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L’Allemagne a lancé sa super année électorale ce dimanche. Et personne ne sait ce qui suivra le départ de Merkel
©John MACDOUGALL / AFP

Monde d'après

L’Allemagne a lancé sa super année électorale ce dimanche. Et personne ne sait ce qui suivra le départ de Merkel

Après 16 ans de pouvoir de Merkel, l'Allemagne va connaître de nouvelles élections et nouvelles interrogations.

Jérôme Vaillant

Jérôme Vaillant

Jérôme Vaillant est professeur émérite de civilisation allemande à l'Université de Lille et directeur de la revue Allemagne d'aujourdhuiIl a récemment publié avec Hans Stark "Les relations franco-allemandes: vers un nouveau traité de l'Elysée" dans le numéro 226 de la revue Allemagne d'aujourd'hui, (Octobre-décembre 2018), pp. 3-110.
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Atlantico.fr : A quelques mois des élections fédérales, les élections de ce dimanche dans le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat ont valeur de symbole. Ces élections ont lancé ce dimanche le top départ d'une année électorale extrêmement riche en Allemagne, avec six renouvellements de gouvernements régionaux que viendront couronner les élections fédérales le 26 septembre. Les résultats de ces deux premiers scrutins de dimanche servent-ils de test pour les partis, en particulier pour la CDU ? Que représente cette année électorale particulière pour l’Allemagne ?  Comment expliquer le climat indécis et le contexte d’incertitudes qui règnent en Allemagne sur le plan politique après les seize années d’Angela Merkel ?

Jérôme Vaillant : Au vu des pronostics, au soir des scrutins,  il se dégage quelques tendances générales : Les chrétiens-démocrates  réalisent leurs moins bons résultats, ils perdent environ 4 points en Bade-Wurtemberg par rapport aux précédentes élections régionales et près de 6 points en Rhénanie-Palatinat. Les Verts engrangent par contre leur meilleur résultat en Bade-Wurtemberg où ils dirigent la coalition sortante avec les chrétiens-démocrates, mais leurs gains sont minimes : ce qui importe pour eux, c’est qu’ils confortent dans ce Land leur position de premier parti et ce qui est plus intéressant encore, c’est qu’ils ont en Bade-Wurtemberg le choix de poursuivre la coalition avec la CDU ou de faire alliance avec les sociaux-démocrates et les libéraux pour constituer ce qu’on appelle en Allemagne une coalition « tricolore » (vert-orange-rouge). En Rhénanie-Palatinat, les Verts doublent leur score mais pour atteindre un résultat inférieur à 10% des voix.  Les libéraux progressent dans les deux Länder, leur progression est surtout sensible (environ + 3 points) en Bade-Wurtemberg qui longtemps a passé pour être le berceau du libéralisme ouest-allemand. L’AfD d’extrême droite perd entre 2 et 3 points dans les deux Länder, chute particulièrement significative en Bade-Wurtemberg pour une des têtes de file du parti, Alice Weidel, présidente régionale du parti qui, en 2017, avait conduit la campagne du parti aux élections fédérales et est depuis co-présidente du groupe parlementaire AfD au Bundestag.

Les mauvais résultats de la CDU sont, tous les commentateurs sont d’accord sur ce point, à mettre au compte de la gestion cahoteuse de la campagne de vaccination du gouvernement fédéral et aux affaires de corruption dans ce qu’on appelle « l’affaire des masques », des députés s’étant fait payer leurs « bons services » lors de commandes de masque.

Il faut cependant tenir compte de la situation particulière aux deux Länder. Depuis 2011, le Bade-Wurtemberg est dirigé par un ministre-président vert, Winfried Kretschmann, réélu en 2016, celui-ci, le premier et seul chef de gouvernement régional vert en Allemagne, a fait bénéficier son parti du bonus que constitue sa cote de popularité. En Rhénanie-Palatinat, c’est la pugnacité de la ministre-présidente sortante SPD, Malu Dreyer, qui a permis au SPD de confirmer sa position de premier parti et son leadership à la tête de la coalition tricolore « tricolore » menée par le SPD et soutenue par les Verts et les libéraux. Ces élections régionales consacrent en premier lieu les partis au pouvoir. Mais elles ouvrent également la perspective de coalitions alternatives susceptibles de gouverner. C’est pourquoi le secrétaire général du SPD, Lars Klingbeil, a vu dans le maintien de la coalition « tricolore » en Rhénanie-Palatinat mais surtout dans la possibilité d’initier également en Bade-Wurtemberg une coalition « tricolore », à vrai dire, elle dirigée par les Verts, une option crédible pour se passer des chrétiens-démocrates pour gouverner l’Allemagne.

Il faut pourtant rappeler dans ce contexte électoral que depuis des mois les instituts de sondage ne relèvent pas d’indices notables qui permettent d’envisager qu’une coalition « tricolore » obtienne aux élections fédérales du 26 septembre prochain une majorité au Bundestag. Verts+SPD+FDP rassemble au mieux 42% des intentions de vote alors qu’une coalition CDU-CSU+ Verts passe aisément la barre des 50%.

Pourtant, aucun parti ne tient à s’engager pour les élections fédérales sur un choix stratégique d’alliance pour former un gouvernement. Tous insistent sur ce que les négociations entre partis démocratiques leur permettront de réaliser au mieux de leur programme. Cette ouverture des alliances est le résultat des fluctuations de l’électorat allemand et des expériences faites ces dernières années dans les Länder où les partis se combinent entre eux pour en assurer le gouvernement. Seul exclu de ce jeu d’alliance, l’Afd. 

 


Atlantico.fr : Une autre grande question en Allemagne est de savoir qui sera le porte-étendard conservateur pour succéder à Angela Merkel ? Le chef du parti CDU Armin Laschet (qui va devoir convaincre les siens qu'il est le meilleur choix pour briguer la succession d'Angela Merkel) ou Markus Söder, chef de la CSU bavaroise sont pressentis. Une décision devrait être prise en mai… Comment expliquer que "l'héritage" et la succession d'Angela Merkel soient aussi indécis ?

Jérôme Vaillant : Armin Laschet, élu président de la CDU au début de l’année 2021, après une série d’épreuves éliminatoires qui lui ont permis de l’emporter sur Friedrich Merz et Norbert Röttgen pour succéder à présidente malheureuse Annette Kramp-Karrenbauer,  et Markus Söder, président  de la CSU bavaroise depuis janvier 2019 après avoir succédé à Horst Seehofer à la tête du gouvernement bavarois, se sont mis d’accord pour décider ensemble qui de l’un ou de l’autre, conduira la campagne électorale des chrétiens-démocrates. Ils se rencontreront à cet effet entre Pâques et la Pentecôte. Le fait que Markus Söder soit considéré dans les sondages comme le candidat préféré des chrétiens-démocrates le plus à même de gagner les élections fédérales alors qu’Armin Laschet  aune cote d’amour nettement moins élevée ne sera sans doute pas décisif. A. Laschet représente un parti de 400.000 adhérents contre 140.000 à la CSU bavaroise et il en veut alors que M. Söder laisse planer le doute sur la question de sa candidature et cherche sans doute plus à négocier avec la CDU des avantages politiques pour la CSU. Par ailleurs, les fluctuations de la crise sanitaire ont montré que la réputation d’un homme politique pouvait très vite chuter : Markus Söder s’est ainsi affiché comme le gouvernant déterminé, favorable au maintien d’une politique sévère de restrictions et a établi sur ces bases sa popularité dans les premières phases de la crise sanitaire. Avec sa politique d’ouverture le bonhomme Armin Laschet est en train d’acquérir la qualité d’une plus grande humanité, d’un homme qui comprend les soucis du plus grand nombre en période de confinement. Et cela pourrait lui être favorable aujourd’hui. Il reste que ce qui sera décisif, ce sera la détermination de la CDU de défendre son candidat contre la CSU et de ne pas lui abandonner son droit de préemption. On connaitra l’issue de la bagarre courant mai.


Atlantico.fr : Le jeu des coalitions et l’alliance avec les Verts pour le parti d’Angela Merkel pourront-ils tenir dans les futures échéances électorales ? Les difficultés de ces derniers mois et l’impact de la gestion de la crise sanitaire (avec le récent scandale des masques) ne vont-ils pas faire vaciller l’échiquier politique allemand et les règles établies entre les partis, rajoutant ainsi une certaine opacité et instillant du doute et une grande part d’inconnu pour les échéances électorales à venir ?  

Jérôme Vaillant : L’échiquier politique allemand évolue fortement depuis une dizaine d’années et pas seulement en raison du départ de la scène politique de la chancelière, après 16 ans d’exercice du pouvoir. La décision revient d’abord aux électeurs allemands dont les votes décident finalement des coalitions possibles pour diriger le pays et seulement dans un deuxième temps des décisions des états-majors des partis en fonction de leurs plus ou moins grandes affinités. En 2017, le SPD s’est quasiment vu contraint de reconduire la grande coalition qu’il avait tout d’abord voulu quitter pour se régénérer dans l’opposition. C’est le refus du FDP de faire aboutir une coalition les associant aux Verts et aux chrétiens-démocrates qui a ramené le SPD au gouvernement. Cette coalition dite aux couleurs de la Jamaïque en raison de sa combinaison de couleurs noir-vert-jaune aurait représenté une expérience politique innovante sous la conduite d’Angela Merkel qui s’est trouvée ainsi ballotée par l’histoire. Aujourd’hui, les partis sont ouverts aux combinaisons qui leur seront politiquement les plus profitables avec la restriction déj énoncée précédemment : aucun parti ne pactisera avec l’AfD et, en outre, la CDU-CSU ne pactisera pas avec Die Linke. La combinaison la plus probable n’est pas celle que les partis prétendent préférer (la CDU/CSU avec le FDP, le SPD avec les Verts) faute de remporter la majorité au Bundestag le 26 septembre prochain. Toute nouvelle coalition, y compris la combinaison CDU-CSU+ Verts, comporte ses difficultés inhérentes à leurs programmes en matière sociale ou de politique étrangère. C’est pourquoi chaque parti fait bien entendre aux autres, en cette période préélectorale, ce qu’il attend des autres.

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