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L'île aux arbres disparus de Elif Shafak : Chypre, 1974 - Londres, 2010. Une superbe fable dédiée à la nature et aux exilés de tous pays
©MYCHELE DANIAU / AFP

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L'île aux arbres disparus de Elif Shafak : Chypre, 1974 - Londres, 2010. Une superbe fable dédiée à la nature et aux exilés de tous pays

Elif Shafak publie "L'île aux arbres disparus" aux éditions Flammarion.

Anne Jouffroy pour Culture-Tops

Anne Jouffroy pour Culture-Tops

Anne Jouffroy est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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THÈME

« Quantité d'éléments de ce livre se fondent sur des faits et des événements historiques. Je voulais aussi rendre hommage au folklore chypriote et aux traditions orales. Mais tout ici est fiction - un mélange de merveilleux, de rêves, d'amour, de chagrin et d'imagination. » (p. 421). 

En effet, tout est poésie, hymne à la nature, battements de cœur, passion et renaissance dans ce conte qui nous fait naviguer entre Chypre et Londres et écouter les confidences d'un figuier, le personnage clé du roman. Un figuier de Nicosie, dont une bouture transplantée par Kostas en Angleterre et devenue un bel arbre dans son jardin londonien, qui est la mémoire de son histoire d'amour interdit avec Defne. 

En 1974, dans la Chypre déchirée par la guerre civile gréco-turque, le jeune grec Kostas et Defne, une jeune fille turque, s'aiment mais doivent se séparer pour échapper à la haine et à la violence. Kostas s'exile à Londres où ils se retrouveront et se marieront bien des années plus tard. 

Dans les années 2010, Ada, leur fille adolescente, bouleversée par la mort de Defne, cherche à comprendre l'histoire de ses parents. Pourquoi ont-ils été si silencieux sur leur passé chypriote ? Pourquoi sa famille restée à Chypre n'écrit-elle jamais ? 

Les chapitres des monologues du figuier scandent le récit et distillent une sagesse qui transcende les frontières et les souffrances de cette famille déracinée. Pour Elif Shafak, les arbres sont les gardiens de la mémoire de la terre natale et ravivent les souvenirs de nos racines. Et les oiseaux migrateurs, aussi, ont leurs mots à dire aux émigrants - qui seront de plus en plus nombreux en raison des problèmes écologiques à venir. 

Comme toute bonne fable, ce récit a une tournure universelle : « Les mots d'Elif Shafak créent un nouveau monde, à notre intention. » (Colum McCann, 4ème de couverture).

POINTS FORTS

Une belle écriture. Félicitations à Dominique Goy-Blanquet, la traductrice.

- Une dramaturgie amoureuse qui tient en haleine jusqu'aux dernières pages.

- Des personnages débordant d'humanité avec leur générosité, leurs contradictions, leurs faiblesses.

- L'amour de l'auteur pour les arbres, les oiseaux, les abeilles, les tortues...

- Chypre, sa beauté et sa problématique politique et sociologique.

QUELQUES RÉSERVES

Pas de réserves.

ENCORE UN MOT...

Après quelques réticences au début quand j'ai compris que le figuier parlait, je me suis laissée embarquer dans cette saga familiale et écologique entre réalisme et magie. Une belle découverte ! 

UNE PHRASE

- « Il y a une quantité de choses qu'une frontière -même d'un tracé aussi net et aussi bien gardé que celui-ci- ne peut empêcher de traverser. Les vents étésiens, par exemple, nom doux mais étonnement fort, meltemi ou meltem. Les papillons, sauterelles et lézards. Les escargots, aussi, malgré leur lenteur pénible. Parfois un ballon d'anniversaire échappé à la poigne d'un enfant dérive dans le ciel, s'aventure de l'autre côté - en territoire ennemi. » (p.14)

- « Les humains [...] nous tronçonnent en bûches pour chauffer leur demeure, et parfois ils nous abattent simplement parce que nous leur cachons la vue, fabriquent des berceaux, des bouchons, du chewing-gum et du mobilier rustique, tirent de nous des musiques ensorcelantes, nous changent en livres dans lesquels ils se perdent pendant les froides nuit d'hiver, utilisent notre bois pour en faire des cercueils où ils achèvent leur vie, six pieds sous terre avec nous, et composent même des poèmes romantiques où nous leur servons de lien entre terre et ciel, et pourtant ils ne nous voient toujours pas. » (p.64/65)

- « Quand j'ai quitté Istanbul pour la dernière fois, il y a maintenant bien des années, j'ignorais que je ne reviendrais pas. Si je l'avais su, qu'est-ce-que j'aurais emporté dans ma valise, je me le suis souvent demandé depuis.[...] Avec le temps, je me suis mise à penser que j'aurais aimé emporter un arbre avec moi, un arbre de Méditerranée aux racines mobiles, et c'est cette image, cette pensée, cette peu vraisemblable possibilité, qui a donné forme à cette histoire ». (Remerciements, p. 427)

L'AUTEUR

Elif Shafak, née en 1971, est écrivain et journaliste. Elle est l'auteur de 12 romans dont La Bâtarde d'Istanbul (Phébus, 2007), Soufi, mon amour (Phébus, 2010), puis, tous 3 chez Flammarion, L'Architecte du Sultan (2015), Trois filles d'Eve (2018), 10 minutes et 38 seconde dans ce monde étrange (2020). Son œuvre est traduite en cinquante-quatre langues. Elle milite pour le droit des femmes et collabore avec The New York Times, The Guardian et La Republica.

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