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L’Europe est-elle le seul sujet qui sépare encore Les Républicains du FN comme semble le suggérer Laurent Wauquiez ?
©BERTRAND LANGLOIS / AFP

Ligne rouge

L’Europe est-elle le seul sujet qui sépare encore Les Républicains du FN comme semble le suggérer Laurent Wauquiez ?

Dans une interview donnée au Parisien, Laurent Wauquiez déclare : "Ma ligne est très simple : jamais d’alliance avec Marine Le Pen. Elle est contre l’Europe, pas moi. Elle veut la sortie de l’Euro, pas moi".

Maxime  Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est un haut fonctionnaire français, qui a été conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions relatives à l'immigration, l'intégration des populations d'origine étrangère, ainsi que les sujets relatifs au ministère de l'intérieur.

Il commente l'actualité sur son blog  personnel

 

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Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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Atlantico : Dans une interview donnée au Parisien, Laurent Wauquiez déclare : "Ma ligne est très simple : jamais d’alliance avec Marine Le Pen. Elle est contre l’Europe, pas moi. Elle veut la sortie de l’Euro, pas moi." En retournant la différence entre LR et FN ici présentée par Laurent Wauquiez par la question européenne (Europe et euro), faut-il en conclure que cette question serait devenue LE marqueur d'un parti d'extrême droite, avant toutes autres considérations ?

Maxime Tandonnet : Oui, sur le plan de la communication, Laurent Wauquiez met en avant la question de l'Europe et de l'euro comme ligne rouge entre LR et le FN. C'est une manière de fixer les esprits autour d'un critère simple. En vérité, les choses sont plus complexes. La France a basculé dans une ère nouvelle depuis 2015. La crise migratoire européenne et la vague terroriste ont chamboulé les mentalités. Les Français sont extrêmement préoccupés pour leur avenir collectif. Les dirigeants LR, notamment Laurent Wauquiez ont compris que ces questions seraient décisives dans les années qui viennent. Ils ont choisi de ne pas en laisser le monopole au FN. Dès lors, ils mettent en avant l'euro pour se différencier de ce parti et non plus les sujets régaliens. Mais de fait, la différence entre LR et FN est infiniment plus profonde. Ce sont deux cultures, deux histoires qui n'ont aucun rapport. Dans la conscience française, le FN, issu d'une famille, rebaptisé ou non, restera, par son identité, son histoire, son image, les sentiments qu'il inspire, viscéralement inacceptable pour 80% de l'électorat. La question dépasse largement celle de l'euro, elle touche à la conception même de la politique. L'idée d'une alliance LR-FN, arrangerait infiniment les dirigeants actuels du pays en leur assurant au moins quinze années supplémentaires au pouvoir mais elle condamnerait LR à une opposition éternelle et rendrait impossible tout espoir d'un retour. Cela, M. Wauquiez est assez intelligent pour le savoir.  Les élections législatives partielles montrent que le besoin d'alternance est fort dans le pays. Il ne va pas cesser de se développer dans les années qui viennent. Un rapprochement entre LR et FN, dont rêve le pouvoir comme les médias qui le soutiennent, enterrerait tout espoir de changement.

Christophe Boutin : Replaçons les choses dans le contexte des débats à venir : l’Europe sera très certainement l’axe majeur du débat politique à partir de la rentrée 2018. La perspective des élections européennes de 2019 est en effet essentielle pour tous les partis français… et devient presque vitale pour certains. Pour LREM, qui veut rééditer au Parlement européen l’OPA réalisée sur le Parlement français, ce sujet peut accentuer la fragmentation du parti de droite et l’affaiblissement du parti d’extrême droite.

Affaiblissement du RN, qui avait fait de la sortie de l’Euro un élément fort de sa campagne à l’élection présidentielle de 2017. Il s’agissait pour ses stratèges de rassembler souverainistes de gauche et de droite, de retrouver cette mythique « France du non » majoritaire dans les urnes en 2005. Mais en 2017, d’une part, la peur était grande chez certains de perdre financièrement avec la sortie de la France de la zone Euro, et, d’autre part, les « souverainistes de gauche » n’avaient plus à répondre à la question de l’élargissement de l’Union, mais à celle du choix du Président de la République française, et nombre d’éléments idéologiques les empêchaient de se rallier à Marine Le Pen. Depuis, le FN, devenu RN, semble hésiter sur cette question, et la campagne de 2019, le remettant face à ses contradictions, pourrait l’affaiblir.

Mais il s’agit aussi d’accentuer aussi la fragmentation d’un parti, LR, dont on rappellera qu’il est composé de l’agrégation des partisans de l’Union européenne venus d’une UDF qui en avait fait son cheval de bataille, envisageant parfois clairement la création d’une Europe fédérale, et de gaullistes venus du RPR, eux nettement moins partisans des abandons de souveraineté, et prônant en lieu et place la fameuse « Europe des nations ».

On sait que certains des barons de LR – parfois plus ou moins en rupture de parti aujourd’hui – ont indiqué à Laurent Wauquiez une double ligne de conduite : le rejet de l’union avec le FN et l’affirmation un choix européen fort. En cas de refus, certains évoquaient même la possibilité d’une vaste alliance avec LREM pour les élections de 2019. Celle-ci ne se fera sans doute pas : Emmanuel Macron n’a pas grand-chose à gagner en plaçant sur ses listes des politiques démonétisés, et s’il s’agit bien pour LREM de prendre le contrôle d’un parti européen il lui faudra des députés aux ordres et non s’embarrasser de divas.

Mais on comprend les difficultés de Laurent Wauquiez pour exister sur cette question, dont témoignent les propos que vous rappelez. Marine Le Pen serait « contre l’Europe », lui, à la rigueur, critique sur certains aspects de l’Union européenne, et, comme Emmanuel Macron, il utilise le spectre de la sortie de l’Euro pour stigmatiser le RN.

Mais il est effectivement révélateur que cette formule que vous citez soit venue dans sa bouche alors qu’on lui posait une question sur les déclarations de Thierry Mariani, qui souhaiterait une politique d’alliances avec RN, et après avoir reconnu, dans sa réponse à la question précédente, qu’il proposait, face au terrorisme islamique, des réponses fort proches de celles de Marine Le Pen. « Quand je propose une mesure, c’est pour qu’elle soit efficace pour la protection des Français. C’est ma seule obsession, et pas ce qu’en dira le FN. » se contente-t-il en effet répondre quand le journaliste évoque cette proximité.

Pour exister politiquement lors de cette campagne des élections européennes qui va structurer de manière forte le paysage politique, et ce juste avant les élections locales de l’année suivante, Laurent Wauquiez tente donc le grand écart : retrouvant le RN dans certaines réponses à des questions de société, il espère effectivement faire de la question de l’adhésion à l’Union européenne un axe clair de différenciation d’avec ce même RN. Le problème est que plus il accentue ce point pour prouver qu’il existe de manière propre, et moins il se différencie, cette fois, des autres partisans de l’Union européenne… ce qui vient obérer l’une de ses attentes : voir un électorat déçu par les flottements de RN quitter ce parti pour le rejoindre.

Alors que Marine Le Pen a pu faire état de ses intentions concernant la sortie de la zone euro, Marion Maréchal a pu, à plusieurs reprises, montrer son embarras sur cette question. Les propos de Laurent Wauquiez pourraient-ils être interprétés en ce sens d'une compatibilité entre les LR et Marion Maréchal Le Pen ?

Christophe Boutin : Non, car si effectivement Marion Maréchal Le Pen n’a pas usé, contrairement à sa tante, de la sortie de l’euro comme d’un marqueur fort en 2017, elle est au moins aussi opposée à l’Union européenne que Marine Le Pen. Elle vient de déclarer aux USA, lors de la Conférence conservatrice, que l’Union européenne nous prive de nos libertés et qu’elle « est en train de tuer des nations millénaires », ce qui, on en conviendra, n’est pas pour l’instant le discours de Laurent Wauquiez. Soyons par ailleurs certains que les figures historiques de LR que nous avons évoqué auparavant traceront le même cordon sanitaire autour de Marion Maréchal et interdiront toute alliance.

Maxime Tandonnet : Compte tenu de ce que je viens de vous dire, je ne le pense pas. Le problème dépasse la seule question de l'euro. C'est le principe même d'une alliance entre LR et le FN qui est inconcevable, aujourd'hui comme demain. Cela dépasse aussi la question des personnes. Le vrai sujet est de savoir comment LR peut espérer reprendre la direction du pays dans les années à venir, tenaillé entre LREM et le FN. Le temps joue en faveur de LR qui est la seule alternative crédible. Au fil des mois, dans une situation de plus en plus chaotique, privé de véritable assise politique, ayant tout misé sur l'image et la posture, le pouvoir LREM a de fortes chances de sombrer dans une impopularité sans aucun précédent historique, même lors du quinquennat Hollande. L'alternance qui n'a pas eu lieu en 2017 en raison de circonstances invraisemblables, pourrait se produire naturellement en 2022. Mais pour cela, il faut que LR évite les pièges qui l'ont si souvent conduit au désastre. LR doit se refuser à toute magouille politicienne surtout avec le FN, que l'immense majorité des Français ne supporterait pas. LR doit se focaliser sur le seul débat d'idées, autour des grands sujets de l'époque, la dette publique, l'écrasement fiscal du pays, la maîtrise effective de l'immigration, l'effondrement du niveau scolaire, la sécurité, la lutte contre le communautarisme, l'islamisme radical et le terrorisme, l'autorité de l'Etat. Pour espérer l'emporter, LR doit rejeter la tentation du culte de la personnalité –  drame de la France actuelle – l'obsession élyséenne et  la guerre des chefs. La ligne politique et le projet d'abord, et la candidat à l'ultime moment: le mieux placé évidemment. 

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