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©BERTRAND GUAY / AFP

Vague en vue

La France dans l'impossible défi du "en même temps" à propos de la pandémie: vacciner et laisser faire la transmission par impuissance

L’avenue de Ségur a été trop longue, trop imprécise et trop politique dans ses réactions.

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

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La pandémie est très déstabilisatrice sur le plan psychique et cognitif. Et ce pas uniquement chez des personnes ayant un terrain propice. Il y a des formes graves et des formes sournoises. Par exemple, certains cachent, derrière une révolte verbale contre les mesures du confinement indifférencié généralisé (CIG) qui est grossièrement inutile, une déstabilisation profonde de leur rationalité. La pandémie et ses conséquences sont en effet très complexes. Prenons deux exemples parmi les plus fréquents.

Il n’est pas possible de dire: “on ouvre tout que les fragiles se protègent et advienne que pourra”

Cela pour deux raisons au moins: 

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Et si la France était enfin en train d’atteindre l’efficacité dans sa campagne de vaccination ?
    • En l'état des comportements individuels il y aurait une transmission accélérée et donc un flux encore plus important dans les établissements hospitaliers. Et donc aussi dans les lits de soins critiques. Avec le risque d’une saturation de l’offre non plus hypothétique mais réelle. 
    • En l’état de l’immunité collective post-infection et post-vaccinale (< 20% de la population) les conséquences économiques seraient sérieuses avec un nombre de Français malades et incapables de travailler très important. Je rappelle que la Suède ne peut être invoquée contre ceux qui prônent une maîtrise de la pandémie. Il s’agit d’un biais cognitif grave, persistant et qui flirte avec un très gros mensonge conscient. Si vous “croyez” encore aux balivernes sur la Suède regardez la Norvège en comparaison.

Il n’est pas possible de se déclarer pour le 0-Covid et en même temps refuser les moyens d’atteindre l’objectif

C'est-à -dire l’utilisation des données numériques pour tester, tracer, suivre et isoler. “ Je suis pour le 0-Covid”, certes mais la stratégie 0-Covid est actuellement totalement impossible en France. Ni le gouvernement ni les Français ne sont capables de l’organiser. 

    • L’état français est d’abord un état providence, probablement le plus dépensier de la planète,  dont les fonctions régaliennes ont été cannibalisées par ce monstre. C’est pourquoi nous sommes dépourvus d'organisation sanitaire alors que nous avons une bureaucratie sociale extravagante qui va des ARS (Agences Régionales du Social plutôt que de la Santé) à des effectifs très nombreux destinés au social dans toutes les couches administratives et ailleurs. Nous payons un nombre extravagant de fonctionnaires mais personne pour assister et surveiller les personnes qui doivent s’isoler. Les équipes de mission sanitaire existent dans la loi mais pas dans la vie réelle. Un must de la France administrée avec des tampons et des normes mais  laissée à l’abandon quand il s’agit de l’action.
    • Les Français affaiblis par cet état assistante sociale sont pour un certain nombre (dans une pandémie plus de 10-20% d’asociaux peuvent ruiner toute maîtrise de la situation) soit idéologisés à un point que leur participation aux comportements vertueux est très faible, soit inconscients de la situation, soit dans une trajectoire asociale. C’est ainsi que ce sont développés et persistent des comportements de bravade sur tout ce qui fait la maitrise collective de la pandémie. Ces comportements irresponsables sont le pendant d’une irresponsabilité financière sur les conséquences médicales de la pandémie. “Je fais ce que je veux et j’ai la carte vitale au cas où, pour que cela ne me coûte rien”, un comportement ancien inspiré du care de Mme Aubry. Chez les plus militants cela se manifeste aussi par l’exigence de “plus de lits” comme dans une manif pour augmentation de salaire. Enfin il y a aussi les “intellectuels” de la liberté formelle qui tentent de justifier leur opposition aux données de santé à longueur d’opinions et de déclarations. Ils mentent sur l’essentiel, la liberté de transmettre n’existe pas. Ni dans le droit, ni dans la vie réelle. Un tuberculeux ou une personne atteinte d’autres maladies contagieuses est contraint par la loi à des précautions comportementales qui visent à réduire au minimum la transmission. C’est une responsabilité dont les personnes asymptomatiques porteuses du Sars-CoV-2 ne peuvent s’exonérer. Au regard du prix que la société a payé (Figure N°1) il est parfaitement justifié d’exiger le port du masque, une organisation où l’éloignement interpersonnel est contraint dans les lieux de rassemblement et l’isolement aux frontières et à l'intérieur. En revanche, il n’est pas nécessaire de fermer l’économie si les mesures en question sont appliquées.

Figure N°1: la mortalité cumulée est élevée dans la majorité des pays d’Europe continentale et du sud par rapport à d’autres pays en Europe du nord, en Asie et dans l’hémisphère sud. Les mortalités par million sont entre 5 et 10 fois supérieures dans les pays en question principalement l’Italie, le Royaume uni, l’Espagne et la France. C’est curieusement une question qui est assez peu étudiée en particulier par les instances européennes peut être bloquées par les orgueils nationaux. Si bien que la survenue d’une nouvelle pandémie pourrait conduire à reproduire les mêmes décisions qui conduiraient aux mêmes effets.

Dans ce contexte, comment va se dérouler cette période transitoire? 

L’entre deux est une période vulnérable

Cette période est celle où la vaccination est insuffisante pour maîtriser la transmission et où il n’y a toujours pas de bretelles au dispositif anti-Covid-19. La ceinture est déserrée de manière indifférenciée, les immunisés et les non porteurs du virus sont traités comme ceux qui sont contagieux pendant deux semaines, le couvre feu s’impose à tous, mais les 10kms sont supprimés. Desserrer un trou, deux trous? C’est toujours le même principe qui ruine la république: l’égalitarisme.

La cacophonie du pass immunitaire

L’égalitarisme a contaminé les acteurs de la société civile.  Les restaurateurs hurlent leur volonté de ré-ouvrir mais refusent obstinément le pass immunitaire, affirment que les terrasses uniquement ce n’est pas rentable mais ne font aucune annonce sur la ventilation en intérieur.  Une propriétaire de salle de cinéma nous assène dans une interview que l'éloignement entre les spectateurs suffit. Pas de mention des masques. Pas de mention de l'aération. Pas de mention du pass immunitaire. Son scénario est improbable sur le plan sanitaire et ne rassurera pas les amateurs de cinéma. Les compagnies aériennes sont perfusées comme jamais mais aucune avancée concrète sur le pass immunitaire en Europe. L’UE est encore une fois paralysée par sa structure: ni fédération ni nations. Chacun veut une couleur différente pour ce pass… Le tourisme ne peut reprendre qu’en prenant en compte le fait que la vaccination ou l’immunité post-maladie bloquent la transmission et donc rien ne se fera sans pass immunitaire et sans tests rapides. Et enfin l’Académie de Médecine met son grain de sel qui est peu inspiré: il faut un pass(e) (enfin) mais pas pour ceux qui sont immunisés par la maladie ou bien ceux qui ayant eu la Covid-19 et n’ont reçu qu’une dose de vaccin comme recommandé (https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2021/04/21.4.29-Passe-transitoire-de-vaccination-contre-Covid.pdf) . Incroyable mais vrai. Alors que 17% au moins de la population serait immunisée par le virus. Cet avis qui restera anecdotique a une explication qui est avouée à la fin du texte: pousser les Français à se faire vacciner. On voudrait faire chuter la confiance que l’on ne s’y prendrait pas autrement. C’est comme la CEDH qui est pour la vaccination obligatoire et contre le pass immunitaire. Ces gens du monde d’avant vont avoir des lendemains difficiles. Bref toutes ces réactions sont  très étonnantes 15 mois après le début de la Covid-19. Comment va-t-on sortir de ce “en même temps”: ouvrir des activités et maîtriser la transmission post résurgence jusqu'à l’automne où nous devrions avoir suffisamment de Français vaccinés? Il est possible que ce soit à nos dépends. 

 

Une transmission actuelle à 400: mais que disent les modèles sur la tendance prévisionnelle?

La valse des seuils continue. J. Castex nous avait habitués depuis l’année 2021 à ne plus “croire” en nos repères de 2020. Mais là c’est une vraie question: ce seuil de 400 (Figure N°2 ) est-il une prophétie auto-réalisatrice?

Le modèle de l’IHME est en faveur d’une chute profonde et durable de la transmission 

Il est très curieux que la question des prévisions soit aussi absente des débats en France. Il est très contre-productif de présenter l’avenir comme un sujet où les sachants auraient des opinions divergentes qui naitraient dans leur cerveau de leur intuition (https://atlantico.fr/article/decryptage/mesures-de-quarantaine---cette-culture-scientifique-qui-nous-fait-parfois-defaut-pour-combattre-le-covid-19-guy-andre-pelouze) . En réalité, fort heureusement, la modélisation est dans toutes les têtes des personnes averties en matière de pandémie. Pourquoi ne pas montrer les résultats (Figure N°2)? Il est très intéressant de noter que dans le scénario le moins favorable l’épidémie ne s’arrête pas avec 10 000 cas estimés par jour en Juin. Ce décrochage à la hausse est récent dans la prévision. Il nous alerte sur ce qui est le talon d’Achille de la politique gouvernementale: miser sur la vaccination en laissant faire la transmission. Mais cette alerte concerne aussi les Français: se rela

Dans ce contexte, comment va se dérouler cette période transitoire? 

 

L’entre deux est une période vulnérable

 

Cette période est celle où la vaccination est insuffisante pour maîtriser la transmission et où il n’y a toujours pas de bretelles au dispositif anti-Covid-19. La ceinture est déserrée de manière indifférenciée, les immunisés et les non porteurs du virus sont traités comme ceux qui sont contagieux pendant deux semaines, le couvre feu s’impose encore à tous, mais les 10kms sont supprimés. Desserrer un trou, deux trous? C’est toujours le même principe qui ruine la république: l’égalitarisme.

La cacophonie du pass immunitaire

L’égalitarisme a contaminé les acteurs de la société civile.  Les restaurateurs hurlent leur volonté de ré-ouvrir mais refusent obstinément le pass immunitaire, affirment que les terrasses uniquement ce n’est pas rentable mais ne font aucune annonce sur la ventilation en intérieur.  Une propriétaire de salle de cinéma nous assène dans une interview que l'éloignement entre les spectateurs suffit. Pas de mention des masques. Pas de mention de l'aération. Pas de mention du pass immunitaire. Son scénario est improbable sur le plan sanitaire et ne rassurera pas les amateurs de cinéma. Les compagnies aériennes sont perfusées comme jamais mais aucune avancée concrète sur le pass immunitaire en Europe. L’UE est encore une fois paralysée par sa structure: ni fédération ni nations. Chacun veut une couleur différente pour ce pass… Le tourisme ne peut reprendre qu’en prenant en compte le fait que la vaccination ou l’immunité post-maladie bloquent la transmission et donc rien ne se fera sans pass immunitaire et sans tests rapides. Et enfin l’Académie de Médecine met son grain de sel qui est peu inspiré: il faut un pass(e) (rassurez vous c’est le mot en Français pas une saillie inclusive) mais pas pour ceux qui sont immunisés par la maladie ou bien ceux, qui ayant eu la Covid-19, n’ont reçu qu’une dose de vaccin comme recommandé (https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2021/04/21.4.29-Passe-transitoire-de-vaccination-contre-Covid.pdf) . Incroyable mais vrai. Alors que 17% au moins de la population serait immunisée par le virus. Cet avis qui restera anecdotique a une explication qui est avouée à la fin du texte: pousser les Français à se faire vacciner. On voudrait faire chuter la confiance que l’on ne s’y prendrait pas autrement. C’est comme la CEDH qui est pour la vaccination obligatoire et contre le pass immunitaire. Ces gens du monde d’avant vont avoir des lendemains difficiles. Bref toutes ces réactions sont  très étonnantes 15 mois après le début de la Covid-19. Comment va-t-on sortir de ce “en même temps”: ouvrir des activités et maîtriser la transmission post résurgence jusqu'à l’automne où nous devrions avoir suffisamment de Français vaccinés? Il est possible que ce soit à nos dépends. 

 

Une transmission actuelle à 300: mais que disent les modèles sur la tendance prévisionnelle?

La valse des seuils continue. J. Castex nous avait habitués depuis l’année 2021 à ne plus “croire” en nos repères de 2020. Mais là c’est une vraie question: ce seuil de 400 (Figure N°2 ) est-il une prophétie auto-réalisatrice? Il y ressemble. Les épidémiologistes en général, et singulièrement ceux des petites lucarnes, ne disent pas qu'ils ne savent rien. Ils regardent les modèles. Et aucun en France de ces distingués scientifiques n'a mis en ligne un modèle made in France. Avec des déclinaisons régionales qui seraient très utiles tant certains départements ou villes sont très actives dans la transmission depuis le début. Alors ils regardent les modèles des universités américaines car l’UE non plus n’a pas fait l’effort. 

Figure N°2: la transmission chute comme prévu mais restera-t-elle élevée ou bien connaitrons nous un effondrement comme à l’été 2020?

Le modèle de l’IHME est en faveur d’une chute profonde et durable de la transmission 

Il est très curieux que la question des prévisions soit aussi absente des débats en France. Il est très contre-productif de présenter l’avenir comme un sujet où les sachants auraient des opinions divergentes qui naitraient dans leur cerveau de leur intuition (https://atlantico.fr/article/decryptage/mesures-de-quarantaine---cette-culture-scientifique-qui-nous-fait-parfois-defaut-pour-combattre-le-covid-19-guy-andre-pelouze) . En réalité, fort heureusement, la modélisation est dans toutes les têtes des personnes averties en matière de pandémie. Pourquoi ne pas montrer les résultats (Figure N°3)? Il est très intéressant de noter que dans le scénario le moins favorable (“worse”)  l’épidémie ne s’arrête pas avec 10 000 cas estimés par jour en Juin. Ce décrochage à la hausse est récent dans la prévision mais il est parfaitement visible à la fin du mois de Mai. Il nous alerte sur ce qui est le talon d’Achille de la politique gouvernementale: miser sur la vaccination en laissant faire la transmission. Mais cette alerte concerne aussi les Français: se relacher alors que le mur immunitaire est bas c’est s’exposer à une nouvelle résurgence. “On ne joue pas avec une pandémie” avait doctement affirmé le premier ministre. Il s’agit de le prouver. Et pour ce faire il faut plus que des paroles sur les “freins d’urgence”. Par exemple il faut laisser l’initiative aux élus locaux c’est à dire les Maires. Car l’avenue de Ségur a été trop longue, trop imprécise et trop politique dans ses réactions. Les Maires auront à coeur de sauver l’été et de ne pas laisser la situation se dégrader. Par exemple il faut être impeccable sur les frontières, toutes les frontières. Par exemple, mieux vaut tard que jamais il faut saisir l’opportunité de ce moment de décroissance pour enfin isoler massivement les cas positifs et ce malgré l’été et les vacances.

 

Figure N°3: le modèle de l’IHME indique une décroissance rapide de la transmission. En revanche cet été la transmission résiduelle n’est pas nulle, les cas estimés (ceux qui sont tetsés et confirmés et ceux qui ne se font pas testés pourraient être à 10 000 par jour (https://covid19.healthdata.org/france?view=infections-testing&tab=trend&test=infections) . Cette hypothèse haute est un risque dans un pays qui s’ouvre et où les cas positifs ne sont pas isolés. C’est la caratéristique de cette période de transition qui est envisagée par l’exécutif puisque des freins d’urgence ont été annoncés. Il faudra cette fois agir très tôt et très vite en plein été...

On a compris que la gauche, celle de Terra Nova, de l’APHP, des ARS, du Monde et d’autres officines où règnent les hauts fonctionnaires de gauche est contre l’ouverture.

 

Cette ouverture dont l’accouchement  a été pratiqué au forceps  par le président; c’est 2022 dans la Covid-19. Certains  veulent fermer le pays plus longtemps. Pour comprendre il faut sortir de ce choix binaire, Véran, Castex, la gauche pour fermer et l’Élysée pour ouvrir. Tout d’abord nous avons écrit et répété sur la base des études de modèles que le CIG est l’aveu de l’échec quand dos au mur pour n'avoir pas réussi les mesures différenciées très tôt, très fort, très localement et l’isolement aux frontières on craint une phase exponentielle. De surcroît le CIG est assez inefficace car il empêche ceux qui sont immunisés de continuer leurs affaires et leur vie ce qui est une perte économique sérieuse. Au début de la pandémie ces personnes sont peu nombreuses, aujourd’hui c’est plus de 25%! Je ne reviendrai pas sur les causes de cet échec, l’état de droit n’est pas respecté toujours dans les mêmes zones depuis le début de la pandémie, l’isolement aux frontières et à l'intérieur  n’est pas assuré par l’organisation sanitaire au demeurant inexistante, la lenteur combinée à la procrastination de l'exécutif, sans relais régional, complètent le panorama et expliquent le reste. Dans ces conditions le titre du Monde est il fondé? “La décision de déconfiner est un pur choix politique” (https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/30/la-decision-de-deconfiner-est-un-pur-choix-politique_6078658_3244.html) selon le journal , il est facile de constater que non. Depuis le début de cet affrontement l’Élysée a au contraire agi en tenant compte des prévisions dont on sait qu’elles peuvent être décalées d’une à deux semaines en fonction des aléas affectant certains paramètres de l’équation qui les génère. Dans cet article les Cassandre déroulent leurs arguments. De l’évocation de Churchill à de nouveaux variants les menaces seraient telles qu’il faudrait tout faire sauf déconfiner. Rappelons que les variants sont importés à cause de la porosité des frontières aux individus qui les portent. On ne peut pas “lutter” pour les frontières ouvertes et se plaindre des variants. Les variants surviennent lors des phases de réplication massive dans la phase exponentielle ou particulièrement active de l’épidémie et dans les pays ayant un pourcentage élevé de la population qui est immunitairement susceptible. Moins dans les périodes interphasiques où la réplication est limitée. Enfin les modèles sont évoqués avec pour référence cet article (https://modelisation-covid19.pasteur.fr/loosening/Scenarios_de_levee_des_mesures_de_freinage_20210426.pdf) mais il s’agit de scénarios et non de prédictions. La différence est considérable. De surcroît le modèle qui sert à les réaliser n’est pas accessible en ligne. Au total en mélangeant des objectifs temporels très éloignés (transmission, contaminations, hospitalisations, soins critiques) cet article est un pamphlet contre le déconfinement. Il est infondé à plusieurs titres et la décision de déconfiner s’appuie plus sur des modèles que sur la politique même si l’Élysée entretient l’ambiguité (https://www.lopinion.fr/edition/politique/emmanuel-macron-ne-cedons-rien-l-ambition-transformation-243164) . En revanche les modèles ont beaucoup de mal à faire des prévisions pour l’automne alors que c’est le temps de la résultante de plusieurs facteurs à l’oeuvre dans l’épidémie. La campagne de vaccination, un éventuel été du grand relâchement, la compétition entre les variants et le niveau d’isolement sont les déterminants de la transmission de l’automne. C’est incertain (Figure N°4).

Figure N°4 : il y a un risque lié à la persistance d’une activité élevée de transmission inter-humaine du virus. Mais il va être possible d’en savoir plus très vite, c’est à dire d’ici au 15 mai 2021, sur la tendance de cette baisse de la transmission. 


Dans ce contexte il est important de poursuivre toutes les protections personnelles et de vivre à l'extérieur tout en aérant les appartements de jour comme de nuit. L’économie doit être ouverte tout de suite dans toutes les zones de faible transmission après avis des maires et non des préfets. Dans l’appréciation deux éléments doivent dominer: 

  • une échelle la plus fine possible et c’est la raison pour laquelle les maires sont bien mieux placés que les préfets 
  • le facteur temps, avec des décisions très rapides dans les deux sens. 

Le gouvernement sera-t-il capable d’organiser cette approche intelligente? On peut en douter car c’est le contraire de ce à quoi toute l'administration française est habituée. Lâcher la bride aux maires est aussi un tabou qui n’est pas lié à l’épouvantail des inégalités entre les territoires mais à ce planisme extrême qui est le coeur du fonctionnement du ministère de la santé.

 

 

A contrario le choix du nouveau seuil de 400/1 000 000 cas positifs est purement politique, il faut le considérer comme tel 

La France rouvrira ses boutiques et les terrasses des restaurants en terrasse le 19 mai. Le jour où le Royaume-Uni a fait de même (12 avril), il y avait environ 30 décès quotidiens de la covid-19.

La France tourne autour de 400/1000000 nouveaux cas. Soit les autorités s'attendent à une amélioration rapide, soit le rythme de la réouverture est trop rapide. En effet une chose est de tenir compte des modèles qui soit dit en passant se sont rarement trompés (à la différence de tous les oracles rassuristes ou complotistes), autre chose est de choisir des seuils surréalistes. Quel est le risque? Il s’agit de ne pas faire ce que justement le président a annoncé clairement: différencier l’ouverture en temps réel. Pour comprendre il faut faire un peu de spéculation. Dans les prévisions que lui ont concocté ses services il est très probable que tous les départements soient au dessous de 400 et en particulier l’IDF (la France pour les politiques actuels a quatre  dimensions, Paris et l’Élysée, l’Île de France (IDF), la France périphérique et la très lointaine France d’outre mer). Dans ces conditions, cela facilite la gestion politique avec les deux femmes qui adorent le président, Anne Hidalgo et Valérie Pécresse. Ainsi on ne différenciera pas et tous les jacobins applaudiront. Au risque de voir persister, et qu’à Dieu ne plaise prospérer, de terribles foyers à beaucoup plus de 500 mais cachés par le recours à la moyenne par département. C’est du en même temps habile mais dangereux. Encore une fois le président s’interdit potentiellement de réussir par ce calcul. Au contraire il faut fortement différencier pour maitriser la transmission. Ouvrir dès aujourd’hui tout dans les zones à faible activité de la maladie et serrer le plus localement la contrainte dans les endroits les plus actifs en quittant cette référence au département qui cache beaucoup de choses. Différencier c’est s’adapter. Car il nous faut réduire beaucoup plus la transmission résiduelle alors que nos forces dans ce domaine sont très limitées.

Les exécutifs régionaux doivent pallier cette navigation à vue car trop politique et trop centralisée pour créer leur tableau de bord.

Le R effectif régional et si besoin départemental ou de certaines grosses agglomérations, est très intéressant dans cette période décroissance de l’épidémie. De même le taux de cas confirmés pour 1000 000 avec pour seuil 50 et en allant chercher les variations très localisées peut être un repère simple et efficace. Le président a tendu une perche en évoquant une réactivité accélérée en collaboration avec les élus. Reste à la concrétiser en laissant faire les élus.  C'est-à dire alerter, tracer, fermer et isoler très précisément les foyers naissants.

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Le “en même temps” est une illusion rhétorique quand il est appliqué à des décisions antagonistes, ce dont peu en Macronie ont conscience.

Si vous prenez deux décisions strictement antagonistes, leur moyenne est nulle. Différencier les freins et ne pas les différencier. Dès lors plus vous essayez de présenter les choses comme un changement d’un côté plus l’autre décision se déporte à l’autre extrême. Rapidement c’est la rupture. Les sciences cognitives nous enseignent que plus on s’éloigne de la moyenne lors d’une mesure plus on y revient fort par une mesure strictement opposée en valeur. C’est la régression à la moyenne appliquée en politique que n’avait probablement pas envisagée Sir Francis Galton. 

En gros le en même temps cela ne marche que quand les mesures vont dans le même sens ou presque, c’est à dire que la moyenne progresse ou régresse. C’est la synergie.

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Le credo vaccinal du président 

Le scénario le plus probable qui a conduit à la situation actuelle en France, c’est que le président de la république, constatant l’échec de toute maîtrise de la pandémie par son équipe gouvernementale, a changé de stratégie: tout miser sur la vaccination et faire l’impasse sur la transmission. Faire du Boris Johnson sans le dire (horresco referens). C’était sans compter avec: 

  • La très mauvaise courbe d'apprentissage en négociations d’achats de vaccins de la Commission qui a fait moins bien qu’un de nos PDG de grande surface… Ou même de PME.
  • Les variants et notamment le Britannique que nous avons toisé à quelques encablures du sud-londonien
  • Le destin contrarié des vaccins à vecteur viral, ce qui s’appelle l’incertitude et qui doit être au contraire prévu
  • La même incurie administrative française qui après avoir loupé l’isolement est en train de cafouiller la vaccination.

Le résultat est la prolongation de la période transitoire où tout est comme avant en termes de susceptibilité de la population comme le démontre la Figure N°5. À ce sujet il faut souligner que le nombre de vaccinés est un repère qui nous informe très mal. Ce qui compte c’est le % de vaccinés à deux doses (Figure de droite).



Figure N°5 : À gauche les Français vaccinés avec la première dose et à droite les Français complètement vaccinés soit environ 10%. Nous sommes très loin de pouvoir compter sur l’immunité collective pour freiner la transmission. Le crédo vaccinal est fondé mais il a besoin de temps, de beaucoup de temps. 

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"C'est simple tant que nous n'avons pas 50-60% des adultes vaccinés tout reste incertain. Il faut se protéger et continuer à vivre le plus normalement. Pass immunitaire, ouverture des commerces et à la néo zélandaise quarantaine aux frontières pour tous et dès qu'il y a un foyer on isole tout de suite, on teste et on reste bloqué sur une petite zone tant que ce n'est pas maitrisé.  Mais voilà: agir en 12H le gouvernement central ne sait pas faire et il ne le délègue pas. De surcroît isoler c’est à croire qu’ils ne veulent pas parce qu'ils préfèrent respecter la liberté de transmettre. En revanche les libertés essentielles, celle de choisir son temps de travail, la date de sa retraite, le choix de son assurance maladie et bien d'autres libertés économiques sont confisquées depuis longtemps. Les résultats dans la pandémie parlent d'eux mêmes"

Plus loin dans le temps, Pfizer pourrait commercialiser un antiviral efficace à prendre per os


Compter sur un antiviral n’est pas raisonnable mais l’espérer est désormais possible. Le PT-0732132 est un inhibiteur des protéases. Dans la réplication virale intervient une protéase. La cellule envahie produit sur ordre du génome viral un long polypeptide. Le virus utilise une enzyme qui sépare ce long train d’acides aminés (polypeptide) en molécules plus courtes qui sont les protéines du virus. En bloquant ce clivage, le médicament ne permet pas la reconstitution de la particule virale. Les inhibiteurs de protéases ont des effets secondaires limités. Ils sont utilisés dans d’autres maladies virales. Les essais de phase 1 / 2 ont commencé. Le traitement, per os peut être pris à domicile dès le diagnostic avéré.

 

Ce qui pourrait améliorer la situation sans rien faire se résume au climat. 

Les verts voudraient nous terroriser à l’idée du réchauffement et voilà que tout le monde espère des hausses de température. Le court terme certain et le long terme incertain testent notre rationalité des choix essentiels. De plus les décisions prises ne font pas l’objet d’études scientifiques ce qui nous handicape en cas de résurgence. Il faut retenir que le CIG n’est probablement pas responsable de l'amélioration, si faible au demeurant, du contrôle de la transmission en général. Localement dans les zones à très forte transmission c’est très probable. Mais le couvre feu l’est probablement plus car il cible des activités hors de contrôle donc potentiellement plus impliquées dans la transmission.  Le CIG c’est la punition collective quand l’état n’est pas capable de faire respecter des mesures différenciées et géographiquement restreintes par tous les habitants. C’est ce qui s’est passé en Janvier/Février où la procrastination politique et organisationnelle a duré jusqu’au 20 mars. En revanche:

  • la quarantaine aux frontières pour tous les arrivants, 
  • les mesures différenciées géographiques (si elles sont prises très tôt dès maintenant et dans les deux sens) 
  • la prise en compte des passagers clandestins de la pandémie que sont les enfants dont 80-90% sont asymptomatiques et charmants va jouer un rôle freinateur. 

Il reste à le faire et nous savons tous que cet état obèse habitué à faire de la dépense sociale a le plus grand mal à mettre ses moyens (considérables) au secours de sa population.

En conclusion les Français n’ont toujours que la protection personnelle dans les endroits clos ou bien les rassemblements extérieurs (je recommande deux masques ou des FFP2 bien ajustés), et la vaccination. Mais le pire n’étant jamais sûr, la répétition de l’été 2020 n’est pas automatique. Simplement il est nécessaire d’apprendre à mieux maîtriser la transmission et à vivre à peu près normalement. C’est possible. Aujourd’hui l’urgence c’est de protéger les Français et cela incombe au gouvernement:

  • Logez à leur frais les arrivants de partout, à Roissy et dans les autres ports d’entrée, dans les hôtels vides pour éviter de laisser entrer des variants quoi qu’il en coûte (c’est à dire moins qu’une nouvelle résurgence). 
  • Ne vous réjouissez pas du fait que “nous avons seulement quelques cas et pas de cluster” ARS Aquitaine) car vous n’avez alors pas compris ce qu’est une phase exponentielle quand un variant prend l’avantage.

 

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