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La fusion Siemens-Alstom inquiète la commission européenne car elle limite la concurrence à l’intérieur de l’Europe
©CHRISTOF STACHE

Balle dans le pied

La fusion Siemens-Alstom inquiète la commission européenne car elle limite la concurrence à l’intérieur de l’Europe

Une nouvelle fois l’Europe de la concurrence marche sur la tête , alors que la concurrence asiatique dans le domaine ferroviaire bat son plein et que nos sociétés européennes sont menacées de disparaitre , elle s’inquiète de la fusion Alstom -Siemens qui est une des seules chances de pouvoir résister !

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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Visiblement la Commission n’a aucune idée de l’existence d’un géant chinois, CRRC, dans ce secteur qui menace de prendre l’intégralité du marché potentiel mondial dont la plus grande partie est en Asie. Qu’on en soit encore là en 2019 après avoir vu des pans entiers de nos industries disparaitre, les panneaux solaires, les batteries des voitures électriques, les téléphones, les robots, tandis que les sociétés chinoises multiplient les investissements en Europe même permettant d’acquérir à des prix dérisoires nos technologies, est tout simplement ahurissant.

Certes, pour nous, Français, le scandale a été d’abord la vente du département énergie d’Alstom au profit de General Electric qui est en train de tourner mal comme on peut le lire partout, mais qui a obligé le département transport d’Alstom à se rapprocher de Siemens car en position de faiblesse financière totale. On aurait pu rêver de l’inverse, avec un Alstom énergie faisant un travail d’équilibre avec Siemens et une fusion du ferroviaire au bénéfice d’Alstom à la technicité plus aguerrie. Un moindre mal pour le ferroviaire grâce, comme je l’ai déjà expliqué, à la reconnaissance par Siemens de l’excellence d’Alstom dans cette fusion et par conséquent du maintien d’un leadership français. Ce n’était pas la bonne solution en 2014, c’est la moins mauvaise en 2019 et surtout on peut arborer fièrement le drapeau européen pour conquérir les marchés asiatiques.

Que le dispositif européen se mette en route contre cette fusion est absurde, qu’il obtienne satisfaction est indigne, que certains s’en frottent les mains est stupide. Ni la France ni l’Europe ne sont au centre du monde d’aujourd’hui et le problème n’est pas, n’est plus, la concurrence sur ces matériels lourds entre sociétés européennes entre elles mais entre UNE société européenne au mieux et des géants asiatiques. Il aurait fallu que ce soit Alstom-Siemens et non Siemens -Alstom, c’est clair, nous avons été idiots, c’est un fait, mais si les deux sociétés ne restent pas ensemble, elles vont être balayées par le vent de l’histoire industrielle ! Déjà Bombardier, société canadienne ayant des usines en Europe va sans doute devoir entrer d’une manière ou d’une autre dans ce premier consortium si elle veut faire survivre ses installations !

Que les défenseurs de l’Europe soient ceux qui ne veulent pas voir que la concurrence est désormais Asiatique est désarmant, surtout à quelques mois d’élections européennes alors que ses défenseurs commencent à avoir des rangs clairsemés.

Il est clair que cette Europe là est condamnée et qu’il faut revoir de fond en comble la politique du continent en y intégrant des notions de compétition industrielle mondiale. Rien ne sert de justifier la cécité actuelle de la Commission par un espoir de retrouver une société française, Alstom « au carnet de commandes rempli ». Dans ce secteur cyclique il faut avoir les reins solides et être adossé à des financiers musclés, c’est le cas du Chinois CRRC avec le gouvernement chinois, c’est le cas de Siemens, avec un portefeuille diversifié, ce n’est pas le cas d’Alstom transport tout petit dans un monde de géants. Les commentaires bleu blanc rouge sont dérisoires, c’était en 2014 qu’il fallait agir !

Le seul intérêt de l’inquiétude de la commission européenne pourrait être d’ouvrir la discussion, enfin, sur ce que pourrait devenir une politique industrielle européenne .On en est très loin ! Le dossier très actuel de Carlos Ghosn, otage des japonais et des accusations de Nissan alors que l’Europe possède 43, 6 % de Nissan (Renault) et 3, 9% (Daimler) de la société montre où réside l’indignation européenne, la Chine et le Japon sont capitalistes chez nous, mais nous n’avons pas le droit d’exister chez eux ! La Commissaire Européenne Margrethe Vestager pourrait s’intéresser aux vrais dossiers de la concurrence.

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