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La campagne présidentielle va signer l’arrêt de mort des solutions libérales et enverra la facture à l’Etat-providence, qui paiera.
©©LUDOVIC MARIN / AFP

Atlantico Business

La campagne présidentielle va signer l’arrêt de mort des solutions libérales et enverra la facture à l’Etat-providence, qui paiera.

Aucun des candidats à la présidentielle, de la droite à la gauche, n’a jusqu'à maintenant proposé des solutions libérales à la crise. Tous dénoncent des atteintes à la liberté individuelle mais tous réclament un Etat encore plus protecteur qu’il ne l’est. 

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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De Jean-Luc Mélenchon pour l’extrême gauche, à Marine Le Pen pour l’extrême droite, en passant par les candidats représentant les 50 nuances de la sociale-démocratie-centriste, aucun ne va proposer l’ombre d’un début de solutions libérales aux problèmes qui assaillent la société française et plus encore sa gouvernance.  Parce que la société, elle, se débrouille comme elle peut. Elle fustige les atteintes aux liberté individuelles mais réclament à cor et à cri les protections de l’Etat. 

Même les deux candidats les plus transgressifs et les plus récents n’échappent pas aux postures paradoxales. 

Emmanuel Macron avait échappé à la droite comme à la gauche en prônant le « en même temps ". Au début de son quinquennat, il avait fait le pari de s’appuyer sur le dynamisme de l’entrepreneur innovateur pour restaurer la puissance du pays. A la fin de son premier mandat, il se retrouve comme le président qui aura le plus sollicité l’Etat providence et protecteur.  A sa décharge, il faut reconnaître qu’il n’avait guère le choix pour combattre la pandémie et ses effets. Reste à savoir comment il engage son deuxième quinquennat alors que la capacité d’intervention est saturée. Peut-être sera-t-il obligé de se retourner vers le secteur privé pour faire avancer le pays. En tous les cas, son axe de campagne va être déterminant. 

Éric Zemmour s’est imposé sur le marché politique avec un positionnement très précis, redonner à l’Etat son vrai pouvoir, avec un président dont la mission est de définir une vision. Logiquement, il devrait dérouler un programme qui réduirait le périmètre de l’Etat à ses fonctions régaliennes. Mais curieusement, il se refuse passer sa vision au philtre  des solutions concrètes  et il a raison. Il préfère rappeler que lui président, il ne s’occupera pas des détails : « je ne veux  être ni Premier ministre, ni ministre des finances ou du travail ... ». Il n’exclut pas que la gouvernance de l’Etat central s’occupe des détails de l’intendance. Donc l’Etat doit rester fort. Et la meilleure preuve est que dans ses discours, il se réfère le plus souvent à Napoléon Bonaparte et à Charles De Gaulle qui sont loin d’avoir porté des idées libérales. Dans sa vision d’une France forte, indépendante et souveraine, Zemmour ne laisse pas beaucoup de place au pouvoir économique qui serait pourtant le seul à pouvoir garantir le retour à la puissance, l’indépendance et la souveraineté. Le début de la campagne Zemmour va donc être intéressant à observer, mais peu probable qu'il change son fusil d’épaule. Il rêve d’un Etat fort mais ne s’en donne ni les moyens ni les perspectives.

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Tous les candidats rêvent d’un État fort, alors qu’ils vont tous fabriquer un État obèse.

Il suffit pourtant de regarder ce qui se passe aux États-Unis où la puissance dépend avant tout des GAFA plutôt que des marines. 

Il suffit de regarder ce qui se passe en Chine où Pékin a bien compris que l’influence du régime en interne, comme à l'international, dépendra plus de la force économique et financières que des credo politiques. Et la force convoquée dépend aussi en Asie de la liberté et des ambitions personnelles de ceux qui dirigent les entreprises.  

Bref, aucun des candidats, pas même les plus improbables, pas même les plus nouveaux, ne proposera un logiciel de fonctionnement et d’organisation libérale. Certains balancent encore quelques idées mais les développeurs n’existent pas.  

Les candidats à la présidentielle cherchent des électeurs, mais l'électeur français ne sait même plus ce que les principes du libéralisme pourraient lui apporter. On a tellement rangé toutes les idées libérales ou ultra-libérales dans le camp du mal, que personne n’osera sortir quelque outil de la trousse d'urgence. Cette situation tragique pour l’avenir.  

1er point , les Français ont encore une notion assez forte de la liberté individuelle. Ils ont gardé gravé dans leur mémoire que la liberté était une des trois valeurs fondamentales de la vie sociale. Ils tiennent cela du siècle des lumières, des philosophes, de l’esprit révolutionnaire. C’est cette valeur qui a été exportée aux États-Unis par Lafayette. C’est cette notion de liberté individuelle appliquée à l’économie qui a permis le décollage du pays au 19e siècle avec notamment Napoléon III.  Mais il faut reconnaître que la France a adopté le libéralisme économique avec beaucoup de réserve et de retard. Heureusement que nos écoles mathématiques ont été d’un bon niveau et permis d’engendrer une génération d’ingénieurs, heureusement que la France a vu naitre Frédéric Bastiat mais elle en a perdu très vite son souvenir. Pour cause, il n’est plus enseigné dans les lycées français alors que sa statue de bronze accueille encore les étudiants américains dans bon nombre d’université. 

En France, cette valeur de la liberté individuelle a dû cohabiter au préambule de la Constitution française  (de toutes les constitutions républicaines) avec les valeurs d’égalité et de fraternité. Or, il faut bien le reconnaître : l’impératif d’égalité et de fraternité a fini par hypothéquer l’exercice de la liberté individuelle. Parce qu’appliquée à la sphère économique dans le but de créer de la richesse, le concept de liberté n’est utile que s’il est accompagné du respect de la propriété privée, immergé dans la concurrence des meilleurs et régulé dans le cadre d’un État de droit. 

L’égalité obligatoire dans tous les domaines a éteint la concurrence et limité le droit de propriété, et du coup, la fraternité, autre valeur sacrée, a favorisé la fabrication d’un État de droit omniprésent. 

Les Français adoptent et revendiquent la liberté individuelle sans en accepter le prix en termes de responsabilité individuelle. Du coup, ils se précipitent dans les bras multiples de l’Etat qui est devenu obèse, tentaculaire et affreusement couteux. Les Français, qui ne sont pas à une contradiction près, se plaignent du cout de fonctionnement de l’Etat et de ses « filiales » chargées du modèle social, sans admettre que c’est cet Etat qui les prive de liberté.  

2 e point. La part des dépenses publiques représente aujourd’hui plus de 60 % des richesses créées (60% du PIB ). Dans cette situation de répartition des pouvoirs, on ne peut plus dire que la France soit un pays libéral et même une économie de marché. 

Parce que si 60% du PIB dépende de l’Etat ou de ses filiales, tout être normalement constitué a plus intérêt à travailler dans la sphère étatique plutôt que sans une économie de marché. 

La France pourrait très bien organiser la réduction du périmètre de l’Etat en redistribuant la plus grande partie de ses services publics auprès d’intérêts privés en situation de concurrence. L’intérêt serait mieux protégé, au pire tout autant. Rien n’empêche l'Etat et les collectivités locales de confier au privé la prestation de services ou de fournitures plutôt que de s’obstiner à rester gérant de cafétéria ou de cantines scolaires, de jardiniers ou de mécaniciens etc,, Quant au modèle social dont la fonction est de redistribuer du revenu, la performance serait sans aucun doute meilleure si, au lieu de s’inscrire dans un modèle de solidarité, les fonctions sociales répondaient à des principes assuranciels. L’assurance couvre les risques, mais l’assurance en calcule l’ampleur et la fréquence, ce qui lui permet d’inciter l’assuré social à prendre aussi ses responsabilités. 

Aucun homme politique n’aura le courage de demander au fumeur ou à l’alcoolique  de considérer qu'il a une responsabilité dans le nombre de cancers du poumon ou de maladies cardio-vasculaires. Bref, dans les deux graves causes de mortalité et donc de dépenses annuelles de santé, aucun responsable politique n‘osera évaluer la qualité du travail d’un fonctionnaire, qu’il soit enseignant à l’école publique ou personnel soignant à l’hôpital. Aucun candidat à la présidentielle n’osera associer une mécanique de bonus-malus dans la gestion fiscale pour obliger le contribuable à prendre ses responsabilité. Aucun n’osera et pourtant, le libéralisme ne recherche pas les coupables... La désignation des  responsables serait bien plus utile à l’intérêt collectif.  

Ce pays préfère défendre les discours sur la liberté individuelle  en demandant la protection de l’Etat. 

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