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Les chômeurs font la queue devant une agence.
Les chômeurs font la queue devant une agence.
©Reuters

Fausse bonne nouvelle

L’OCDE a-t-elle raison de croire à une baisse du chômage en France dès fin 2013 ?

"La crise a été bien gérée, mais le chômage augmente rapidement. Avec le retour de la confiance, l’activité devrait se redresser progressivement dans les deux années à venir et le chômage se stabiliser fin 2013", estime l'organisation du Château de la Muette.

Francis Kramarz

Francis Kramarz

Francis Kramarz est économiste, spécialiste des questions d'emploi et du marché du travail.

Professeur à l'école Polytechnique et l'ENSAE, il est également directeur du Centre de recherche en économie et statistique (CREST).

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Atlantico : Dans son dernier rapport, l'OCDE se montre assez sévère avec la France et révise sa prévision de croissance à 0,1% pour 2013. Elle estime cependant que le taux de chômage pourrait continuer d'augmenter avant de commencer à "se stabiliser fin 2013" aux alentours des 11%. Un tel scénario, qui semble relativement optimiste vu le contexte actuel, est-il vraiment envisageable ?

Francis Kramarz : Tout d’abord, les contrats de génération et les emplois d’avenir auront mécaniquement un effet stabilisateur sur l’emploi. Des emplois seront directement créés. Il est toujours possible de discuter le coût de telles mesures mais dans une période dégradée, offrir de telles solutions à des jeunes peu ou mal formés est la « moins pire » des possibilités. Par exemple, outre l’emploi obtenu, les travaux récents démontrent que cela diminue la probabilité que des jeunes choisissent la petite criminalité.

Par ailleurs, l’accord du 11 janvier a des vertus défensives : les entreprises signant des accords compétitivité emploi (comme Volkswagen l’avait fait du temps où son DRH était Hartz, le futur ministre de l’emploi) échangeront emploi contre rémunération. Ce type d’accord freinera les destructions d’emploi. Par ailleurs, rien actuellement ne permet d’envisager une relance de l’emploi. Les mesures prévues freineront au mieux les destructions. Et si la conjoncture européenne ne s’améliore pas, la stabilisation envisagée pourrait n’avoir lieu qu’en 2014. Je trouve donc la position de l’OCDE assez optimiste lorsqu'elle estime dans son rapport que "le taux de chômage continuerait d’augmenter avant de se stabiliser à 11,25 pour cent fin 2013".

Alors que les accords sur la sécurisation de l'emploi signés le 11 janvier font encore débat - notamment auprès de la CGT et FO qui ont appelé à manifester contre - quelles mesures le gouvernement doit-il prendre pour inverser la courbe du chômage ? Dans le contexte actuel, le gouvernement ne peut-il que sauvegarder les emplois actuels ?

Inverser la courbe du chômage suppose des mesures non pas défensives mais offensives qui, dans un premier temps, peuvent avoir des effets négatifs mais qui auront des effets positifs à court-moyen terme. Il s’agit de faire agir plusieurs facteurs simultanément. Tout d’abord, vraiment œuvrer sur la flexicurité qui suppose la facilité de détruire des emplois en échange d’une sécurité accrue pour les salariés en termes de formation, mobilité professionnelle et géographique.

Pour y parvenir, réformer le marché du logement et du transport est nécessaire : quitter son HLM pour en retrouver un autre, créer des logements là où cela est nécessaire (et donc retirer aux maires le permis de construire), permettre aux transports en commun comme individuels d’être mieux organisés (par exemple en créant des réseaux d’autocars, en organisant le territoire autour de pôles universitaires où les nouveaux emplois se créeraient en priorité, en permettant aux jeunes de 16 ans de passer leur permis et en diminuant drastiquement le coût du permis de conduire…). Libérer les secteurs et les marchés protégés, ceux évoqués plus haut, mais bien d’autres (un exemple actuel est le numerus clausus des professions médicales), est donc une condition nécessaire. Ceci doit être fait de manière raisonnée et équilibrée mais doit être conduit avec fermeté face aux résistances parfois mais pas toujours, loin de là, justifiées.

Les emplois qui seront créés après la crise seront-ils différents de ceux détruits pendant ?

Souhaitons qu’ils soient différents. La crise doit être le moment où les « mauvais emplois », mal payés, peu productifs, doivent disparaître. La sécurité d’un emploi ne se mesure pas dans la législation qui le protège mais dans la qualité et l’importance du service qu’il rend à l’économie. Et les efforts désespérés de nos dirigeants pour orienter les choses vers certains secteurs, tels l’industrie, sont des combats d’arrière garde : les nouvelles imprimantes 3D, est-ce de l’industrie ou du service informatique ?

Les efforts déployés pour préserver le monde tel qu’il est reflètent très souvent la peur qu’ont nos dirigeants – politiciens comme patrons ou syndicalistes – d’être plongés dans un monde différent de celui où ils vivent et où leurs avantages risquent d’être mis à mal. Mais, il est vrai que les salariés ont eux raison d’avoir peur car le système actuel ne leur propose aucun mécanisme permettant d’avoir une vision positive du futur : formation continue défaillante, difficulté à retrouver un emploi satisfaisant leurs exigences légitimes…

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