L'appel du pied de Sarkozy à Macron | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
L'appel du pied de Sarkozy à Macron
©Reuters

Qui déstabilise qui ?

L'appel du pied de Sarkozy à Macron

Ce jeudi 28 janvier, Nicolas Sarkozy était invité sur le plateau de C à vous pour faire la promotion de son ouvrage. Il a eu des mots plutôt élogieux à l'égard d'Emmanuel Macron. Par le passé, il avait également invité le ministre de l'Economie à rejoindre les rangs des Républicains. Des attentions probablement pas dénuées d'intentions.

Atlantico : Ce jeudi 28 janvier, Nicolas Sarkozy était invité sur le plateau de C à vous pour faire la promotion de son ouvrage. A l'attention d'Emmanuel Macron, il a eu quelques mots plutôt élogieux, estimant que "Beaucoup de ce que dit Emmanuel Macron est intéressant et justifié." Par le passé, il avait également invité le ministre de l'Economie à rejoindre les rangs des Républicains. En quoi ces diverses déclarations de Nicolas Sarkozy sont un bon, ou un mauvais calcul de la part de l'ancien chef de l'Etat ?

Maxime Tandonnet : Les propos de Nicolas Sarkozy sont sincères. En effet, les positions prises par Emmanuel Macron sur les 35 heures, sur la fonction publique, sur l'entreprise ou la libéralisation de l'économie rejoignent les positions de l'ancien chef de l'Etat. On ne voit pas bien comment ce dernier pourrait ne pas être en adéquation avec les déclarations du ministre de l'Economie sur ces sujets. Quant à la dimension politique de ces éloges, ils expriment une volonté de l'ex-président de la République de transcender les clivages et de se donner une image d'union nationale dont il ne souhaite pas laisser le monopole à son concurrent probable aux primaires de la droite et du centre, Alain Juppé. Mais en même temps, il atténue son profil clivant qui plaît à une partie de ses soutiens. L'équation est complexe. En même temps, il est difficile d'envisager une élection présidentielle sans passer par l'appel à l'unité. Souvenons nous de son discours de janvier 2007 ou M. Sarkozy invoquait Jean Jaurès et Léon Blum puis de sa politique "d'ouverture".

Une telle approche permet-elle à Nicolas Sarkozy de souligner la contradiction de l'approche d'Emmanuel Macron par rapport à la ligne traditionnelle du PS ? Est ce un moyen d'isoler encore un peu plus le ministre de l'économie vis à vis des membres du Parti socialiste ?

Franchement, je n'en sais rien... Comment connaître, voire deviner ses intentions profondes? A priori, l'intérêt d'isoler davantage M. Macron ne paraît pas évident. Au contraire, l'ex-chef de l'Etat n'a pas forcément avantage à renforcer l'isolement du ministre de l'Economie à gauche au point d'en faire un nouveau héros de la droite. Je ne suis pas certain que l'idée de diviser et d'affaiblir davantage le parti socialiste qu'il ne l'est aujourd'hui soit une priorité pour Nicolas Sarkozy. Sa préoccupation fondamentale concerne son image dans l'opinion publique. Contrairement à la plupart des commentateurs, je suis certain qu'il ne bluffait pas en affirmant qu'il ne se présenterait à la présidentielle que s'il y voyait un "intérêt". Il me semble que sa candidature dépend d'un frémissement en sa faveur dans l'opinion. Je ne le vois pas bien aller aux primaires puis à la présidentielle, au risque d'une défaite humiliante, s'il n'est pas porté d'ici là par un courant favorable. Sa priorité du moment est là.

Inversement, alors que Nicolas Sarkozy a, de façon récurrente, voulu incarner le rôle d'un homme politique hors système, le profil d'Emmanuel Macron n'est il pas en cela très éloigné de lui, au moins aux yeux de l'opinion ? 

Leurs deux parcours sont très différents, la politique pour l'un, l'ena et la banque pour l'autre. Cependant, ils ont des ressemblances. M. Sarkozy, ministre de l'Intérieur et de l'Economie, s'est montré adepte d'une méthode politique qui privilégie les formules choc destinées à frapper l'opinion, quitte à déplaire à la classe dirigeante et aux médias, voire même à se désolidadriser du gouvernement. Ce côté transgressif se retrouve chez M. Macron. En revanche, ils se séparent sur leurs centres d'intérêt. M. Sarkozy a construit son image sur les sujets régaliens, sécurité, immigration, qui sont eu coeur des préoccupation des Français. M Macron ne semble pas passionné par ces enjeux. Au-delà de la ressemblance de méthode, ils incarnent deux profils politiques bien distincts. L'ex-président joue sur une fibre populaire et le ministre de l'Economie plus élitiste.

De façon plus lointaine, quels sont été les effets des différentes expériences de Nicolas Sarkozy en termes de "prises de guerre" de personnalités de gauche ?

Les effets sont contrastés. Il est difficile de reprocher à l'ancien président d'avoir voulu marquer sa volonté unitaire, dans la ligne de sa campagne. Cependant la politique "d'ouverture" a été ressentie comme ambigüe, destinée à déstabiliser l'opposition. Le débauchage, entre les deux tours, de proches de son adversaire socialiste a pu donner une image de manoeuvre politicienne. En outre, elle n'a pas été comprise par une grande partie de sa majorité qui y a vu le signe d'un reniement de ses engagements de campagne sur la sécurité, l'immigration, la réhabilitation du travail contre l'assistanat. Certains de ses électeurs de 2007 ne lui ont pas pardonné et le lui ont fait payer en 2012. Cette politique d'ouverture ne lui a valu aucune grâce à gauche, bien au contraire, et l'a privé d'une bonne partie de ses soutiens à droite. S'il était élu en 2017, M. Sarkozy s'y prendrait sans doute autrement en fondant une politique d'unité nationale sur un contrat d'objectifs clair. Et pour cela, il est vraisemblable que dans son esprit M. Macron, dans la lignée de ses dernières déclarations, pourrait être un atout éventuel.  

Le sujet vous intéresse ?

À Lire Aussi

"La gauche, tu vois ce que ça veut dire, Macron?" : ce que révèle l’étrange procès en gauchologie de Valls au locataire de BercyQuand les milieux d’affaires fantasment sur un Valls rabiboché avec Macron pour contrer François HollandeNicolas Sarkozy sur France 5 : "Ceux qui font des choses prennent le risque d'échouer"

Mots-Clés

Thématiques

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !