage entend manifester un surcroît de déférence : "Le geste d’un homme, d’un jeune garçon incliné sur la main d’une femme est d’une grâce et d’une délicatesse exquises. Il est bien plus déférent que le shake-hand cavalier, distribué indifféremment aux hommes, aux femmes, aux jeunes filles, aux garçonnets, tous confondus dans la même égalité". Son principal mérite, estime-t-on alors, est de pouvoir exprimer des nuances, de rompre avec l’uniformisation qui menace sous la forme un peu morne de la poignée de main.

(crédit : Emmanuel Pierre)

Et de fait, durant la première moitié du 20ème siècle, salons chics et cercles mondains s’ingénient à multiplier les règles, prescriptions et interdits, aussitôt relayés par des manuels de politesse ravis de transformer ce qui n’était naguère qu’une délicatesse informelle en un véritable cérémonial chinois. Le plus cocasse, c’est que tout ce joli monde va s’empresser d’oublier à quel point le baisemain est récent, et faire comme si, de tout temps, il avait été évident que l’on ne baise jamais la main d’une jeune fille ou celle d’une dame mariée que dans certains lieux et à certains moments. Alors qu’en la matière l’unique certitude est que le tact doit l’emporter sur la règle et l’esprit sur la lettre. (crédit photo : Emmanuel Pierre)

Extrait de "Un dictionnaire nostalgique de la politesse", de Frédéric Rouvillois, publié aux éditions Flammarion, novembre 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !