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Des migrants escaladent une digue dans la ville du nord après avoir tenté de traverser la frontière entre le Maroc et l'enclave nord-africaine espagnole de Ceuta le 19 mai 2021.
Des migrants escaladent une digue dans la ville du nord après avoir tenté de traverser la frontière entre le Maroc et l'enclave nord-africaine espagnole de Ceuta le 19 mai 2021.
©FADEL SENNA / AFP

Immigration

L'arme migratoire, un chantage entre Etats

Ceuta, Melilla, les Canaries, Lampedusa, Bari, Kastanies, Mayotte, Europe de l'Est... l'effet de bélier de l'immigration clandestine.

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu est écrivain, conférencier, ingénieur, expert en Management et Directeur général et fondateur du thinktank GRES : Groupe de Réflexions sur les Enjeux Sociétaux.Perpetuel voyageur professionnel, il a parcouru la planète avant de devenir entrepreneur au Qatar où il a été injustement emprisonné près de 6 ans, sans procès. Il a publié plusieurs romans et témoignages dont : Le Châtiment des Elites, Qaptif, InQarcéré, Même à terre, restez debout ! Aujourd'hui conférencier et analyste societal, il met son expérience géopolitique au service d'une approche libérale-souverainiste de la démocratie.

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« La morale et la politique sont deux choses différentes, l'une et l'autre nécessaires, mais qu'on ne saurait confondre sans compromettre ce qu'elles ont chacune d'essentiel. »

André Comte-Sponville

Les ONG en sous-main subventionnées par des intérêts politiques ou mafieux instrumentalisent les droits de l’Homme. Les migrants sont devenus une arme massive de perforation des frontières européennes tant physiques qu’idéologiques.

Ces dernières semaines, une marée humaine a déferlé sur Ceuta.  8000 migrants, sont parvenus à atteindre l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc voisin. Dans le même temps, à Lampedusa ce sont plus de 2000 migrants qui ont touché les rives italiennes. À Kastanies, les douaniers grecs tentent de contenir des milliers de migrants poussés par Erdogan qui s’écoulent en flot continu comme du sable au travers des grillages. Aux frontières de l’Europe de l’Est, plus personne ne filtre.

La police et les garde-côtes marocains ont détourné le regard sur instructions de leur gouvernement. Le Maroc qui officiellement collabore officiellement avec l’Espagne concernant le filtre migratoire dans les enclaves de Ceuta et Melilla a ouvert les vannes à migrants. Une façon pour le roi du Maroc de prendre un ascendant diplomatique dans le conflit avec l’Espagne concernant le Sahara occidental. Il s’agit d’un avertissement aussi bien qu’une punition infligée à Pedro Sanchez quand l’Espagne a accepté l’hébergement médical du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali.

Levier politique, les migrants constituent également une manne financière pour les associations pour l’asile des migrants en Europe. En 2021 le fonds européen va distribuer 9 milliards d’euros à près de 1500 associations.

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Les migrants sont désormais à la fois une arme de guerre pour les dictatures contre les démocraties empêtrées dans un canevas juridique et éthique inextricable et un enjeu financier pour les trafiquants marchands de misères. Les fonds européens pour l’asile et la migration en 2021 frôlent les 9 milliards d’euros que vont se partager près de 1500 associations. Le rôle de ces ONG reste trouble, une grande partie d’entre elles sont régulièrement accusées de collusion avec les passeurs ou avec des intérêts politiques.

À la frontière entre la Grèce de la Turquie, ce sont plus de 900 000 migrants qu’Erdogan a lancés sur les barbelés qui délimitent l’accès à l’Europe. Erdogan comme aux plus grandes heures de l’Empire ottoman use du chantage aux migrants pour obtenir l’adhésion de l'Union européenne à ses projets expansionnistes.

Les frontières européennes de l’espace Schengen éventrées par les coups de boutoir migratoire sont laminées de l’intérieur par la législation mondialisation progressiste. L’Europe est en état de siège.

Les digues libyennes et tunisiennes ont lâché il y a une dizaine d’années entraînant la destitution des dictateurs Kadafi et Ben Ali. En soutenant les printemps arabes, l’occident qui les maintenait en place a scié la branche sur laquelle se tenait la défense du territoire civilisationnel. Dix ans plus tard, sous la tenaille turco-marocaine et la diversion du Hamas à Gaza, le front Sud de l’Union Européenne est sur le point de céder.

L’Italie, l’Espagne et la Grèce sont certainement les pays plus affectés par l’immigration clandestine. À l’intérieur de leurs frontières, les réseaux mafieux liés aux trafics de stupéfiants possèdent la logistique pour infiltrer et disséminer dans toute l’Europe de véritables bombes culturelles à retardement.

Il en est de même sur le front de l'Est où Vladimir Poutine joue la carte migratoire en repoussant les réfugiés tchétchènes vers l’ouest et après avoir par des bombardements incessants augmenté la masse de réfugiés syriens. Confiant en la solidité de ses frontières Poutine utilise sa position de garde-frontières pour punir l'Europe des sanctions économiques consécutives à l'annexion de la Crimée et maintenir sa politique en Ukraine.

La guerre des civilisations revêt un faux-nez humaniste utilisant les droits de l’homme comme cheval de Troie. Les flots de réfugiés ne sont pas la conséquence d’une guerre, mais l’un de ses objectifs.

Les migrations les plus dramatiques sont provoquées par les conflits armés ainsi que par des politiques gouvernementales d’épuration ethnique. Le choc migratoire n’est pas une conséquence, mais bel et bien un objectif.

Aux réfugiés de guerre viennent s’ajouter les réfugiés climatiques, politiques, sanitaires, économiques. C’est un tsunami humain qui menace de balayer la civilisation occidentale. Tous ces migrants ont un point commun entre eux outre leur détresse, leur désespoir et leur grande précarité c’est la religion. Plus de 90% de cette marée humaine est musulmane. Depuis 2017, les principaux pays d’origine des migrants sont le Nigeria, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Bangladesh, la Syrie, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc.

La disparité culturelle entre la veille Europe et ces populations majoritairement sous-éduquées interdit toute forme d’intégration et moins encore d’assimilation au mode de vie occidental. Car c’est le nombre qui fait les mœurs et ce sont les mœurs qui font les lois.

 La population européenne forte de 764 millions d’individus va inexorablement se diluer au cours de ce siècle. En 2021, la proportion de migrants en Europe était de l’ordre de 90 millions, soit 11%. Annuellement, c’est près de 3 millions de nouveaux arrivants qui franchissent les frontières, ce chiffre est en progression exponentielle. Si on prend en compte le choc démographique arabo-africain dans les 50 années à venir et le déclin de la natalité des natifs européens, à l’aube du 22e siècle, l’Europe sera majoritairement islamisée et africanisée.

Le chantage à la compassion européenne

Déjà en 2015, l’État islamique menaçait d’envoyer 500.000 migrants libyens en Italie en cas d’intervention militaire en Lybie. La technique consiste à instrumentaliser la précarité des migrants et miser sur l’esprit compassionnel de l’Europe. Depuis L’État islamique a pris pied en Afrique de l’Ouest, Mozambique, Somalie, Kenya et dans le Sahel trouvant dans ces territoires un réservoir de migrants inépuisable.

 La compassion, réelle ou feinte, des gouvernements européens, accélère le trafic des groupes mafieux de passeurs qui envoient en Méditerranée des bateaux dangereux, surchargés de migrants, puis abandonnés en mer avant d’appeler les garde-côtes qui sont ainsi tenus à les accueillir sur le sol italien.

Pour lutter contre l'instrumentalisation de l’émotion, le Royaume-Uni refuse depuis 2014 de financer ces opérations de sauvetage jugées.  En Australie, ce type d’utilisation mafieuse et terroriste de la misère a été mise en échec par la séparation de l’action humanitaire et de l’accueil sur son sol.

En Europe, on préfère opter pour une posture fanfaronne et à des déclarations de forts à bras prétendant ne jamais négocier ou céder au chantage d’États voyous, ce qui en réalité est un aveu de totale impuissance.

Il ne fait aucun doute que le partage des richesses, de l’éducation, des progrès scientifiques et technologiques sur la planète est la seule digue humanitaire aux vagues migratoires, quels qu’en soient les moteurs.

« Aucune civilisation n'est détruite du dehors sans s'être tout d'abord ruinée elle-même, aucun empire n'est conquis de l'extérieur qu'il ne se soit préalablement suicidé ». René Grousset, historien

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