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La nécessaire régulation de la nouvelle économie numérique
©Reuters

Règles

La nécessaire régulation de la nouvelle économie numérique

Le Numérique est une Révolution en construction, nous ne ferons plus jamais sans. L’heure n’est donc plus à mesurer l’immensité des opportunités qui y sont liées, mais plutôt à s’attaquer aux risques inhérents.

Nicolas Hueppe

Nicolas Hueppe

Vice-Président de CroissancePlus, CEO, d'Alchimie.

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Jean-Baptiste Danet

Jean-Baptiste Danet

Jean-Baptiste Danet est Président de CroissancePlus. En 2001, il crée Interbrand France. Apres 10 ans, dont 5 en tant que Président d'Interbrand Europe, Jean-Baptiste Danet rejoint Dragon Rouge en 2011 comme directeur général du Groupe et associé des fondateurs. Il quitte l’entreprise en 2016 et rejoint, en tant que Coprésident, le Groupe Ipanema.

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Synonyme de progrès, dessinant chaque jour un peu plus les contours d’un horizon de tous les possibles aux réussites fulgurantes, mais aussi refuge à des chutes vertigineuses, le numérique n’est absolument pas un univers exempt d’interrogations auquel aucune limite ne saurait se superposer pour atteindre le bon équilibre. « Maîtriser le numérique » constitue un projet ambitieux, à la fois de société, de gouvernance et d’économie.

Si nous voulons que cet outil désormais ouvert à toutes et à tous soit profitable au plus grand nombre, nous devons impérativement réguler l’économie numérique. Loin de nous l’idée d’éditer un Red eBook, la contrainte étant par nature à rebours de la doxa de CroissancePlus et plus largement des entrepreneurs qui militent pour toujours plus de liberté, mais nous ne pouvons décemment accepter certaines dérives aux conséquences dramatiques. 

La « plateformisation » a bouleversé nombre de professions et de secteurs existants, au premier desquels les métiers de services : les taxis, la restauration et l’hôtellerie, la location en tous genres etc. Afin d’encadrer et d’accompagner cette expansion qui est inébranlable, l’idée n’est évidemment pas d’interdire ces changements en ricochés, mais au contraire de mieux réguler les nouveaux services permettant ainsi l’émergence progressive et surtout moins brutale d’une offre généralisée concurrente, qui peut se révéler aujourd’hui comme étant très agressive voire destructrice dans certains cas. 

Seul un discours à l’unisson, ferme et audacieux, des pays membres de l’Union européenne pourra permettre d’atteindre cet objectif. Il faut saluer l'ambition de l'Estonie, qui a pris la présidence du Conseil de l'Union européenne, d'accélérer l'agenda digital européen.  Le sommet de Tallin qui se déroulera le 29 septembre prochain, réunissant les chefs d’Etats sur le sujet, pourrait être le point de départ de ce signal politique majeur tant attendu. 

Manquer cette occasion, ce serait prendre le risque de donner tacitement un pouvoir immense et difficilement contrôlable aux GAFA qui en ont déjà énormément. Ce serait aussi prendre le risque à terme d’une inversion des rapports de forces entre gouvernants et « e-puissants », passant ainsi de la culture du soft power, dans laquelle la France excelle, au software power.La fiscalité est bien évidemment très liée à ce sujet, c’est pourquoi l’Europe doit assumer une politique forte et sans concession en matière de lutte contre les diverses stratégies de contournement. Ces pratiques sont inacceptables. Le manque à gagner est trop important pour aborder la question de manière elliptique. Des résultats sont attendus.

Au-delà de ces questions si sensibles, la protection des données est également au cœur du développement du numérique. Et ce d’autant plus que les attaques se multiplient à l’encontre des entreprises, petites et grandes. Les « rançongiciels » font des dégâts parfois difficilement récupérables pour les plus fragiles, et même à l’endroit des structures qui ne sont pas suffisamment préparées. De surcroît, le stockage des données liées à l’identité des individus ou à leur mode de vie (consommation, santé, etc.) constitue une véritable mine d’or virtuelle dont la sécurité doit être une impérieuse nécessité, un préalable à leur collecte même. Cela ne peut être véritablement efficient sans une prise de décision commune et applicable aux membres de l’Union européenne. A l’inverse, n’ayons crainte d’assumer la conservation de la souveraineté liée aux datas sensibles produites en France. D’autres Etats ont bien moins de scrupules, prenons exemple.

Enfin, si l’économie numérique est associée à des irrésistibles succès, cela peut être le moyen d’assurer un rôle émergent pour bon nombre d’entreprises européennes et ainsi profiter à toute l’économie et l’emploi. Le courage commanderait à rendre obligatoire le choix entre plusieurs moteurs de recherche, tout comme la commande publique numérique pourrait être davantage tournée vers les entreprises du vieux contient. Le Buy American Act pourrait servir d’exemple pour un eBuy European Act.

Chacune et chacun d’entre nous doit être convaincu que le numérique est une formidable réussite, aux opportunités innombrables, mais nous devons résolument éviter de sombrer dans la facilité, céder au chant des sirènes, fermer les yeux sous prétexte de modernité. Profitons de cet essor pour redresser la barre en faveur de la France et de l’Union européenne afinassurer compétitivité et croissance. La France et l’Europe doivent maîtriser le Numérique. C’est un enjeu clé pour l’avenir de nos pays, de nos entreprises, de nos sociétés.

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