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L'islamologue suisse Tariq Ramadan s'exprime lors d'une conférence sur le thème du "Vivre ensemble" en mars 2016 à Bordeaux.
©MEHDI FEDOUACH / AFP

Tribune

La chanson de Tariq Ramadan et le sunnisme conquérant

Il est de retour, était-il jamais parti en fait ? L’universitaire, prédicateur et polémiste se fait chanteur.

Alphonse Moura

Alphonse Moura

Alphonse Moura est géopolitologue, maître en Sciences Politiques et Relations Internationales ; spécialiste des rapports de force et fondateur de l'école géopolitique bourguignonne, basée sur la Sainte Trinité du réalisme – Thucydide, Machiavel et Hobbes.

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Tariq Ramadan n’épargne l’Europe, présentée comme la mère de tous les problèmes sur la planète. Néanmoins, sa démarche est plus proche du pamphlet militant que de l’analyse historique. Nous disséquons ici une partie de la chanson.

Le féminisme et l’écologie 

« Ils sont combien à mourir tous les jours, tous les soirs, sur les bateaux de la honte et du désespoir? N’avez-vous donc pas honte? […] Vous interdisez aux femmes et aux hommes de courage de les secourir, de leur tendre la main, d’éviter les naufrages! »

Ramadan sait ce qu’il fait, rien n’est laissé au hasard, il adopta les codes du politiquement correct féministe. On peut le voir dans la  citation précédente, où il parle non seulement d’hommes de courage, mais également de femmes. Notez que les femmes sont mentionnées d’abord, les hommes ensuite, une tentative sémantique d’atténuer des siècles de patriarcat dominant – les batailles du féminisme actuel. Ramadan le rallie sans état d’âme. Finalement, il sait que nourrir le féminisme vindicatif aide à séparer les hommes et les femmes (principalement en Europe) et cela lui convient.

L’idée selon laquelle il n’y aurait pas beaucoup d’européens engagés dans les missions de secours en Méditerranée est fausse. Personne n’interdit aux ONG de sauver des vies, même quand elles deviennent de facto une pièce clef du trafic humain et des réseaux maffieux. Il oublie de mentionner aussi que les naufrages sont parfois provoqués par les passeurs, car cela permet l’intervention des marines européennes, en accord avec le droit international de la mer. 

« Vous dites le droit des riches qui détruit la nature et signe notre perte. »

Après une utilisation de l’emballement féministe pour avancer ses pions, Ramadan s’élève en gardien de la nature, il sait que l’écologie – peut-être l’écologisme devrait-on dire – est un autre pistolet du progressisme. C’est la convergence des luttes, féminisme, écologie, même combat. Encore une fois Ramadan s’engouffre dans le travail de sape fait par une idéologie pour l’utiliser à sa guise ; en associant l’Europe avec les riches, il associe le reste de la planète avec les pauvres. Comme si l’Europe était seulement composée de riches et le reste de la planète seulement composée de pauvres. Comme si l’industrialisation de l’Inde – ou de la Chine – n’y était pour rien. Sa sélectivité montre sa cible et non la réalité des faits.

Le mensonge et la menace

« Vous êtes venus chez nous imposer des frontières de misère. »

La duplicité ramadanesque continue sans arrêt ; cette fois-ci il emprunte un chant classique au Front National, le on est chez nous. Il reproche aux européens d’aller chez les terres des autres, mais il ne reproche pas aux autres d’aller dans les terres des européens. Avec son coup de baguette magique Ramadan permet aux non-européens d’avoir un ‘chez nous’ et le nie aux européens. L’Égypte doit être égyptien, l’Inde doit être indienne, la Chine doit être chinoise, mais l’Europe ne doit pas être européenne, elle doit être multiculturelle.

La suggestion que les européens ont imposé des frontières de misère repose sur deux mensonges. Que les frontières n’existaient pas avant l’arrivée des européens et que la misère n’existait pas non plus. Or, quand les Portugais sont arrivés en Inde à la fin du XVème siècle ils constatent rapidement que ce territoire n’est pas homogène et qu’il y a plus d’un prince. Chaque petit prince est bel et bien conscient de l’existence des frontières, car il sait très bien où les terres du voisin commencent. Après avoir rallié le féminisme détourné et l’écologisme alarmiste, notre chanteur rallie la vulgate communiste du siècle dernier, en affirmant que la misère est disséminée par les européens. Il faut être assez tordu pour amalgamer les européens et la misère, car tout le monde sait qu’elle était déjà là avant la présence européenne, et qu’elle demeure là, après la décolonisation.

« Soit vous partagez, soit on se servira! »

Tariq Ramadan nous demande de partager, sinon ils se serviront. Au début du siècle la première partie était connue de tous, ils demandaient leur partie du gâteau, de notre gâteau d’ailleurs. En 2021 la demande a un corollaire, la menace. Ramadan et les siens se savent face à des adversaires ligotés. Ligotés par la peur d’être traités d’islamophobes ou de racistes, par l’Etat de droit, par la culpabilité inculquée depuis d’école, par la couardise des hommes politiques. Nous sommes pris au piège de nos propres fadaises, l’universalisme sunnite chevauche notre universalisme républicain, les deux rejettent ce que nous sommes. Pour l’instant ils sont alliés, dans l’avenir le sunnisme conquérant se débarrassera de l’autre sans difficulté. Liberté, Égalité et Fraternité, non plus dans la République, mais dans l’Oumma. Philippe de Villiers l’a résumé ainsi : « les laïcistes créent le vide, les islamistes le remplissent. »

L’épilogue

« Votre ordre et vos frontières n’auront raison ni de notre jeunesse, encore moins de la vie »

Le lecteur plus pieux ou moins averti pourrait penser que la cible de Ramadan est la Chrétienté. Cela serait une erreur anachronique.  La Chrétienté (celle romano-germanique) est morte en 1517 avec l’avènement de la Réforme Protestante. La cible de Ramadan n’est pas l’ordre de la Respublica Christiana du Moyen-Âge, mais l’ordre westphalien de 1648. Cet ordre couronna l’établissement de l’Etat, l’unité géographique, politique, juridique, culturelle plus importante dès cette date jusqu’à nos jours. Cet ordre créa des barrières au déploiement des religions, notamment celles avec un caractère clairement universaliste comme le catholicisme ou le sunnisme. Ramadan veut abattre lesdites barrières, lesdites frontières. Pour le faire il jette un clin d’œil au marché, en le rappelant que les consommateurs sont de son côté, sa jeunesse, contrairement au vide démographique des européens. Il est un mahométan conséquent, il sait que son but c’est la conversion de toute l’humanité au sunnisme ; les fins justifient les moyens, s’il doit flatter l’universalisme républicain et l’universalisme capitalistique (très hostile aux frontières lui aussi) il le fera.     

« Demain, vos frontières seront le mauvais souvenir de vos mensonges passés »

Pour comprendre la citation précédente il faut savoir que dans la logique des Frères Musulmans, chère à l’auteur de la chanson, les frontières sont un produit des mécréants. On a vu que pour eux les frontières ne sont pas naturelles et ne font pas partie de l’Histoire, mais sont une imposition européenne, colonialiste, raciste etc. Détrompez-vous, quand il parle de ‘vos frontières’ ce ne sont pas seulement les frontières de la vieille Europe qu’il attaque, ce sont toutes les frontières géographiques de la planète. L’objectif est l’islamisation de la totalité du globe terrestre.

Le concept d’Oumma a vocation à dépasser les différences ethniques, nationales et culturelles au sein de la communauté des croyants ; l’emphase est mise sur l’appartenance religieuse et non sur l’appartenance nationale ou raciale. Bien sûr, la théorie n’est pas toujours égale à la pratique, car parfois un musulman arabe expliquera que les Etats arabes sont meilleurs que les Etats non-arabes (pensons à la critique arabique aux Ottomans) et un musulman arabe justifiera sa supériorité face à un musulman noir grâce à sa race. Dans le monde de demain les frontières seront un mauvais souvenir parce qu’elles nous rappellerons d’une époque où Mahomet n’était pas le seigneur partout. Disons qu’une partie de la gauche, minoritaire certes, a compris la manipulation en cours, lisez Éloge des Frontières de Régis Debray. Hélas, la gauche n’a pas toute la clairvoyance du révolutionnaire parisien.

Prions pour la fin de la pandémie, pour que les boîtes de nuit islamo-gauchistes puissent être arrosées par Qu’est-ce que vous croyez? de Tariq Ramadan.

Alphonse Moura

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