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La France à l’heure de la facture du “en même temps”
©BORIS HORVAT / AFP

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La France à l’heure de la facture du “en même temps”

Selon un sondage Harris interactive pour RTL et M6, 72% des Français continuent de soutenir les Gilets jaunes.

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : Dans un scénario qui semble inédit dans l'histoire politique contemporaine française, le gouvernement se trouvant confronté à un mouvement des Gilets jaunes soutenu par plus deux tiers des Français, malgré les violences constatées ce week-end, comment dresser un pronostic, entre l'improbable et le possible, des scénarios politiques qui pourraient s'écrire dans les prochains jours ou les prochaines semaines, notamment concernant la situation d'Edouard Philippe ?

Jean Petaux : Le premier commentaire que l’on peut faire porte sur le soutien des Français. Il est très fort en effet mais ce qui caractérise le plus la situation c’est ça fluidité, sa volatilité et donc la fragilité de cette forme de solidarité. Comparée à d’autres grandes « tourmentes sociales ou sociétales », en termes d’effectifs mobilisés la comparaison ne penche pas du tout en faveur des événements actuels. Elle est limitée en nombre (jamais plus de 300.000 manifestants sur l’ensemble du territoire métropolitain sur une même journée, la première), perturbatrice en fait et désormais violente en actes et en intentions.

Trois épisodes très différents, survenus ces trente dernières années, attestent du caractère particulier et hors norme des événements de l’automne chaud de 2018.

Le premier concerne la mobilisation de l’électorat de droite du 22 janvier au 24 juin 1984 contre la loi Savary instaurant « un grand service public, gratuit et unifié de l’Education nationale ». Mobilisés par les directions diocésaines de l’enseignement privé sous contrat, par une partie de l’Episcopat, les parents d’élèves inscrits dans ce que l’on appelle aussi dans l’ouest de la France « l’Ecole libre » soutenus par les deux grandes formations politiques alors dans l’opposition, le RPR et l’UDF, ont organisé des manifestations « monstres » dans les grandes villes de France dont la dernière, celle du 24 juin 1984 à Paris, a réuni plus d’un million de personnes (850.000 selon la police, 2 millions selon les organisateurs). Au total, sur les six premiers mois de 1984 ce sont certainement plus de 3 millions de Français qui se sont ainsi levés contre le projet de loi Savary. Cette mobilisation considérable a fait reculer le gouvernement Mauroy, dès lors sacrifié avec le ministre de l’Education nationale par un président Mitterrand… éduqué chez les bons pères de la très catholique Institution Saint-Paul d’Angoulême…

Deuxième épisode : les grandes grèves du secteur public de l’automne 1995. Pratiquement au même moment qu’aujourd’hui dans la période « pré-Noël ». On a dit que dans ces grèves le « privé avait fait grève par procuration donnée au public ». Là encore, avec une posture gouvernementale plutôt dure, après d’ailleurs le soutien d’une partie des syndicats (au moins un, la CFDT : Nicole Notat soutenait clairement les réformes Juppé), la tension est devenue extrême jusqu’à ce que le président Chirac « débranche » clairement son premier ministre qui, contrairement à ce que l’on a rapporté ex-post, n’a pas du tout reculé sur toutes les réformes qu’il avait engagées mais seulement sur celle des « régimes spéciaux », essentiellement le régime des cheminots qui a littéralement cristallisé la crise. Points communs entre les deux événements, celui de « l’école privée » en 1984 et celui des « grèves de décembre 1995 » : très forte mobilisation dans les deux cas et pour le second exemple une grève très dure en particulier dans les transports de la région parisienne, un pays carrément  bloqué et de nombreuses manifestations dans les grandes métropoles régionales (tout comme en 1984). Mais dans les deux cas aussi : très peu de violence et un encadrement sans faille évitant tous les débordements. Avec une autre analogie : une seule réforme engagée posant problème, soit un ou des textes (loi ou ordonnances) qu’il a suffit de retirer de l’agenda politique pour dégonfler quasi-immédiatement la crise. Les manifestants ont fêté leur victoire, le gouvernement « a avalé son chapeau », les deux présidents de la République s’en sont sortis à l’identique en « grillant » leur fusible institutionnel, soit immédiatement (Mauroy démissionne le 17 juillet 1984 apprenant par la télévision, lors de l’allocution présidentielle du 14 juillet que le texte de loi de son ministre est retiré…) soit avec un « effet retard » (dissolution « hasardeuse » d’avril 1997, 16 mois après les grèves de décembre 1995 qui sacrifie Alain Juppé).

Troisième cas de figure, beaucoup plus récent celui-là. Les manifestations dites « Nuit debout » au printemps 2016 à l’occasion de la discussion parlementaire sur la loi El-Khomry. Certains observateurs y ont vu une forme radicalement neuve de mobilisation sociale. En effet ces manifestations prolongées par ces débats et palabres ininterrompus semblaient échapper aux organisations syndicales traditionnelles. Elles ont été parfois considérées comme les premières formes de mobilisation 2.0 avec une forte influence des réseaux sociaux. On les a destinées comme devant être les embryons des « Indignados » à la française. Mais qu’en est-il  sorti en fait ? Quel a été le débouché politique de ces assemblées « spontanées » et dites « citoyennes » ? Sur le coup rien ou presque. En tous les cas rien qui ait pu ressembler à une sortie de crise sur un modèle déjà connu ou vécu : Accords Matignon après les grèves de 1936 ; Accords de Grenelle sur le volet social de la crise de Mai 68 ou simplement retraits des textes combattus : le CIP de Balladur en 1993-1994 ; une partie des réformes voulues par Alain Juppé en décembre 1995 ; le CEP de Villepin en 2006 ; etc. Le mouvement « Nuit debout » n’a rien gagné, le gouvernement Valls a fait passer sa loi au « 49.3 » et s’est aliéné la majeure partie de l’électorat socialiste. Cette victoire à la Pyrrhus à qui profite-t-elle alors ? Essentiellement à Emmanuel Macron qui va capitaliser sur le « dégagisme » exprimé par une large partie des Français douze mois plus tard. Pas forcément les mêmes que ceux d’aujourd’hui au demeurant, mais certainement une part d’entre eux.

Voilà pour les comparaisons avec les « crises » passées. Celle-ci est improbable par son côté protéiforme dans le paradoxe et la contradiction des revendications récoltées ; par sa dimension totalement insaisissable en termes d’interlocuteurs (de nouveau les GJ pressentis pour être reçus par le Premier ministre à Matignon dans la journée de mardi semblent avoir renoncé lundi soir alors que leur texte publié dans le  dernier JDD était tout à fait opportun pour proposer une piste de sortie de crise…) et surtout intraitable parce que causée par une succession de symboles eux-mêmes itératifs entre eux dans leurs effets délétères : arrogance (ressentie ou perçue comme telle) du président de la République impliquant une colère collective et personnelle contre lui entrainant une surexposition du président qui cherche à montrer qu’il comprend les revendications exprimées mais alors « s’il les comprend pourquoi maintient-il le cap ? autrement dit pourquoi n’abroge-t-il pas telle ou telle mesure ? ou ne rétablit-il pas telle ou telle autre par exemple (l’ISF…) c’est donc qu’il se fout de nous et nous provoque encore davantage… » C’est ainsi que l’on arrive à une situation où le délire est proche du chaos, encouragé par quelques trublions ceints de leur écharpe tricolore.


Comment sortir d’une telle situation ? Cinq scénarii peuvent être esquissés.

Scénario 1 : capituler en rase campagne. Abandon de toute fiscalité écologique, rétablissement de l’ISF pour les foyers fiscaux les plus riches, gros coup de pouce au SMIC et mise en place autour des préfets (ou des élus locaux si ceux-ci veulent bien se dévouer pour récupérer le « mistigri » et participer à la sortie de crise) des fameux états généraux des territoires qui accoucheront (sans doute) d’une souris…

Scénario 2 : lâcher du lest. Parler d’un moratoire et non pas d’un abandon de toute fiscalité écologique. Gagner du temps. Organiser dès avant Noël une grande conférence nationale avec les partenaires sociaux et les organisations syndicales patronales et ouvrières (dont on aura redécouvert les vertus « encadrantes »). Revaloriser les plus bas revenus et pensions pour aider les plus faibles au risque de rendre jaloux les autres. Et parier sur le fait que le litre d’essence est reparti à la baisse ces derniers jours.

Scénario 3 : jouer le pourrissement et attendre que le pays se retourne. Blocage des dépôts de carburants et pénurie d’essence. Plus de moyens de transports personnels donc plus de péages autoroutiers à bloquer ni ronds-points puisque plus de véhicules privés à circuler. Considérer que les fêtes de Noël vont mettre un terme à tout cela mais s’exposer à une réaction virulente des commerçants qui ont déjà vu fondre leurs bénéfices de fin d’année plus sûrement qu’avec le réchauffement climatique. Autrement dit continuer comme aujourd’hui. Ce scénario est peut-être le plus impossible à suivre car…

Scénario 4 : … si l’exécutif ne cède sur rien d’essentiel, la violence va continuer de monter. Par analogie avec 1995 comme avec les grèves, les Français « font violence par procuration ». Ils peuvent, soit sombrer dans la violence eux-mêmes (nombreux cas d’interpellés ce week-end sans casier judiciaire qui ont dérapé en quelques minutes face aux lacrymos) soit applaudir aux actions des « casseurs » et autres « pilleurs ». Jusqu’à ce que les forces de maintien de l’ordre républicain craquent et se dégagent en provoquant des morts (situation à la « Charonne » à laquelle aucun gouvernement ne saurait résister aujourd’hui).

Scénario 5 : tenter une sortie « politique » par un « effet de blast » : dissolution de l’Assemblée nationale et mise à plat du problème écologique dans la dimension de sa soutenabilité sociétale et sociale. Cela reviendrait à sacrifier Edouard Philippe sur l’autel de la crise. Avec un risque évident : la désaveu total de la majorité parlementaire actuelle (d’autant que le parti majoritaire LREM n’existe pratiquement pas) et une entrée en cohabitation qui aurait pour seul mérite d’assurer à Emmanuel Macron une éventuelle réélection en 2022… Jupiter transformé en « Chirac modèle 1997 » : on aurait pu rêver meilleur destin au « petit Prince de l’Elysée »… Mais après tout c’est peut-être ce que le président de la République pourrait jouer, même si ce scénario 5 constituerait une surprise par rapport à ce que l’on connait du personnage. Cela dit… : disruptif un jour, disruptif toujours.

Une modification du casting gouvernemental pourrait-il être à même de produire des effets suffisants sur la crise actuelle ? Emmanuel Macron peut-il s'abstenir d'un changement politique de fond pour poursuivre son quinquennat de façon "utile" ?

Une modification actuelle du casting gouvernemental ne changera rien si elle n’est pas accompagnée de mesures fortes à même de faire baisser la tension et de ramener les GJ dans leurs foyers. Elle ne peut avoir un effet de sortie de crise que si la grande majorité des Français considère que les GJ poussent le « bouchon trop loin » et se radicalisent dans une démarche politique au service d’un parti actuellement dans l’opposition attendant de rafler la mise sur le tapis. Autrement dit plus la frange idéologisée des GJ se montrera violente et/ou jusqu’au boutiste plus le président de la République aura tendance à essayer de jouer sur une « majorité silencieuse » désireuse de revenir à une situation de calme. Cette « majorité silencieuse » souvent recherchée et sollicitée par les gouvernements, (on se souvient de Pompidou l’appelant à la rescousse au début des années 70 ; de Raffarin disant lors du CEP « Ce n’est pas la rue qui gouverne » ; ce qu’a tendu à dire aussi le président Macron dans les premières semaines de la crise..) est généralement introuvable et non-mobilisable. Elle s’est « coagulée » une seule fois : en juin 1968 après le « choc de mai » que Raymond Aron a très justement qualifié de « Révolution introuvable ».

Si Emmanuel Macron tente une nouvelle fois une sortie de crise a minima il grillera encore une fois ses cartouches. C’est bien la raison pour laquelle un seul changement d’acteurs, de son fait, de par sa position institutionnelle, autrement dit un remaniement qui sacrifierait au passage son Premier ministre serait insuffisant s’il ne s’accompagnait d’un « SAV » conséquent et de nature à satisfaire les revendications exprimées. On peut aussi considérer que si Emmanuel Macron décidait de se séparer d’Edouard Philippe à Matignon, sa proximité actuelle avec le Premier ministre est telle que le président de la République n’éviterait pas les dommages colatéraux.  Sans compter que c’est son mode de présidence lui-même qui est aussi en cause et au cœur des critiques « Jaunes » et pas seulement la manière de gouverner du premier de ses ministres.

Du en même temps aux déclarations d'Emmanuel Macron, quels sont les angles morts du macronisme qui ont pu être à l'origine de la situation actuelle ? 

Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République, n’a cessé de pratiquer le balancement du « en même temps ». On ne peut pas dire que cela lui ait porté préjudice. Il faut même justement y voir une des raisons de sa victoire sans en être la seule. En tous les cas c’est bien avec ce principe, augmenté du renfort du MODEM, ajouté à la décrépitude du PS et aux outrances de ses deux meilleurs adversaires Le Pen et Mélenchon auquel est venu s’adjoindre le séisme de l’affaire Fillon pour la droite républicaine, qu’Emmanuel Macron est arrivé premier du premier tour (loin devant un Mélenchon dont on ne répétera jamais assez qu’il a fini quatrième…).

La logique du « en même temps » était destinée à équilibrer la démarche politique du candidat Macron. Pendant la campagne présidentielle il a été possible de mesurer que la pratique de l’exercice était plus complexe que sa seule verbalisation. Souvenons-nous de l’épisode sur l’Algérie, la tragédie des Pieds-Noirs et les crimes contre l’humanité commis par la France. Récusant le « ni droite ni gauche », revendiquant « en même temps » d’être « et de droite et de gauche », Emmanuel Macron a mené campagne tambour-battant avançant tel Gulliver au milieu des petites créatures des partis politiques de l’ancien monde. Les écrasant sans ménagement au passage.

Finalement ce label, cette « marqueterie » du « en même temps » a totalement résonné à l’oreille des Français qui y ont vu et trouvé matière à entendre ce qu’ils voulaient… « Fromage et en même temps dessert » ; « libéralisme et en même temps étatisme » » ; « plumage et en même temps ramage » ; « start-up nation et grandeur nationale » ; « Jupiter et Apollon » ; « le gendre idéal et en même temps le président présentable » ; « le jeune premier et le philosophe » ; « l’ambitieux sans vergogne et en même temps le romantique intransigeant et fidèle à ses sentiments » ; etc. On allait pouvoir être libéral-démocrate avec Macron et social-libéral avec Emmanuel, ou vice-versa. De droite en montant à Paris, de gauche en en redescendant. Et réciproquement.

 

Le mouvement des Gilets Jaunes est totalement macronien. C’est le fils peut-être en passe de devenir monstrueux d’une aventure politique personnelle couronnée de succès et d’une société française éminemment liquide (comme disait si bien Zygmunt Baumann), post-moderne, volontairement déconnectée des institutions et des cadres référents pour se brancher sur l’égo le plus dévastateur, celui des selfies et des images narcissiques des individus qui la constituent. Au point de prendre comme emblème la couleur jaune, la plus détestée qui soit dans l’Histoire nous dit si bien le grand historien des couleurs aujourd’hui, Michel Pastoureau. Le jaune des Juifs et des renégats, des pestiférés, le jaune de l’étoile éponyme, le jaune des cocus, le jaune « couleur d’infamie » dit d’Aubigné, la couleur qui désigne le syndicat traitre payé par le patronat contre les vrais défenseurs de la classe ouvrière les « Rouges ». Mais aussi le jaune d’un gilet de sécurité qu’ils ont tous achetés pour se mettre en conformité avec la loi… Un mouvement de légalistes qui revêtent une obligation réglementaire et qui défilent contre l’Etat en cassant, en même temps, les symboles de la République. Encore qu’il s’agit d’un « jaune fluo »… un « jaune fluego » en quelque sorte…

Les Gilets Jaunes sont « tout cela et en même temps ». Porteurs d’une colère qui semble sans fond, d’une haine à l’égard de tout et de rien, d’une jalousie et d’une envie mais aussi et en même temps d’une vraie douleur de vivre une existence de déclassés, de délaissés ou de ressentis comme tels. C’est le pire ! Leurs histoires individuelles se télescopent toutes en même temps. Le conducteur d’une Porsche Touareg arbore goulûment son gilet sur le tableau de  bord de son bolide et manifeste avec la mère de famille aide-soignante en EHPAD qui doit faire 40 kilomètres par jour pour aller et revenir de son travail au volant d’une voiture qui ne passera pas le contrôle technique de février prochain. Qu’ont-ils en commun ? Rien et tout en même temps. Un sentiment de rejet et un désir de reconnaissance que leur seul bulletin de vote ne vient plus guérir. Comprenne qui pourra.

Ces histoires de vie viennent se fracasser sur celle de celui qu’ils ont sans doute majoritairement élus, en tous les cas mieux en pourcentage par rapport aux inscrits que ne l’ont été François Mitterrand en 1981, Nicolas Sarkozy  en 2007 et François Hollande en 2012. Là aussi n’en déplaisent aux extrémistes des deux bords qui se sont plus, dès l’élection présidentielle achevée, à en contester la légitimité démocratique.


Ce n’est pas le moindre des paradoxes du tenant du « en même temps » que de risquer d’être le Cronos de la politique française aujourd’hui. Cronos, dans la mythologie grecque apporta un soin constant, comme on le voit dans une très belle toile de Rubens, à dévorer tous ses enfants : il leur donnait la vie et « en même temps » dès leur naissance les engloutissait. Emmanuel Macron se trouve ainsi confronté à la culture du « en même temps » qu’il a érigé, pour son propre profit, en méthode de gouvernement. Seulement cette pragmatique-là n’est pas une philosophie c’est une démarche. Et une démarche ne signe pas une politique. Elle tend au contraire à laisser croire que l’on va ainsi satisfaire « tout le monde et son frère ». Il s’avère qu’il s’agit-là d’un leurre et/ou d’une illusion. Dans les deux cas c’est une erreur. Mais à tous ceux qui ont cru, un tant soit peu, « qu’il existe dans la nature des poissons qui ont, en même temps, des ailes » il est désormais bien compliqué de leur faire comprendre, selon la réplique célèbre du « Président » Jean Gabin dans le film éponyme de Verneuil « que ceux-ci ne constituent pas la majorité de l’espèce ». Donc que la politique du « en même temps » n’existe pas dans la vraie vie.

Autrement dit, Gilets Jaunes, cessez de revendiquer en même temps tout et le contraire de tout, même si celui que vous semblez tant détester désormais a pu vous laisser croire que cela était de l’ordre du possible.  Vous êtes aussi les produits de ce « en même temps » paradoxal et paralysant. Ne vous en déplaisent. Et c’est peut-être ce qui constitue aussi le plus gros problème d’Emmanuel Macron : celui d’avoir contribué à vous engendrer en quelque sorte. Celui qui pourrait, face à cela,  le faire passer de Macron à Cronos.

 

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