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La créativité peut-elle sauver la politique ?
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En France, on n'a pas de pétrole...

La créativité peut-elle sauver la politique ?

Créative, la France l'est. Mais pour tirer profit des bonnes idées, encore faut-il être capable d'en repérer le potentiel. Petit guide pour apprendre à lever la tête du guidon.

Luc de Brabandere

Luc de Brabandere

Ancien directeur général de la Bourse de Bruxelles, Luc de Brabandere est ingénieur et philosophe. Il enseigne sur le thème de la créativité à l'école Centrale Paris et à la Louvain School of Management. Il vient de publier La Bonne idée existe ! (Eyrolles)

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Atlantico : Dix-huit mois après l'élection de François Hollande, le gouvernement traverse une grave crise politique, mais l'opposition, faute de propositions nouvelles, ne semble pas en mesure d'en tirer profit. Comment les politiques pourraient faire preuve de créativité pour sortir de cette impasse ?

Luc de Brabandere : Aucune idée sur cette terre, que ce soit l’ordinateur, l’ampoule ou l’aspirine, n’est née bonne. Toute idée vit toujours deux étapes. Un premier moment où l’on sort des sentiers battus. Cela produit non pas une bonne idée, mais une nouvelle idée. Il y a ensuite un deuxième moment où on passe du "oui, mais" au "oui, et" : parfois ce "oui, et" conduit à la découverte d’une bonne idée. Je crois que les hommes politiques n’échappent pas à cette règle. Je fais le métier de la créativité depuis une quarantaine d’années et je suis convaincu que les idées existent et que ce qui manque ce n’est pas les idées nouvelles, mais des représentations du monde, ou de la France dans le cas précis, qui permettent de repérer le potentiel de ces idées. Pour la France, il ne faut pas de nouvelles idées, mais il faut regarder autrement le pays pour mieux voir les bonnes idées qui existent.

Comment expliquez-vous que les politiques n'arrivent pas à réaliser ce saut imaginatif pour se renouveler ? Comment les y aider ?

Je travaille beaucoup dans les grandes entreprises et d’une certaine manière la France est une très grande entreprise. Il y a quelque chose de lié à la taille. Dans les petites structures, c’est toujours plus facile. Lorsque le système est plus grand, il est plus difficile de le changer. Ceux qui réussissent sont des gens qui inventent des formules. IBM qui était une grande entreprise a failli rater le train du PC. Le patron d’IBM s'est rendu compte que la structure IBM était beaucoup trop vaste pour produire l’ordinateur individuel, mais était convaincu que c’était important. Il a donc créé une PME en retirant des salariés d’IBM de leur structure habituelle et en leur disant : "Vous êtes libérés des contraintes d’IBM pendant 18 mois, vous êtes une PME, mais dans 18 mois je veux mon PC !" Et cela a marché. Il a ensuite remis le PC dans les structures d’IBM. C’est un bel exemple et par analogie, on pourrait imaginer la même chose pour la France. Tout commence par un projet, mais il y a énormément d’organisation qui sont devenus des structures dont on ne connaît même plus le projet. Il y a aujourd’hui en Belgique comme en France énormément d’organisations qui sont devenus des structures dont on a oublié le projet. L'exemple d’IBM montre que les politiques doivent réinsuffler l’idée de projet.  

Comment peuvent-ils penser la France autrement ?

La France me fait penser à un bateau tellement grand que les gens ne voient plus la mer. Le début du commencement du processus est de regarder à l’extérieur. Il faut absolument s’ouvrir. La Belgique à l’avantage d’être plus petite que la France et donc paradoxalement d’être plus ouverte au monde. Je recommande aux Français et aux politiques français d’ouvrir les portes. La pensée se nourrit de passerelles. Il y a beaucoup d’entreprises qui ont avancées en faisant des alliances inattendues. Le bateau France est tellement beau, tellement grand, qu’il a oublié qu’il est sur la mer. Il faut prendre conscience qu’il y a d’autres bateaux sur la mer, des courants et peut-être même des icebergs.

Si vous deviez suggérer une bonne idée aux politiques français ? 

Mon métier c’est "le comment on pense" et non "le quoi on pense". Ce que je voudrais faire c’est appliquer mes techniques de créativité. Prenons l’exemple du temps de travail : diminuer le temps de travail est un problème, mais peut-être qu’augmenter le temps de loisir est aussi un problème. Aujourd’hui, le temps de loisir mérite autant d’attention que le temps de travail. Si on continue de développer une société de loisir coûteuse où on encourage les gens à voyager et à aller dans les parcs d’attractions, on va dans le mur. Plutôt que de chercher des idées pour diminuer le temps de travail, il faudrait trouver des idées pour améliorer l’utilisation du temps de loisir. Cela permettrait au gens d’effectuer de vrais loisirs qui ne consomment pas d’énergies et qui vont dans le bon sens en termes de culture et de vie en société. 

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