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La guerre en Ukraine, deux poids deux mesures ?
©FADEL SENNA / AFP

Tribune

La guerre en Ukraine, deux poids deux mesures ?

Tout l’Occident a les yeux rivés sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le président Joe Biden qualifie son homologue Vladimir Poutine de « criminel de guerre » puis de « boucher » avant de se féliciter de la « défaite » que représente la guerre en Ukraine pour Moscou. Ce discours officiel oublie un peu vite ce qu’ont été pour Washington l’Afghanistan, la Libye, l’Irak et le Vietnam.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Pour la Maison-Blanche, la communauté internationale est convaincue de la prééminence des États-Unis et des « valeurs universelles » qu’elle défend.

Curieusement, la carte en en-tête de cet article semble montrer que les pays qui ont adopté des sanctions contre la Russie que cette communauté internationale se réduit au continent nord-américain, à l’Europe, à l’Islande, à l’Australie, à la Nouvelle Zélande, au Japon et à la Corée du Sud.

Il est vraisemblable que ces pays qui représentent plus de la moitié de l’humanité ne partagent pas non plus les idées occidentales sur les « valeurs universelles » et qu’ils ne sont pas prêts à suivre aveuglément la politique dictée à Washington.

Mais le naturel des gouvernants américains revient de temps en temps au galop. Joe Biden a déclaré à propos de Poutine en Pologne : « pour l’amour de Dieu, cet homme ne peut pas rester au pouvoir ». Certes, la Maison-Blanche a rectifié disant qu’elle n’appelait pas à un « changement de régime » en Russie mais il semble que le POTUS a commis un lapsus révélateur ou alors, il commence à être un peu trop âgé pour assumer sa fonction correctement sur le plan politique.

Il est vrai que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nombre de dirigeants politiques étrangers qui ne convenaient pas à Washington ont été évincés. Les Américains ont pu avoir la peau d’Allende mais n’y sont pas parvenus avec Castro malgré plusieurs tentatives d’assassinat.

Aujourd’hui, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN (malgré la « renaissance » de l’Alliance essentiellement due à l’erreur fondamentale de Poutine) sont considérablement affaiblis sur le plan géopolitique et militaire car ils ne peuvent plus imposer leur loi à l’ensemble de la planète.

En réalité, cela préfigure une recomposition générale en marche dont on ne connaît pas aujourd’hui le résultat final mais qui va se passer dans la douleur, en particulier pour les Européens. Ces derniers vont prendre de plein fouet le retour des sanctions décrétées par Washington contre la Russie et avoir l’obligation de s’approvisionner au prix fort en gaz liquéfie auprès des États-Unis. À ce propos, cela devrait beaucoup plaire aux mouvements écologiste qui voient le gaz de schiste comme une créature du diable (ils semblent ne pas trop se soucier de la remise en route de centrales à charbon).

Il semble logique qu’après la Russie (qui est la première fautive de la situation actuelle, faut-il le répéter), l’Europe soit entraînée dans un conflit contre la Chine mais là, le bébé sera plus gros à avaler. Comme d’habitude, les Américains enverront en premier les forces locales de Taiwan, du Japon, de Corée du Sud en les assurant de leur soutien logistique et moral immédiat. La suite sera hasardeuse mais peut-être surestime t’on l’armée chinoise ?

Enfin, pour en terminer pour l’instant avec l’Ukraine qui a été attaquée militairement par la Russie - tout le monde en convient -, le ton moralisateur de son président Volodymyr Zelensky commence à être un tantinet lassant. Certes, c’est un bon acteur qui a réussi à attirer la sympathie de l’opinion publique occidentale, mais il n’a aucune légitimité pour entraîner derrière lui le monde dans une confrontation apocalyptique avec la première puissance nucléaire de la planète. Il est aussi assez mal placé pour donner des leçons de morale (les Israéliens ne semblent pas avoir apprécié la comparaison de la situation en Ukraine et la Shoah) à qui que-ce soit. Sans parler du passé controversé de l’Ukraine durant la seconde Guerre mondiale (certes, dans ce domaine la France devrait adopter un ton modéré), la guerre reste une activité abominable (à la guerre, on tue) mais, dans le domaine des horreurs, des témoignages commencent à remonter (à moins que ce soit le fruit de la propagande russe, ce qui est toujours possible) sur des exactions de certains citoyens ukrainiens vis à vis de leurs compatriotes pour des motifs divers (comme le pillage), par une chasse aux « espions russes » qui tourne à la paranoïa (la fameuse « cinquième colonne ») et à des l’assassinat à bout portant de prisonniers russes entravés. Quant aux néo-nazis présents dans certaines unités, même s’ils ne sont qu’une « infime minorité », c’est un phénomène qui ne peut être ignoré. Une unité militaire occidentale aurait arboré les sigles du régiment Azov, il y aurait eu une poussée d’indignation dans toutes la presse bien-pensante qui aujourd’hui se montre bien « compréhensive » et « protectrice » avec les « soldats perdus » et ceux qui les emploient.

Même si le premier responsable de cette guerre reste Vladimir Poutine qui a déclenché l’invasion de l’Ukraine - quelques soient les bonnes raisons qu’il puisse avancer - l’Histoire devra juger les crimes des deux côtés. 

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