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Laurent Wauquiez a créé la polémique en déclarant vouloir s'attaquer aux "dérives de l'assistanat"...
Laurent Wauquiez a créé la polémique en déclarant vouloir s'attaquer aux "dérives de l'assistanat"...
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Ras le RSA

Les classes moyennes n'en peuvent plus de l'assistanat

Laurent Wauquiez a créé la polémique en déclarant vouloir s'attaquer aux "dérives de l'assistanat" qu’il taxe de "cancer de la société française". Et si les classes moyennes étaient derrière lui ?

Véronique  Langlois et Xavier Charpentier

Véronique Langlois et Xavier Charpentier

Véronique Langlois et Xavier Charpentier ont créé en mars 2007 FreeThinking, laboratoire de recherche consommateur 2.0 de Publicis Groupe.

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L’évangile de Saint Luc nous l’apprend : "malheur à celui par qui le scandale arrive…". Malheur à Laurent Wauquiez donc, qui en tant que dirigeant de la Droite Sociale, a cru bon de poser le débat des aides apportées aux plus démunis des Français sous l’angle du refus de "l’assistanat", ce "cancer de notre société"… La volée de bois vert qui s’abat sur ses épaules dissuadera peut-être le prochain imprudent de parler en des termes aussi peu diplomatiques du modèle social français.

Pourtant, à lire ce qu’expriment le classes moyennes quand on leur donne la liberté et le temps d’articuler leur pensée, on peut avoir l’impression que les propositions âprement contestées aujourd’hui sont bien sages, pour ne pas dire timides, par rapport à la réalité de l’opinion d’une bonne partie de la "France du milieu"

Chiffon rouge et langue de bois

C’est que par-delà toute langue de bois, tout langage convenu et convenable sur la nécessité d’aider les plus faibles et tous les accidentés de la vie, les Français de classes moyennes que nous interrogeons régulièrement sur notre plateforme collaborative ont un avis des plus tranchés sur la question. Et qui ne brille pas nécessairement par sa political correctness. Les 120 Français qui ont participé à la dernière étude d’opinion [1] que nous avons menée sur ces sujets de société n’ont fait de ce point de vue que confirmer, une fois de plus, un constat que nous avions déjà pu faire par le passé : parler d’"assistanat" n’est pas un scandale pour eux, qui travaillent et gagnent juste assez pour contribuer à l’effort fiscal mais trop peu pour bénéficier d’aides sociales conséquentes.

C’est simplement faire état d’une réalité qu’ils jugent insupportable. Et d’une idéologie supposée qui les rend, littéralement, fous de colère quand ils croient en déceler la trace dans un programme politique – eux qui se définissent volontiers, quels que soient leur métier, leur statut et leur ancrage politique, comme des méritocrates.

Un exemple ?La proposition de revenu citoyen de Dominique de Villepin, chiffon rouge taillé en pièce avec une violence sans pareille par la quasi-intégralité d’entre eux, avec des posts comme celui-ci : "Enfin, République Solidaire, je suis d’accord avec tous ceux qui disent que donner850 € pour ne rien faire est délirant.". Ou encore celui-là : "Quant aux 850€ à ne rien faire c’est encourager les gens à être assistés pendant que les autres crèvent en étant payés juste un peu plus…". "Ne rien faire", "donner", "délirant", "assistés"… Foin de circonlocutions. C’est bien d’assistanat et d’exaspération qu’ils nous parlent. Sans complexe. Sans pitié. Et sans jamais varier.

Immuables comme Dieu

C’est que sur le sujet, ils apparaissent "immuables comme Dieu", pour parler comme Saint Simon… Depuis 2007, date à laquelle nous avons commencé à investiguer en profondeur cette catégorie de Français, jusqu’à aujourd’hui, nul changement dans leur conviction que la France est – entre autres maux, bien sûr – malade d’un modèle social non pas trop généreux, mais trop peu exigeant envers ceux qui en bénéficient. "Ce qui me faitbondir, c’est quand je vois des gens qui ne travaillent pas, non pas parce qu’ils n’ont pas de boulot, mais parce que tout simplement ils n’ont pas envie car ils gagnent plus sans travailler et sans compter les avantages sociaux qu’ils ont… Cela me révolte. A méditer." [2].

Nul adoucissement dans leur jugement sévère et même sans appel, sur les failles que présente ce modèle à leurs yeux. Plus dérangeant peut-être : nulle indulgence, jamais, pour leurs compatriotes, nombreux à les entendre, qui en profitent indûment (et scandaleusement, à les en croire)… "A titre d’exemple, j’ai commencé ma carrière pro comme manager dans la grande distribution : 1 450 € net pour 80 heurs de boulot. Alors ça me fait rire cette France de fainéants, faut comprendre qu’il y a des gens qui triment" [3].

Nulle inflexion, enfin, dans leur vision de fond de la société française, de ses valeurs et de ses maux : "Trop de social tue le social ! Arrêtons de toujours vouloir assister les gens ! Que certaines personnes aient besoin d’être aidées, je le conçois, mais que ce soit ponctuel et non à vie… Que chacun se prenne un peu en main… " [4].

Que chacun se prenne un peu en main… Vaste programme, assurément. Mais peut-être plus consensuel qu’il n’y paraît, en fait.


[1] "Respecter 2012", deuxième volet de notre enquête France 2011, est une étude qualitative rassemblant 120 Français des classes moyennes ayant un revenu par foyer de 1 800 à 3 000 € net mensuel. Cette étude a été réalisée du 14 au 28 avril 2011 sur la plateforme Freethinking, et a généré 850 contributions sur un ensemble de questions portant sur l’évolution du paysage politique et les attentes des Français dans la perspective des élections présidentielles à venir.2 Les nerfs solides, paroles à vif de la France Moyenne, Véronique Langlois et Xavier Charpentier, Nouveaux
débats publics, 2009.

[2] Les nerfs solides, paroles à vif de la France Moyenne, Véronique Langlois et Xavier Charpentier, Nouveaux débats publics, 2009.

[3] Ibid

[4] Ibid

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