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L’effroyable coût social de la croissance faible de la zone euro
©JACQUES DEMARTHON / AFP

Reprise

L’effroyable coût social de la croissance faible de la zone euro

Les données de la Banque de la Réserve Fédérale de St. Louis montrent que les travailleurs pauvres et les minorités sont les derniers à bénéficier des phases de reprise économique.

François-Xavier Oliveau

François-Xavier Oliveau

Associé d'Initiative & Finance, François-Xavier Oliveau accompagne les entreprises dans leur transition écologique, à la fois en capital et sur le plan opérationnel. Il vient de publier La crise de l'abondance aux Editions de l'Observatoire. Il y interroge l'invraisemblable paradoxe d'une société plus riche que jamais mais traversée de crises majeures. Après avoir décrit le mécanisme d'innovation et de baisse permanente des prix qui nous donne accès à l'abondance, il propose des solutions concrètes pour maîtriser cette abondance. Son premier essai, Microcapitalisme (PUF, 2017, collection Génération Libre) a obtenu le prix du jury du comité Turgot. Il a enfin publié en avril 2019 une étude avec l'Institut Sapiens sur les impacts entre technologie, prix et monnaie, Pour la Création d'un dividende monétaire.

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Atlantico : Aux Etats-Unis, en période de récession, les travailleurs avec le moins de diplômes sont ceux qui sont le plus désavantagés et les premiers licenciés, tout comme ils sont les derniers à être embauchés. Comment expliquez-vous cette tendance en cas de croissance faible ? Cette tendance est-elle aussi observable dans la zone euro et en France ? 

François-Xavier Oliveau : L’écart d’emploi entre les populations diplômées et non-diplômées passe en effet de 5% en temps normal à 10% en période de crise aux Etats-Unis. Il y a plusieurs explications avancées, la plus plausible me semble être qu’il est plus difficile et coûteux de remplacer de la main d’œuvre qualifiée, et inversement plus simple de variabiliser les coûts par de l’intérim ou des contrats courts sur du personnel moins qualifié. La flexibilité du travail américain tend à accentuer les variations du chômage en cas de récession. En Europe, les systèmes sociaux tendent à jouer le rôle d’amortisseur, avec en contrepartie une reprise de l’emploi plus lente. Le cas de la France est particulier. Le chômage en France est très concentré sur les bas salaires et les personnes peu qualifiées, y compris en période de croissance. Les personnes qualifiées sont à peu de chose près au plein emploi, tandis que le taux de chômage au niveau du SMIC varie entre 10 et 15%. Les causes sont en France plutôt à chercher du côté d’un salaire minimum très élevé par rapport au revenu médian. Sylvain Catherine, David Thesmar et Augustin Landier ont estimé que ce niveau élevé causait la perte de plusieurs millions d’emploi en France, notamment dans les services à la personne, l’hôtellerie et la restauration. L’autre problème en France est l’écart entre les besoins des entreprises et les formations proposées aux personnes peu qualifiées.A ce titre, le chantier entamé sur la formation professionnelle est essentiel.

L'étude de Bloomberg explique que le facteur ethnique joue aussi sur la capacité d'une minorité à profiter d'une croissance faible, plutôt en défaveur de celle-ci. Est-ce aussi le cas en Europe et en France ? En creux, la croissance lorsqu'elle est faible n'exagère-t-elle pas des inégalités pré-existantes ?

Difficile à dire, y compris dans le cas américain, car les minorités ethniques sont aussi moins bien formées en moyenne, et il y a donc une corrélation qui rend l’interprétation difficile : les personnes pénalisées en cas de croissance faible le sont-elles parce qu’elles sont mal formées ou parce qu’elles font partie d’une minorité ethnique ? En France, les discriminations envers les « minorités visibles » est établi, que ce soit en période de croissance forte ou faible. L’idée est de lutter contre ces inégalités indépendamment du cycle économique. L’éducation a ici un rôle primordial. Mais les classements internationaux, et notamment PISA, montrent que les résultats du système éducatif français sont médiocre et accentuent le déterminisme social. Le système français extrêmement centralisé a atteint de toute évidence depuis longtemps ses limites, et devrait être très largement décentralisé et libéralisé en s’inspirant de ce qui marche bien ailleurs.

Pour que ces travailleurs défavorisés profitent de la croissance, celle-ci devrait donc être durable ?

En théorie oui, mais l’économie est ainsi faite qu’elle alterne des cycles de croissance et de récessions. Donc compter stabiliser la croissance à l’infini n’a pas grand sens. Dans un contexte toujours plus incertain, il me paraît bien plus pertinent de renforcer la sécurité économique des plus précaires quelle que soit la conjoncture économique. Dans mon livre Microcapitalisme, j’ai proposé une refonte complète de notre système social autour de la personne et non du statut. L’idée est de simplifier largement notre système économique, de sécuriser un revenu minimum quelle que soit la situation, et d’inciter au retour à l’emploi. Actuellement, une personne au RSA qui reprend un travail au SMIC va typiquement perdre 80% de ce qu’elle gagne en impôt ou perte d’aides, et cela peut parfois être plus. Certains découvrent après avoir repris une activité que leurs revenus ont diminué. C’est une désincitation profonde à la reprise d’emploi, et une insécurité juridique majeure. Notre système social est devenu une usine à gaz ingérable et inhumaine pour les plus précaires, nous devons le refonder entièrement.

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