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L'euro, une bonne affaire ? Le match Suède (sans) / Finlande (avec)
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Grand Nord

L'euro, une bonne affaire ? Le match Suède (sans) / Finlande (avec)

Lors de son introduction, la Finlande optait pour l'euro alors que la Suède décidait de conserver sa couronne. Alors que l’euro suscite beaucoup de débats et de controverses dix ans après son introduction, la Finlande et la Suède nous offrent l’opportunité de comparer les avantages et les inconvénients de la monnaie unique.

Cyril Coulet

Cyril Coulet

Cyril Coulet est chercheur, spécialiste des pays scandinaves, et auteur de l'ouvrage "Les pays nordiques face à la crise" publié en 2010.

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Le premier janvier 2002 l’euro devenait la monnaie officielle de tous les pays membres de l’Union européenne … à l’exception de ceux qui faisaient le choix de se tenir à l’écart. Une nouvelle frontière est ainsi venue traverser le continent européen divisant notamment la péninsule scandinave puisque la Finlande a opté pour l’euro alors que la Suède a décidé de conserver sa couronne. La Suède s’est en effet abritée derrière des mesures techniques pour contourner l’obligation d’adhérer à l’euro. Elle a ainsi négligé de rendre sa banque centrale indépendante et s’est abstenue de participer au mécanisme de change européen. Elle se différencie en cela du Danemark qui a négocié son régime d’exemption de l’euro tout en participant au mécanisme de change européen.

Alors que l’euro suscite beaucoup de débats et de controverses dix ans après son introduction, la Finlande et la Suède nous offrent l’opportunité d’établir une comparaison sur les coûts et les bénéfices de la monnaie unique. Cette comparaison est d’autant plus riche d’enseignements que la structure des économies finlandaise et suédoise est proche. La Suède et la Finlande se situent en tête des pays européens en termes de revenu par habitants mesuré en standards de pouvoir d’achat[1]. Ainsi pour une base 100 correspondant à la moyenne de l’Union européenne en parité de pouvoir d’achat, la Suède est à 123 et la Finlande à 116 contre 107 pour la France. En outre, ces deux pays sont fortement insérés dans le commerce international avec une balance commerciale excédentaire. La taille de leur population domestique est en effet très réduite avec respectivement 9,1 et 5,3 millions d’habitants ; ce qui pousse leurs entreprises à chercher des débouchés à l’export.

Les exportations finlandaises reposent ainsi sur la construction mécanique, l’électronique et la filière du bois alors que les exportations suédoises proviennent de la filière du bois, la construction mécanique, la sidérurgie et les produits chimiques. La similitude entre la structure des deux économies est encore renforcée par l’émergence de sociétés dans les technologies de l’information et de communication. Les sociétés Nokia et Ericsson ont longtemps incarné la réussite de ces deux pays dans le secteur des téléphones portables alors que Skype ou MySQL témoignent de leur capacité d’innovation dans le secteur informatique.


 

Les économies finlandaise et suédoise ont connu une importante récession avec la contraction de l’économie mondiale en 2009. Toutefois, les deux pays ont renoué avec la croissance en 2010 ; ce qui leur permet de maintenir leur taux de chômage a un niveau modéré avec des perspectives de croissance soutenue à partir de 2013.

L’introduction de l’euro ne semble pas avoir eu d’incidence sur la compétitivité prix des exportations finlandaises par rapport aux exportations suédoises. Elle a en revanche permis à la Finlande de bénéficier de taux d’intérêt plus favorables pour ses obligations d’Etat à 10 ans que ceux qui étaient proposés à la Suède de janvier 2002 à janvier 2005. La situation s’est toutefois retournée à partir de février 2008. Le poids de la dette publique est en effet devenu le principal critère utilisé par les marchés pour déterminer le taux d’intérêt demandé pour les obligations d’Etat[2].

  

Il y a toutefois un paradoxe dans la situation économique suédoise. En effet, ce pays profite de son ancrage dans la périphérie de la zone euro pour voir la confiance dans sa monnaie augmenter. Le risque de défaillance systémique des banques suédoises est toutefois élevé en raison d’investissements parfois hasardeux réalisés dans les pays baltes. L’équilibre macroéconomique et financier de la Suède reste ainsi tributaire de celui de la zone euro.

Ainsi l’évaluation des coûts et des bénéfices de l’adhésion à la zone euro sont plus complexes à évaluer qu’il n’y paraît de prime abord. L’étude comparative de deux pays nordiques aux orientations différentes quant à l’euro tend à indiquer que l’effet stabilisateur attendu de la monnaie unique peut bénéficier à des pays périphériques qui adoptent un comportement de passager clandestin vertueux dans la gestion des finances publiques.



[1] INSEE

[2] V. Borgy, T. Laubach, J.-S. Mésonnier & J.-P. Renne, Fiscal sustainability, default risks and euro area sovereign bond spreads, Banque de France, working paper n°350, October 2011.

 

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