Julien Aubert : « Être souverain dans un monde mondialisé, c’est possible »<!-- --> | Atlantico.fr
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Julien Aubert est le président d'Oser la France.
Julien Aubert est le président d'Oser la France.
©JOEL SAGET / AFP

Souverainisme

Julien Aubert, fondateur du mouvement Oser la France, se confie à Atlantico avant les rencontres de la souveraineté organisées ce week-end.

Julien Aubert

Julien Aubert

Julien Aubert est président d'Oser la France, membre du comité stratégique des Républicains et ancien député du Vaucluse. 

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Atlantico : Vous co-organisez à Nîmes les rencontres de la souveraineté ce samedi 23 et dimanche 24 septembre. La question de la souveraineté, assez vaste, est-elle primordiale pour redresser la France ?

Julien Aubert : La souveraineté est essentielle pour qu’on reprenne en main notre destin. Le mot « souveraineté » fait parfois peur car il est souvent associé au repli, à l’autarcie … Pendant de nombreuses années, nous avons mis en avant l’ouverture, la décentralisation, ou encore les valeurs européennes. Ce schéma fait que les gens ont la souveraineté honteuse, en quelque sorte. D’ailleurs, les partisans du fédéralisme sont parvenus à associer le concept d’extrême-droite à celui de souverainisme. Ainsi, un souverainiste vivrait dans le passé sans comprendre l’avenir et son époque. C’est aussi quelqu’un qui est accusé de provoquer l’effondrement économique ou pire, la guerre !

Surtout, je pense que nous pouvons être souverains dans un monde mondialisé. D’abord parce que nous sommes en train de nous démondialiser et que de petits pays comme la Corée du Sud arrivent parfaitement à faire respecter leurs intérêts fondamentaux. Il en est de même pour la Grande-Bretagne, qui est allée jusqu’au Brexit. In fine, la question est simplement de savoir comment se donner les bons outils pour naviguer le mieux possible, en acceptant le monde tel qu’il est.

Comment fait-on du souverainiste au sein de l’Union européenne, c’est-à-dire au sein d’une zone monétaire commune ?

La reprise en main de notre destin dans un espace de coopération n’est possible que si cet espace ne devient pas un espace fédéral qui ne dit pas son nom. Les vieilles nations comme la France doivent donc apprendre à mettre un stop lorsqu’on lui propose des solutions qui visent à la déposséder. Enfin, la France doit être en mesure de revenir en arrière par rapport à certains choix qui ne nous permettent pas d’appliquer des décisions démocratiques. C’est le cas pour la politique judiciaire ou migratoire. En effet, dans le vide politique qu’est le nôtre, ce sont parfois des juges qui arbitrent, sur la base d’interprétation de traités ou de jurisprudences. 

De plus, la souveraineté ne conduit pas forcément à être seul. Par exemple, nous pouvons voir, suite à la vague migratoire de Lampedusa, que Giorgia Meloni trottine derrière Von der Leyen et semble attendre que la Commission européenne règle le problème. Dans certains cas, les solutions purement nationales ne suffisent pas. Ainsi, sur cette même question migratoire, il est possible de prendre certaines décisions unilatéralement, comme déployer la Marine Nationale dans certaines eaux ou voter des aides au développement. 

Au fond, le souverainisme, c’est une idée romantique mais pas très pratique ? 

Je tournerai le problème en sens inverse. Comme l’autorité politique n’arrive pas à agir sur le réel, les gens deviennent fous. Ils voient les migrants, la population changer, vivent l’insécurité … Ils attendent donc que les politiques voient la même chose et prennent des décisions adéquates. Pourtant, ces dirigeants font face à des problèmes pratiques mais doivent aussi se battre contre certaines lourdeurs, comme des juges qui peuvent annuler leurs décisions en appliquant la jurisprudence européenne. Cela complique fortement l’équation. Redonner une certaine efficacité aux politiques permettrait de guérir une certaine fièvre protestataire mais aussi de rendre l’Europe plus efficace. 

France ou Allemagne… Qui sera la puissance industrielle de l’Europe demain ?

C’est une excellente question. L’Allemagne défend son intérêt national depuis 15 ans. La France, elle, est très mal défendue. Pourtant, suite à la guerre en Ukraine, le modèle allemand est en danger de mort. Sa compétitivité énergétique peut s’écrouler parce qu’elle est dépendante des énergies fossiles et parce que Berlin a fait le pari de la sortie du nucléaire, devenant dépendant du gaz. Dans ce contexte, la France peut encore changer sa politique et se sauver avec un prix de l’énergie bas. Si nous défendons vraiment nos intérêts et que nous n’abandonnons pas le nucléaire, nous aurons un véritable avantage compétitif sur le plan industriel. Avoir l’ascendant sur l’énergie est une chance formidable. 

Ce rendez-vous, les rencontres de la souveraineté, vous l’organisez avec Georges Kuzmanovic qui est président du parti politique « République souveraine » et ancien conseiller de Jean-Luc Mélenchon. Vous voulez dépasser les clivages droite-gauche ? C’est-à-dire ce qu’Emmanuel Macron n’arrive pas à faire ?

C’est exactement cela mais c’est avant tout du pragmatisme. Emmanuel Macron a créé une force centrale, tandis que la force opposée est le Rassemblement National. C’est ce clivage qui se retrouve à chaque élection. En 2027, la probabilité qu’un macroniste appelle à sauver la République contre un vilain petit canard du RN est élevée. Dès lors, les gens qui ne sont pas d’accord avec Emmanuel Macron mais qui ne se retrouvent pas chez Marine Le Pen ont intérêt à bâtir une autre alternative, qui serait le modèle inversé. Dans ce contexte, une droite et une gauche peuvent se retrouver dans la Nation et c’est d’ailleurs l'intérêt du débat. Alors que le centre risque d’être avec Emmanuel Macron et qu’une partie de la droite pourrait se retrouver chez Marine Le Pen ou Eric Zemmour, il reste une partie de la population qui ne se retrouve plus chez les conservateurs ni chez les wokistes. Ces gens-là veulent sauver la République et je pense que nous avons beaucoup de choses en commun. 

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