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Notre société se méfie autant de ceux qui ont de l’ambition que de ceux qui paraissent en manquer.
Notre société se méfie autant de ceux qui ont de l’ambition que de ceux qui paraissent en manquer.
©Reuters

Bonnes feuilles

L'ambition féminine, un phénomène tout récent

Notre société se méfie autant de ceux qui ont de l’ambition que de ceux qui paraissent en manquer. Paradoxe ? Apparemment. C’est que le mot "ambition" se limite souvent à la seule notion de réussite sociale. Pourtant, l’ambition ne la résume pas, même si elle ne se l’interdit pas. En réalité, l’ambivalence du terme traduit surtout nos mouvements psychiques inconscients, une crainte profonde d’aller vers son ambition, comme l’entendent Sophie Cadalen et Bernadette Costa-Prades dans leur livre "La belle ambition" aux éditons JC Lattès.

Pendant des siècles, les femmes n’étaient pas censées avoir de l’ambition, si ce n’est celle de faire un bon mariage et devenir une mère vertueuse, qui fait son devoir. Même la frondeuse George Sand, qui concoctait les discours de Lamartine lors de la Révolution de 1848, refusa d’entrer en politique sous prétexte que, bien que les femmes soient aptes à tout, elles étaient d’abord mères. Plus près de nous, nos arrière-grands-mères n’auraient même pas imaginé pouvoir diriger des hommes. Bien sûr, de l’eau a coulé sous les ponts depuis, et les femmes sont de plus en plus nombreuses à briguer des postes de pouvoir. Mais si la légitimité d’une certaine ambition féminine commence à être admise, l’égalité est loin d’être acquise, tant nous restons conditionnés par les anciens schémas.

Dans le monde du travail, le machisme bat son plein et les inégalités sont flagrantes. Les femmes se débattent dans de nombreuses contradictions, dont elles ne sont pas les seules responsables. Ainsi, si elles se sentent coupables de poursuivre leur ambition – un sentiment qui n’étouffe pas leur compagnon –, c’est que souvent l’éducation et l’organisation de la maison reposent encore sur leurs épaules, tâches dont les hommes se déchargent volontiers sur elles. Au-delà du discours l’encourageant à briguer sa liberté, des préjugés freinent son émancipation. La femme, même aujourd’hui, est censée trouver d’abord, et peut-être avant tout, le bon compagnon qui lui donnera des enfants. Affiche-t-elle une belle réussite professionnelle ? Elle craint de faire peur aux hommes : restera-t-elle séduisante, et aimable, en poursuivant une ambition qui leur est traditionnellement réservée ?

Entre ce qui est dit haut et fort, ce qui se fait en réalité, et ce qui est intimement ressenti, les écarts sont immenses. Une femme peut avoir l’opportunité de travailler comme ingénieur sur une plate-forme pétrolière, le vouloir, mais si elle est encombrée par des injonctions inconscientes – ce n’est pas la place d’une femme, par exemple – elle refusera sous de faux prétextes, ou acceptera le poste au mépris de son ressenti, quitte à ce que son ambivalence se manifeste par une somatisation ou un accident du travail. Il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir, ni de pouvoir pour l’assumer, car l’inconscient mène souvent la danse. Malgré tout – et heureusement – c’est un fait indéniable, les femmes suivent désormais plus volontiers leur ambition. Il n’y a pas si longtemps encore, elles se contentaient d’être meilleures que les garçons jusqu’au bac, pour ensuite s’engager dans des filières courtes, rencontrer souvent un copain en chemin et s’arrêter pour faire des enfants. C’est de moins en moins le cas aujourd’hui, elles sont même plus nombreuses que les garçons en médecine, présentes dans les filières scientifiques où elles font une sérieuse concurrence aux hommes qui commencent à s’en inquiéter. Les femmes vont-elles briguer tous les pouvoirs ?

Extraits de "La belle ambition" de Sophie Cadalen, Bernadette Costa-Prades pubié aux Editions JC Lattès. Pour acheter ce livre, cliquez ici. 

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