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Emmanuel Macron fait face à de nombreux dossiers majeurs en cette rentrée politique.
Emmanuel Macron fait face à de nombreux dossiers majeurs en cette rentrée politique.
©BENOIT TESSIER / POOL / AFP

Rentrée politique chargée

La refondation, c’est simple : on prend les mêmes et on recommence

C'est mardi. Crise énergétique, Conseil de défense, Refondation – partons en balade avec Macron ! (Attention, il n’est pas impossible qu’un peu d’ironie se cache dans ces lignes).

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient Le Blog de Nathalie MP avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.
 
https://leblogdenathaliemp.com/

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Je ne sais si l’on aura froid cet hiver par manque de gaz et d’électricité – la faute au Covid et à la guerre russe en Ukraine, et c’est tout (sic), d’après nos dirigeants. Mais l’on est d’ores et déjà saisi d’un tournis épouvantable par le seul fait de suivre les oscillations frénétiques du discours gouvernemental sur la question, entre rassurance pas très sereine sur les approvisionnements en énergie, alarmisme hyperbolique d’Emmanuel Macron et prétexte inespéré pour obtenir une baisse des émissions de CO2. Petit condensé des déclarations récentes :

Nous vivons la fin de l’abondance – mais il n’y aura pas de coupures de gaz pour les particuliers – mais si tout va vraiment très mal, il y en aura peut-être pour les entreprises – qui pourraient bien subir des rationnements si elles ne se rationnent pas toutes seules – et de toute façon, un peu de « sobriété » ne peut pas faire de mal, neutralité carbone en 2050 oblige – mais tout va plutôt pas mal puisque les stocks gaziers français remonteront certainement à 100 % au début de l’hiver – mais enfin l’heure est quand même grave – mais l’économie française est solide – mais le chômage partiel sera réactivé et le télétravail encouragé – et puis des petits délestages électriques affectant particuliers et entreprises ne sont pas à écarter totalement si les hypothèses les moins favorables ont le mauvais goût de converger.

On s’y perd, on s’y embrouille. Pas étonnant qu’il ait fallu recourir au dispositif ultra-secret et si finement expert du Conseil de défense sur l’énergie pour démêler tant de fils enchevêtrés. Toutes ces hypothèses, toutes ces incertitudes, toutes ces délicates considérations géopolitiques… Mais gardons le cœur joyeux, chers lecteurs, car « l’État agit » pour faire baisser le prix de l’énergie, pour assurer nos approvisionnements stratégiques et pour nous emmener en chantant sur le chemin de la sobriété heureuse. Du trois en un, pour ainsi dire. Quel génie ! 

Mais pourquoi s’étonner de tant de talent au sommet ? Le gouvernement n’a-t-il pas piloté la pandémie de Covid de main de maître ? Restrictions, confinements, Conseil de défense, chômage partiel, télétravail – tout ce qui a fait son succès dans la gestion de la crise précédente se retrouve intact dans la nouvelle. Manque une sorte de pass énergie en lieu et place du pass sanitaire mais ne faisons pas les difficiles, la menace du rationnement s’en rapproche.

Il est cependant curieux de voir Emmanuel Macron reprendre trait pour trait ses méthodes du premier quinquennat car on était sous l’impression qu’il souhaitait placer le second sous les auspices du renouveau. Peu après sa réélection, ne disait-il pas :

« Le peuple français n’a pas prolongé le mandat qui s’achève. (…) Ce peuple nouveau, différent d’il y a cinq ans, a confié à un président nouveau un mandat nouveau. »


Un renouveau total, donc, car tout le monde, lui, les Français, son parti (qui se rebaptise ces jours-ci Renaissance), a changé en cinq ans. Du moins est-ce sa façon de présenter les choses car sous la posture et la magie des mots, on devine que la rhétorique du renouveau a surtout pour objectif d’éluder le débat sur le bilan du quinquennat passé, les entorses aux libertés individuelles et les 600 milliards de dette publique en plus. Tout oublier, recommencer à zéro, comme si de rien n’était.

Pour preuve de sa bonne foi, à moins que ce ne soit plus concrètement parce que la situation législative de la majorité présidentielle devenait de plus en plus tendue, il promettait alors de mettre en place un Conseil national de la Refondation directement inspiré du Conseil national de la Résistance (petit nom CNR) cher à tous nos collectivistes et autres ardents thuriféraires de notre Etat providence. Finies, les réformes et les circulaires qui viennent d’en haut. De la concertation, du débat, du bon sens au plus près des Français grâce à la présence conjointe des forces politiques, économiques, sociales et associatives du pays, ainsi que des élus des territoires et des citoyens tirés au sort. 

Vous avez dit renouveau ? Vous avez dit nouvelle méthode ? On se rappelle pourtant que chaque moment délicat du mandat précédent a été momentanément surmonté/contourné/étouffé par la création de diverses instances censées nous convaincre que les préoccupations des Français étaient la seule et unique boussole du gouvernement. On avait déjà le Conseil économique, social et environnemental (CESE), « machin » typiquement décoratif, mais ce fut en plus le Grand débat national, ce fut la Convention citoyenne pour le climat, ce fut le Collectif citoyen sur la vaccination, ce fut le Haut-Commissariat au Plan. À chaque nouvel obstacle politique, son amusement « citoyen », sa dose théâtrale de « renaissance ». 

Autrement dit, voici une instance de renouveau et de refondation qui ressemble furieusement à tous les conseils, comités et autres conventions citoyennes qui l’ont précédée. Et qui risque de déboucher sur la même inutilité – qui peut dire à quoi a servi le Collectif sur la vaccination mis sur la touche dès l’instauration du pass sanitaire ? D’autant que les participants pressentis aujourd’hui ne sont pas complètement aveugles sur sa teneur essentiellement politicienne. La méthode est non seulement la même qu’avant, mais elle est de plus complètement éventée. 

Mais M. Macron semble n’être satisfait que lorsqu’il peut pousser ses idées printanières jusqu’au paradoxe le plus sublime, un peu à la façon du « en même temps, ni de droite ni de gauche » qui a fait sa renommée. Qui d’après vous va présider son tout nouveau tout beau Conseil de la Refondation qui n’est clairement ni tout beau ni tout nouveau (mais qui sera installé jeudi 8 septembre prochain) ?

Chers lecteurs, préparez-vous, car le nom que vous allez lire confine à l’absurde : François Bayrou !

Oui, vous avez bien lu, François Bayrou, qui grenouille dans la politique française depuis toujours, François Bayrou qui ne peut supporter l’idée de ne pas se trouver en toutes circonstances au plus proche des allées du pouvoir, François Bayrou qui persiste à penser qu’un grand destin national l’attend. Mettez-vous à sa place : et s’il était l’homme providentiel qui allait réussir à nous faire surmonter la crise actuelle qu’il considère comme « la plus grave que la France ait connue depuis la guerre » ?

Mais reprenons son très long CV. François Bayrou qui fut nommé Haut-Commissaire au plan à la rentrée 2020 dans les valises du gouvernement Castex, François Bayrou, enfin, qui s’y est montré d’une si grande discrétion que plus personne ne sait au juste ce qu’il y faisait et que les rares qui le savent ont toujours trouvé ses « notes d’ouverture » bien minces.

Mais du moins en déduit-on sans grand étonnement ce qu’Emmanuel Macron veut dire quand il se lance dans le lyrisme de la refondation et du renouveau. Au fond, c’est très simple : on reprend les mêmes méthodes éculées de conservation du pouvoir, on reprend les mêmes vieux baroudeurs de la politique et on recommence (toujours les même erreurs) ! Ça promet. 

Cet article a été publié initialiement sur le site de Nathalie MP : cliquez ICI

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