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Emmanuel Macron alors qu'il s'adresse à la presse lors de la deuxième journée du sommet de l'Union européenne au siège de l'UE, à Bruxelles, le 25 mars 2022.
Emmanuel Macron alors qu'il s'adresse à la presse lors de la deuxième journée du sommet de l'Union européenne au siège de l'UE, à Bruxelles, le 25 mars 2022.
©LUDOVIC MARIN / AFP

Contradiction ?

L’alchimiste : Emmanuel Macron, le président devenu le candidat de la droite avec les idées de la gauche

En tous cas si on s’en fie à ce que sont la plupart des grands partis de gauche de gouvernement dans les autres démocraties occidentales…

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et auteur de nombreux ouvrages historiques, dont Histoire des présidents de la République Perrin 2013, et  André Tardieu, l'Incompris, Perrin 2019. 

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Atlantico : Aujourd’hui, malgré une baisse dans les sondages, le candidat Macron reste le favori de l’élection présidentielle. Et si son élection ne fait pas l’ombre d’un doute pour les électeurs, son profil reste pourtant parfois nébuleux car il est aujourd’hui le candidat de la droite avec des idées issues de la social-démocratie. Comment cela se matérialise dans la perception du candidat par les électeurs ainsi que sur le profil électoral de ses soutiens si l’on en croit les sondages ?  

Jean Petaux : Je ne dirai pas que l’élection d’Emmanuel Macon « ne fait pas l’ombre d’un doute pour les électeurs ». Pour les siens peut-être et même probablement (encore qu’il n’y a pas pire erreur de stratégie politique que celle de croire que « son champion » va gagner  « à tous les coups » ») mais tous les électeurs ne sont pas sur cette ligne et une large majorité d’entre eux (entre 70 et 75%) espèrent bien qu’il va être battu… En tous les cas, ceux-là ne voteront pas pour lui au premier tour. Si cela peut « consoler » Emmanuel Macron, le 21 avril 2002, ils étaient plus de 80% des électeurs à n’avoir pas voté pour Jacques Chirac au premier tour, alors que celui-ci était Président sortant, lui aussi, mais surtout après cinq années de « cohabitation » qui l’avait en quelque sorte « regonflé »… On peut même imaginer qu’avec un tel niveau d’adhésion au premier tour de 2002, si Chirac n’avait pas refait une partie de son capital électoral grâce à la cohabitation, il pouvait fort bien se retrouver dans la situation de son « cousin Corrézien », François Hollande, quinze années plus tard : autrement dit être dans l’incapacité-même de se représenter…

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Emmanuel Macron continue, même si ses plus récentes propositions programmatiques pour un second mandat semblent plus « étiquetées » de droite ou d’inspiration libérale, à vouloir « être et de droite et de gauche » et non pas « ni de droite ni de gauche ». Ce que nous disent les sondages, dans leur diversité, c’est qu’Emmanuel Macron, de tous les candidats, est celui qui bénéficie du plus haut socle électoral et depuis plusieurs mois. Il fait non seulement la course en tête (avec des oscillations, vous avez raison de les noter, dues, entre autres à la crise sanitaire mais surtout à « l’effet drapeau » produit par la situation en Ukraine et l’agression russe,  flag effect  qui se rétracte désormais) mais la proportion, parmi celles et ceux qui disent vouloir voter pour lui, d’électeurs interrogés qui se déclarent « sûrs et certains » de leur vote est la plus élevée, largement au-dessus de ce que l’on enregistre chez les sympathisants d’Eric Zemmour ou  de Marine Le Pen. Parmi les électeurs potentiels d’Emmanuel Macron on retrouve non seulement une part de son électorat de 2017 (dans une proportion très importante pour un « sortant » qui, traditionnellement, engendré un nombre de « déçus » significatif) mais aussi une fraction significative de l’électorat socialiste qui semble avoir, définitivement, « viré sa cuti » social-démocrate et a décidé de quitter le PS en se détournant d’Anne Hidalgo, la candidate « officielle ». Quant au profil électoral des votants Macron, il est typique de l’électorat LREM : cadres moyens et supérieurs, professions libérales, chefs d’entreprises avec une proportion plus importante de personnes âgées de plus de 65 ans. Ce qui tombe bien pour Macron puisque contrairement aux plus jeunes (entre 18 et 25 ans ou entre 26 et 35 ans) ces « seniors » (à moins qu’il ne s’agissent des fameux « boomers ») votent et votent massivement. Quand les tranches les plus jeunes s’abstiennent bien davantage.

Maxime Tandonnet : Le macronisme est un impressionnant pot-pourri idéologique où toutes les familles politiques peuvent se retrouver. Il est de droite libérale en raison de son rapport décomplexé à l’argent : suppression de l’ISF, recours massif à des cabinets de conseil et démantèlement des grands corps de l’Etat. Mais il est socialiste sur d’autres aspects : hausse des migrations, thème du « sentiment d’insécurité », libéralisme sociétal avec la PMA sans père remboursée, politique de nivellement par le bas en matière éducative (suppression des séries, neutralisation du bac).  Il donne des gages aux centristes sur le thème de « la souveraineté européenne ». Il s’adresse à la gauche radicale en prônant la repentance sur la colonisation (qualifiée de « crime contre l’humanité ») ou en voulant « déconstruire » l’histoire de France. Mais il s’adresse aussi à la droite dite « réactionnaire » par l’effacement du Parlement ou la négation des libertés individuelles lors de la crise sanitaire. 

Si l’on analyse idéologiquement les grands partis de gauche européens et qu’on les compare avec le positionnement d’Emmanuel Macron, peut-on dire qu’il s'inscrit dans cette veine ? Où se situent les idées de gauche chez le candidat Macron ?

Jean Petaux : Incontestablement Emmanuel Macron incarne le plus nettement, avec Yannick Jadot, un projet européen fort. Si la gauche française, pour sa fraction « socialiste » (et non pas « communiste ») a toujours été « europhile » (cela depuis la SFIO avec une reprise totale de cette tendance dans le PS dirigé par François Mitterrand puis par Lionel Jospin et François Hollande) alors Emmanuel Macron, sur cette question, est bien sur une ligne « social-démocrate ». Mais on pourrait aussi dire qu’il est sur une ligne « chrétienne-démocrate », incarnée par François Bayrou, héritier du MRP de Robert Schuman et de Jean Lecanuet, et dont Jacques Delors était en quelque sorte le « pont » entre le PS et les Centristes. Ce qui peut permettre de qualifier Emmanuel Macron de candidat social-démocrate c’est aussi sa conception « libérale » des questions sociétales. C’est d’autant plus net que le projet social du PS s’est pratiquement vidé de sa substance et que l’ancien parti de la rue de Solférino, dès 2006-2007 a plutôt mis l’accent sur les questions de « mœurs » que sur le « pouvoir d’achat » ou la prise en compte de la valeur « travail », laissant d’ailleurs ce terrain en jachère et donc récupéré soit par les « populistes » de tous bords soit par la droite républicaine (Sarkozy précisément). Dernier élément qui pourrait permettre de considérer que le candidat Macron peut se revendiquer de défendre certaines idées de gauche : la nécessité de maintenir un Etat fort et protecteur. Ce que la doxa libérale d’une Valérie Pécresse par exemple ne revendique plus du tout. La conséquence de cet abandon pour cette « gaullo-chiraquienne » a eu pour effet qu’elle s’est  coupée de sa fraction de l’électorat qui était sensible aux thématiques du « gaullisme de gauche » dans les années 60-70 ou de la « lutte contre la fracture sociale » en 1995, préoccupation politique (au moins affichée à défaut d’être traitée) qu’incarnait pleinement un Philippe Seguin pourtant, par ailleurs, bien positionné sur une partie droite de l’échiquier politique français par son refus jaloux de toute « supra-nationalité » ou esquisse d’une amorce d’une « souveraineté européenne » (d’où son « non » au Traité de Maastricht en septembre 1992).

Maxime Tandonnet : Une certaine tradition de gauche dépensière et indifférente aux équilibres financiers (qui remonte au Cartel de 1924…) se retrouve dans la gabegie de dépenses publiques (560 milliards de dépenses supplémentaires en deux ans selon la Cour des Comptes dont 100 milliards liés à la crise sanitaire), l’explosion de la dette publique que devront rembourser les prochaines générations (116% du PIB) et un déficit public de près de 10% du PIB. La tonalité dominante de la campagne est plutôt donnée à la facette droite libérale (retraite à 65 ans, RSA conditionné à un travail) pour des raisons tactiques : étouffer la candidate de droite. Mais au-delà, cette campagne n’a pas vraiment de sens ou de direction spécifique. Celle de 2017 se présentait à l’aune du renouvellement ou de la « transformation ». Aucun slogan ne s’en dégage en 2022. Elle reste avant tout, sur le fond, une campagne connotée socialiste dépensier avec l’annonce d’un chiffrage à 50 milliards € annuels sans véritable esquisse de financement. Mais l’argent facile est la marque de fabrique du macronisme. Il faudra un jour rembourser les centaines de milliards de la réélection. Tel est le cadet de leurs soucis.  

Dans quelle mesure s’est-il inscrit dans le sillon tracé par François Bayrou jusqu’alors ? A-t-il profité d’une évolution sociologique de la gauche avec l’arrivée des cadres et cadres supérieurs ?

Jean Petaux : Ce n’est pas un hasard pour le coup (une fois dépassée la question de l’opportunisme politique qui n’a jamais été absent des choix d’un François Bayrou) si le maire de Pau et le candidat Macron ont « topé » pour une alliance fin janvier-début février 2017. Leurs terrains d’entente étaient nombreux : Europe, politique économique, réformes structurelles envisagées, etc. Macron s’est inscrit certes dans le sillon de Bayrou, mais Bayrou n’a pas rechigné à grimper sur son porte-bagages.

Côté PS, la mutation sociologique de l’électorat socialiste n’est pas nouvelle. Elle n’a pas attendu Emmanuel Macron pour s’opérer. Elle date des années 80 quand le PS s’est définitivement coupée de la classe ouvrière, d’une part parce que celle-ci se réduisait comme une peau de chagrin dans la population active française du fait de la désindustrialisation à marche-forcée de l’économie nationale mais aussi parce que la classe moyenne qui était le socle électoral du PS s’est elle-même atomisée sous le double coup-de-boutoir du chômage structurel entre 1985 et 2017 et des crises financières qui ont achevé d’exploser la classe moyenne entre « insiders » et « outsiders », celle de 2008 ayant été la plus rude.

Incontestablement en 2017, du fait d’une accumulation assez improbable de facteurs : le président de la République sortant ne se représente pas ; le candidat de la droite républicaine n’est pas bon et fait la « course » finale pieds et poings attachés (d’aucuns diraient « menottes aux poings » mais ce n’était pas le cas) ; la candidate de l’extrême-droite fait une mauvaise campagne de second tour et le candidat « officiel » du PS, Benoit Hamon, a confondu l’élection présidentielle avec un congrès du MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes) qui était sa « Normal Sup’ » à lui, pure structure d’appareil ayant trois fonctions : celle d’applaudir dans les meetings des « grands », de coller des affiches et de fournir des postes de collaborateurs d’élus (la plus importante des trois). Dans un tel contexte, sans manier la provocation, il aurait fallu être vraiment médiocre pour ne pas percer… Or il se trouve que l’on peut trouver nombre de défauts à Emmanuel Macron, d’autant qu’il a semblé s’ingénier, ces cinq dernières années, à alourdir son « cahier de liaison » avec les Français en récoltant quelques commentaires vraiment peu louangeurs, s’il y a un défaut que l’on ne peut lui accoler c’est justement « la médiocrité ». 

La seule question qui se pose aujourd’hui (dont on aura une partie de la réponse dans 12 jours désormais) est celle-ci : aura-t-il bénéficié d’un même alignement de circonstances favorables ? Pour l’instant on ne peut pas répondre par l’affirmative à cette question. La candidate LR, dont le « profil personnel » n’a pourtant rien de commun avec celui du candidat investi en novembre 2016, semble destinée à faire un score moitié moindre que celui de Fillon cinq ans plus tôt. La candidate socialiste va réussir à faire croire que son prédécesseur, Benoit Hamon, avait fait un score « remarquablement élevé » en comparaison de ce qu’elle risque d’obtenir. Si Jean-Luc Mélenchon semble engagé dans un « finish » dont il a le secret et voit une amorce de « vote utile » produire ses premiers effets sur son propre score, cette « remontada » est plus tardive que celle de 2017. Donc tout cela semble jouer en faveur de Macron dans une forme de « bis repetita ». Sauf que (et ce n’est pas rien), Marine Le Pen est bien meilleure candidate en 2022 qu’en 2017 ; que la candidature Zemmour l’a « recentrée » ou, à tout le moins, l’a « dé--extrémisée » et surtout qu’Emmanuel Macron avait l’attrait de la nouveauté en 2017, ce qu’il n’a plus du tout évidemment en 2022. Sans parler d’un second tour où, dans l’hypothèse (la pire pour Macron) d’un duel Macron-Le Pen, une bonne partie de l’électorat Mélenchon se reportera sur Marine Le Pen tant son niveau de détestation du Président sortant est élevé.

Maxime Tandonnet : Le macronisme est certes un phénomène principalement urbain qui s’adresse aux catégories socio-professionnelles aisées. En cela, il s’inspire autant de la « gauche dite moderne », le rocardisme et du centrisme incarné par François Bayrou. Il combine l’argent décomplexé et une forme de modernité sociétale. Il séduit aussi les classes privilégiées et une partie des retraités par une certaine image autoritaire qui s’est exprimée lors de l’épisode des Gilets jaunes et de la crise sanitaire. « J’ai envie d’emmerder les non vaccinés » : le message est finalement bien passé dans cette population.  Sa faiblesse est en revanche de ne pas trouver d’appui dans les milieux populaires ou la France périphérique. 

L’aliénation de la droite française a-t-elle permis à Macron d’occuper cet espace si particulier en venant de la gauche ?

Jean Petaux : Certainement. La nature politique, comme l’autre, a horreur du vide. Sur ce plan, les espaces politiques laissés libres par le PS d’une part et par LR de l’autre, autrement dit par les deux grands partis de gouvernement depuis au moins 1981 et même, avec des nuances, depuis 1958, ont été occupés par Emmanuel Macron qui s’est montré plus « coucou » que « cigogne » dans cette affaire. J’ai caractérisé dans un de mes premiers ouvrages (« Les stratégies du changement politique dans le gouvernement local », Pédone, 1983) deux types de trajectoires biographiques politiques : les itinéraires de continuité et les itinéraires de rupture. La question se pose de savoir dans laquelle de ces deux catégories Emmanuel Macron peut être rangé. Pour un François Mitterrand : aucun doute : tinéraire de rupture ! De la droite, même très à droite avant 1939, à la gauche en 1971 et une forme de retour à la droite après 1988. Pour lui on pourrait même, employant une formule chère à Anthony Giddens, chantre de la « troisième voie » blairo-clintonnienne, concepteur de la « double herméneutique », parler au sujet de Mitterrand de « double rupture ». Pour un Jacques Chirac là encore : double rupture. De gauche dans les années 50, bien à droite des années 60 aux années 90 ; pro-Européen dès 1992 et plutôt « rad-soc » une fois qu’il est arrivé à l’Elysée, de 1995 à 2007. Mais pour Emmanuel Macron ? La disruption revendiquée n’est pas la rupture ! On ne lui connait aucun engagement réel… en dehors d’un vague « flirt idéologique » avec le mouvement dirigé par Jean-Pierre Chevènement dans les années 1990, le MDC. Sur la « rive politique » sur laquelle se tiendrait Macron, dans les années 90-2000, Corinne Lhaïk, auteure d’une des  meilleures biographies du Président actuel, publiée pendant son quinquennat, « Président cambrioleur » (Fayard), a une formule pleine de finesse : « [avant 2017] Macron n’en finit pas de se balader le long de la gauche » (p.66). L’image est autant imprécise que belle… : il se « balade » en effet, il se « promène », il « gambade » et il « gamberge », mais il est aussi inspecteur des Finances et appointé comme banquier chez Rothschild. Cela dit, les gauchistes du PS ont fait semblant de l’avoir oublié : Henri Emmanuelli y a fait aussi ses débuts… Alors que le principal intéressé qui était aussi courageux qu’authentiquement de gauche n’en faisait pas mystère, lui.  « Le long de la gauche » comme dit Corinne Lhaïk, cela veut dire que les adversaires de Macron en concluront « qu’il braconne » ou « qu’il rapine »… Ce qui est certain c’est qu’il n’est pas « dans la gauche ». Il est à son bord. C’est sans doute là le principal trait du comportement politique d’Emmanuel Macron : « les lisières ». C’est un anachorète. Il se tient en « limite ». Et il est « limite » aussi. Ce raisonnement peut tout aussi bien s’appliquer à son comportement vis-à-vis de la droite de gouvernement.

Maxime Tandonnet : Le relatif succès du macronisme tient au discrédit général de la classe politique et à la dépolitisation de la société française. La gauche, au sens du parti socialiste, a quasiment disparu du paysage politique. Pourquoi ? Son électorat se retrouve largement chez Emmanuel Macron et ce qu’il en reste chez Jadot ou Mélenchon. Mais la droite ne se porte guère mieux. Elle a toutes les peines à se différencier du macronisme. Elle n’a pas osé le critiquer sur la question du respect des libertés lors de la crise sanitaire, dans un contexte de grande peur favorable à la servitude volontaire. Face à une opinion anesthésiée et dépolitisée, le discours de la droite dénonçant la gabegie dépensière ne trouve guère d’écho. Le message de sa candidate est brouillé par une impressionnante succession de trahisons qui donne une image détestable de la politique. Son électorat est écartelé entre la tentation du vote légitimiste en faveur de la réélection de l’actuel président et celle de la fuite vers les votes le Pen ou Zemmour. Le macronisme se nourrit évidemment de ce nouveau désastre annoncé… Il prospère sur les ruines de la politique, des partis politiques et plus généralement de l’esprit critique dans un climat étrange de béatitude médiatique (à l’exception d’une poignée de journalistes de la presse écrite).  

Quelle part de la réussite de la stratégie d’Emmanuel Macron est liée à son style personnel ?

Jean Petaux : En politique le « style fait l’homme » mais il ne suffit pas. Emmanuel Macron est plus que son style. On jugera de sa réussite dans 12 jours au soir du premier tour. Et, de nouveau, cette fois-ci définitivement, dans 27 jours, à condition qu’il soit qualifié pour le second tour. S’il est reconduit à l’Elysée pour un second mandat, après une première élection au suffrage universel (ce qui ne fut pas le cas du général de Gaulle en 1965 compte tenu de son mode d’élection fin décembre 1958), sans être passé par les cures de « détox de l’impopularité » qu’ont représenté les deux cohabitations de 1986-88 pour Mitterrand et de 1997-2002 pour Chirac, Emmanuel Macron aura établi une « première présidentielle » depuis le début de la Cinquième République, pour la onzième édition de l’élection à la fonction suprême au suffrage universel. Cela fait encore beaucoup de « si ». C’est pour cela que « la messe est loin d’être dite » avant le dimanche 27 avril, 20h00.

Maxime Tandonnet : Le macronisme est avant tout un culte de la personnalité. Le chef de l’Etat porte à la perfection la politique spectacle, se livrant, surtout depuis plus de deux ans à un exercice de communication, en tant que chef de guerre face au covid 19 puis dans le conflit ukrainien. A travers lui, la société française se donne l’illusion du chef providentiel. Cette auto sublimation a pour effet de couvrir les échecs et les souffrances d’une nation, la désindustrialisation et le déficit extérieur record, la violence quotidienne banalisée, la perte de la maîtrise des frontières, l’effondrement du niveau scolaire (PISA), la pauvreté (10 millions de personnes). La réalité quotidienne a tendance à s’estomper dans un climat de mystification. Ainsi le chômage a disparu grâce à la manipulation de statistiques contradictoires (2 millions selon l’INSEE, mais 3,4 à 6 millions selon pole emploi).  Dans le macronisme se retrouvent le transfuge libéral Woerth, l’anti maastrichien étatiste Chevènement, le libertaire écologiste Cohn Bendit, l’européiste chrétien-démocrate Bayrou, la socialiste (aile gauche) Marysol Touraine… Mais qui relève la contradiction ? Qui cela préoccupe-t-il ? La courtisanerie est devenue la forme la plus achevée du nihilisme. 

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