L’OCDE prédit un ralentissement pour 2024, mais ne veut pas voir la catastrophe programmée dans la transition écologique<!-- --> | Atlantico.fr
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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et Paolo Gentiloni dévoilent des propositions pour la transition écologique en Europe.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et Paolo Gentiloni dévoilent des propositions pour la transition écologique en Europe.
©JOHN THYS / AFP

Atlantico Business

L'OCDE vient de confirmer le sérieux ralentissement de l'économie mondiale en 2024. Cependant, l'OCDE n'ose pas prévoir l'évolution à plus long terme, tandis que les responsables politiques savent que sans des décisions à l'échelle mondiale, nous pourrions connaître une situation similaire à celle après la crise de 1929.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L'OCDE se déclare raisonnablement pessimiste pour 2024, annonçant un ralentissement qui touchera la planète entière. Cette organisation internationale prévoit une croissance du PIB mondial de 2,9% cette année à 2,7% l'année prochaine. L'OCDE envisage une légère reprise à 3% en 2025. Cependant, il est important de noter que 3% ne signifie pas nécessairement une période de prospérité, d'autant plus que cela dépend de conditions telles que la baisse des taux d'intérêt, le maintien du prix du pétrole autour de 85 dollars, la stabilisation du prix du gaz à 45 euros par mégawatt-heure, et la détente des tensions géopolitiques, notamment au Proche-Orient. Autant de conditions qui rendent la prévision semblable à une loterie.

Dans cette prévision globale du PIB mondial, les États-Unis pourraient connaître une croissance de 1,4% en 2024, comparé à 2,4% en 2023. La France semble suivre de près les objectifs de Bercy, avec une croissance possible de 0,8% en 2024 et de 1,3% en 2025.

La prévision de l'OCDE est basée sur des critères conjoncturels, laissant penser que nos difficultés dépendent principalement de facteurs conjoncturels, généralement corrigés par la politique monétaire, ce qui exonère les gouvernements de leur responsabilité. D'où l'importance des taux d'intérêt fixés par les banques centrales.

Il est évident que les facteurs structurels mériteraient une observation plus sérieuse qu'un simple appel répété aux banques centrales. Nos difficultés ne seront pas résolues par des manipulations monétaires. La monnaie peut atténuer un choc conjoncturel souvent cyclique, financer une assurance contre des risques pandémiques (comme le COVID) ou des excès spéculatifs (comme la crise des supprimes), mais elle ne résoudra pas un changement de paradigme, en toile de fond de guerres larvées et de conflits locaux effroyablement violents.

En ne reconnaissant pas cette réalité, l'économie mondiale semble se diriger droit vers une crise, car elle devra surmonter une montagne de dettes non financées. Entre les dettes des États liées au COVID, les dettes de fonctionnement liées aux habitudes de protection sociale (dans la plupart des pays), et surtout l'obligation de financer la transition écologique, en particulier les moyens nécessaires à la lutte contre le réchauffement climatique au cours des 50 prochaines années, le total est monstrueux.

Cette perspective paralyse les acteurs économiques, qui replient leurs investissements, d'où le ralentissement économique. Cependant, ce ralentissement, combiné aux effets politiques et sociaux des efforts à consentir, va inévitablement engendrer une cascade de réactions politiques qui pourraient être ingérables, un peu comme dans les années 30.

Pour simplifier, la période actuelle est porteuse de risques incontournables.

  1. L'accumulation de dettes publiques dans les pays développés est un risque que les économistes de l'OCDE reconnaissent, mais les États-Unis restent les principaux coupables d'endettement, bénéficiant du fait que le dollar est la seule monnaie mondiale.

  2. Le coût de la transition écologique est évidemment considérable et beaucoup plus difficile à financer. Avant l'ouverture de la COP 2023 à Dubaï, une étude estime le coût de la transition énergétique mondiale à environ 3 000 milliards de dollars par an d'ici 2050. Les dépenses annuelles devront passer de 3 000 milliards avant 2030 à 4 500 milliards en 2040, avant de diminuer jusqu'en 2055. C'est une montagne à laquelle très peu de pays se sont préparés. Les Américains ont peut-être pris de l'avance avec le plan Inflation Act de l'année dernière, un plan de plus de 300 milliards de dollars sur les dix prochaines années pour relocaliser l'industrie, réindustrialiser le pays, accompagner la disparition des énergies fossiles, etc. Ce plan américain est unique au monde et sans équivalent dans l'histoire. Le Plan Marshall, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, pour restaurer le potentiel européen, était dix fois moins important. Le plan Inflation Act, rebaptisé Industrial Act par Biden pour lutter contre l'inflation, sera désormais un plan de rénovation du système américain. Inutile de préciser qu'aucun pays européen ne pourra rivaliser avec le plan américain dans l'état actuel des projets. De plus, Washington va activer le levier fiscal pour attirer les investissements et décourager les importations. La France pourrait restaurer son potentiel en énergie nucléaire, et l'Allemagne pourrait renforcer la compétitivité de son industrie et explorer d'autres marchés que la Chine, qui pourrait rencontrer des difficultés. Cependant, globalement, les économies européennes auront du mal à respecter les objectifs.

  1. La montée des inégalités sera un effet collatéral des transformations écologiques, car les classes populaires n'auront pas les moyens d'adopter les nouvelles normes, en commençant par celles appliquées à la mobilité. Comment acheter une voiture électrique dont le prix sera de 30 à 50 % supérieur à celui des voitures thermiques ? Même si l'État promet de subventionner l'électrique, il faudra bien financer cet effort, tout comme le prix de l'électricité nucléaire, etc. Des études prudentes estiment que, pour un pays comme la France, les dépenses de transformation écologique devraient représenter entre 30 et 50 milliards d'euros au minimum.

  2. Les phénomènes migratoires liés au réchauffement climatique vont évidemment bouleverser les sociétés occidentales et les modèles économiques. Ce changement a déjà commencé et met la plupart des démocraties en difficulté.

  3. La généralisation des guerres tribales ou religieuses est un risque récurrent qui se traduit par l'émergence de courants terroristes alimentés, ou non, par une idéologie islamiste radicale. Ces guerres ont du mal à trouver des solutions politiques. Le cas de la guerre entre Israël et le Hamas est une illustration tragique de ce risque. Ajoutons que les régions où se déroulent ces guerres représentent plus de 60 % des flux commerciaux pour les matières premières, les énergies fossiles et les produits d'import-export. La continuité de ces flux est à la merci d'attentats ou même d'une guerre, bloquant alors tout commerce avec des conséquences sur les prix.

En mettant tous ces risques sur la table, il est nécessaire d'admettre qu'ils ne pourront être résolus que par un accord mondial. C'était l'objectif des Nations Unies, du FMI et de l'OMC, qui consiste à faire fonctionner un gouvernement mondial et à établir un corpus de règles et de lois applicables à tous. Sinon, le système économique mondial risque de se bloquer, avec le danger de retomber dans une concurrence sauvage. Cependant, le coût d'un manque d'accord n'est pas éloigné du coût de la transition envisagée.

Si la crise rend intelligent, pour reprendre Raymond Aron, et l'histoire depuis la dernière guerre lui a donné raison, cette fois-ci, il faudra sans doute faire preuve de beaucoup, beaucoup d'intelligence.

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