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La droite pure : quel avenir post-primaire pour les "appels à la clarté" du camp sarkozyste ?
©Reuters

Dissidents

La droite pure : quel avenir post-primaire pour les "appels à la clarté" du camp sarkozyste ?

Les sarkozystes ont fait valoir ces derniers temps que la primaire ne saurait être perturbée par des éléments hostiles à l'unité de la droite, soulevant ainsi la question d'une candidature Sarkozy en cas de résultats serrés et d'une victoire d'Alain Juppé jugée illégitime.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Atlantico : Dans le cadre de la campagne pour la primaire de la droite et du centre, les appels à la "loyauté" et à la légitimité du corps électoral de l'élection se multiplient dans le camp de Nicolas Sarkozy (passe d'armes avec François Bayrou, "procès" en infiltration d'électeurs de gauche pro-Juppé, etc.). Quelle est aujourd'hui la stratégie de Nicolas Sarkozy de ce point de vue-là ? Est-il selon vous en train de poser les jalons d'une éventuelle candidature dissidente si jamais il était prouvé que la victoire annoncée d'Alain Juppé a été obtenue grâce à de nombreux électeurs du centre ou de la gauche ?

Jérôme Fourquet : La stratégie des sarkozystes est encore et toujours de mobiliser le noyau dur de l'électorat de droite. Cet objectif a présidé au choix d'une ligne assez dure mettant l'accent sur les problématiques identitaires et régaliennes. Mais, en même temps, cette stratégie passe par des attaques ciblées, comme celle à l'encontre de François Bayrou dans le JDD, lui demandant de respecter les engagements de la primaire. Sous-entendu : si Sarkozy gagne, Bayrou, contrairement à ce qu'il a annoncé qu'il ferait, devrait, aux yeux des sarkozystes, prendre l'engagement solennel de soutenir le vainqueur quel qu'il soit, et pas seulement Juppé. De plus, les sarkozystes pensent que Bayrou, qui a soutenu François Hollande, agit comme un répulsif ou un chiffon rouge au sein de l'électorat de droite. Cette stratégie passe aussi par une mobilisation du noyau dur de l'électorat de droite : en se basant sur des analyses statistiques et des enquêtes d'opinion, l'argument soulevé est que la gauche pourrait fausser la primaire en votant Alain Juppé. L'idée, c'est d'affirmer que les électeurs de droite qui sont sincères pourraient se faire voler leur victoire. L'élection de Nicolas Sarkozy serait alors escamotée car Alain Juppé serait élu de manière insincère et illégitime par des gens "extérieurs à notre camp". La carte des déplacements de Nicolas Sarkozy est intéressante sur ce point : il est principalement présent dans la partie Est et Sud du pays où l'influence frontiste est très importante. Le reste de la France, particulièrement la façade atlantique, a été délaissé par Nicolas Sarkozy. Il s'agit pour lui d'aller chercher un électorat qui est plus à même d'adhérer à l'idée que son adversaire est illégitime et bénéficie d'un soutien illégitime. 

Il y a aussi une autre possibilité, qui est beaucoup moins certaine et prioritaire dans la stratégie sarkozyste : utiliser, en cas d'une victoire de Juppé, cette illégitimité pour s'affranchir du résultat de la campagne. Mais sur ce point, tout dépendra des conditions dans lesquelles se déroulera le scrutin, s'il y aura ou non des soupçons de fraudes premièrement, et deuxièmement de l'ampleur du score.

Bruno Jeudy : Je crois que Nicolas Sarkozy n'a pas changé de stratégie. Depuis son entrée en campagne le 22 août, il creuse toujours le même sillon : séduire un maximum d'électeurs Les Républicains, de la droite et des sympathisants de droite en général. Pour l'instant, il est – de peu –en tête dans cette catégorie. En revanche, il est largement battu auprès des électeurs centristes, qu'ils soient UDI, Modem, etc. Cela explique les attaques de Nicolas Sarkozy ces derniers jours, pour essayer de mobiliser encore plus l'électorat de droite. Et quand on regarde les sondages, il y a sans doute de quoi mobiliser encore plus cet électorat. Aujourd'hui, même si ce sont ceux qui se disent les plus certains et les plus nombreux à se déclarer certains d'aller voter, on est loin de faire le plein par rapport à l'ensemble potentiel de l'électorat de droite.

Le deuxième objectif de Nicolas Sarkozy est évidemment de jeter un peu le trouble auprès des électeurs de François Fillon, de Bruno Le Maire et des autres, qui peuvent se dire qu'il serait étrange qu'Alain Juppé gagne la primaire en étant plébiscité par les seuls électeurs centristes, et pas les électeurs LR. Il essaie donc aussi de créer une sorte de "vote utile".

En revanche, je ne crois pas à l'hypothèse de la candidature dissidente. Je ne le vois pas faire ça. C'est d'abord une question de tempérament : Nicolas Sarkozy a déjà perdu des élections et a toujours parfaitement reconnu le verdict des urnes. Je continue de penser qu'il sera bon perdant et que s'il perd, il ralliera la candidature d'Alain Juppé. Il est certain que pour ses supporters, ce sera sans doute plus difficile, mais je ne vois pas le candidat se lancer dans une aventure présidentielle en 2017 alors qu'il a accepté les règles de la primaire.

Le positionnement actuel de Nicolas Sarkozy en tant que candidat de la "vraie droite" lui permettrait-il de mettre en place une stratégie de campagne indépendante ?

Jérôme Fourquet : Si Alain Juppé est élu à 55% ou 60% au deuxième tour face à Nicolas Sarkozy, il sera difficile pour ce dernier de contester le scrutin. Il faudrait pour cela un score serré, mais pas uniquement : il ne faut pas négliger le rôle des enquêtes d'opinion faites le jour du scrutin quant à la composition du corps électoral et des motivations des électeurs des candidats. Si Juppé l'emporte à l'arrachée, et que les instituts de sondage montrent qu'une part non négligeable du corps électoral du second tour est composée de personnes de gauche ayant voté comme un seul homme pour Alain Juppé, on pourrait voir une contestation et un procès en illégitimité de Juppé. 

Pour autant, le choix d'une candidature dissidente ou sauvage de la part du perdant n'est pas évident. Le sondage que nous venons de faire pour Atlantico montre qu'une part non négligeable des électeurs de droite se sentent libres de ne pas voter pour un candidat qui serait passé par la case primaire. Mais il reste encore un mois de campagne pendant lequel les lignes pourraient bouger. Je pense qu'il y aura, notamment à droite, un réflexe légitimiste et unitaire très fort. 

Le choix d'une campagne "contestataire" est donc compliqué, d'autant plus qu'il reviendrait à rompre ses engagements pour Nicolas Sarkozy, qui, en plus, a été battu en 2012. Ce serait aussi vu comme de l'acharnement de quelqu'un qui ne veut pas entendre que le pays et les électeurs de droite ne veulent plus de lui. Alors certes, l'état de dégradation de la gauche pourrait laisser penser qu'il y a de la place pour deux candidatures, mais ce serait oublier ce que tout le monde commence à intégrer aujourd'hui : la présence très vraisemblable de Marine Le Pen au second tour. 

Sarkozy se couperait donc du pays, se parjurerait, et ressusciterait une division de la droite qui raviverait un mauvais souvenir pour ceux qui ont connu les oppositions de Balladur contre Chirac ou de Chirac contre Giscard d'Estaing – et ce surtout après avoir joué le rôle du pacificateur dans l'affrontement Fillon-Copé, et alors que le Front national est en embuscade. Mais cela serait plus facile si la primaire était perdue sur le fil et dans des conditions d' "illégitimité" flagrante.

A contrario, s'il venait à être élu, quelle capacité aurait Nicolas Sarkozy à éviter des campagnes contestataires et l'explosion de l'union politique à droite et au centre-droit ?

Jérôme Fourquet : Je pense qu'il y aurait sans doute un certain nombre de ténors de la droite qui grinceraient des dents, engagés par leurs promesses. Mais ils feraient probablement contre mauvaise fortune bon cœur en soutenant le vainqueur, certains en n'y mettant pas trop d'allant et en faisant modérément campagne. Mais on voit mal l'un de ses adversaires à la primaire partir en échappée solitaire, considérant qu'il ne reconnaît pas la victoire de Nicolas Sarkozy. Le risque de la fragmentation sera pris en compte. 

En revanche, Nicolas Sarkozy n'aura guère de prise sur quelqu'un comme François Bayrou, particulièrement s'il reste sur une ligne très droitière. Bayrou devra se battre avec Macron, mais il l'a dit : si Sarkozy venait à être élu, il tentera l'aventure. Dans ce scénario-là, il pourrait être soutenu par un certain nombre de personnalités politiques locales. Je ne pense pas aux six candidats perdants, mais à des lieutenants de candidats républicains modérés ayant été battus et n'acceptant pas la dérive droitière de Nicolas Sarkozy. Ceux-là, attention, pourraient apprendre que le courage en politique n'est pas la valeur la mieux répartie : s'ils le font, ils prendraient un grand risque. Car pour les parlementaires, la question de l'investiture serait importante : ils auront en tête que Bayrou a payé son indépendance au prix fort, quand il avait été battu dans sa circonscription en 2012 pour avoir soutenu François Hollande. Alors certes, le PS lui avait envoyé une candidate. Les soutiens pourraient voir fleurir des candidatures dissidentes concurrentes dans leur circonscription. 

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