Jalousie, haine, ego : la difficile cohabitation des alpinistes à 7 500 mètres d'altitude | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Jalousie, haine, ego : la difficile cohabitation des alpinistes à 7 500 mètres d'altitude
©Reuters

Bonnes feuilles

Jalousie, haine, ego : la difficile cohabitation des alpinistes à 7 500 mètres d'altitude

Mike Horn est un aventurier de l’extrême connu dans le monde entier pour repousser les limites du possible. il a descendu l’Amazone, suivi la ligne d’équateur sur 40 000 kilomètres, bouclé le tour du Pôle Nord durant la longue nuit polaire. Il a marché sur la glace, parcouru le désert, descendu des rapides, frayé son chemin dans la jungle. Jusqu’à ce pari fou : gravir, avec trois amis montagnards, quatre 8 000 mètres à la suite dans l’Himalaya. Sans oxygène, sans cordes, en « style alpin » le plus pur, à la seule force de la volonté…Extraits du livre "Vouloir toucher les étoiles" de Mike Horn aux éditions XO (1/2).

Mike Horn

Mike Horn

Né en 1966 en Afrique du Sud, Mike Horn se découvre très jeune une attirance forte pour les aventures de l'extrême. Il s'adonne par la suite à sa passion en réalisant les exploits les plus fous, tels la remontée de l'Amazone à la nage, le tour du monde en suivant la ligne de l'Équateur ou en encore le tour du cercle polaire arctique à pieds. Dans ses livres, il rend compte de ses multiples expéditions, et révèle comment ses expériences hors du commun ont profondément changé sa vision de la vie.

Voir la bio »

La neige se met à tomber en abondance. Un malaise durable me pèse sur les épaules. Nous sommes au Pakistan depuis deux mois et demi. Je sens que quelque chose s’est cassé. Cathy m’a informé que les prévisions météo à long terme ne sont pas favorables. Je consulte Köbi : il est victime de cette fracture, lui aussi. Il « ne le sent pas ». Moi non plus. Notre décision est prise : nous rentrons. Tant pis pour le K2. Mario, lui, veut tenter une nouvelle fois l’ascension. Quand nous nous croisons, il me dit qu’il a un problème avec son système de com. Je lui prête mes panneaux solaires I- land. Il me les rendra en Italie, à une heure de chez moi.

Cette année- là, personne ne vaincra le K2.

J’ai un goût amer dans la bouche. Je sais, depuis longtemps, que lorsque les hommes sont confinés dans des espaces réduits, ou forcés à une cohabitation difficile, les conflits s’enflamment facilement. Sur un bateau, dans une forêt, sur une montagne, le moindre dérapage psychologique prend des proportions terribles. Les querelles de personnes ont tué, dans l’histoire des escalades.

Des dissensions simples se sont muées en guerres épouvantables, des alpinistes menaçant même de couper les cordes de leurs adversaires, pour les faire chuter. Nul doute que certains ont mis leur menace à exécution…

Jalousie, haine, concurrence, ego, je ne veux rien de tout ça dans ma vie. Je n’ai pas besoin de ces sentiments bas pour m’alourdir. Je tourne la page et je m’en vais.

Le 6 août, alors que nous sommes en train de faire nos bagages, Gerlinde, Fredrik et Trey partent. Ralph surveille d’en bas. Les trois grimpeurs arrivent au camp 4, à 8 000 mètres, puis repartent en pleine nuit. Les conditions sont correctes ; avec une neige légère, une bonne visibilité, un vent soutenu mais tolérable. La température, - 20 °C, est supportable. Au petit matin, juste avant d’atteindre un goulot qui mène à l’arête nord, Trey fait demi- tour. Il a les mains qui gèlent. Les deux autres montent, dans un brouillard qui s’épaissit. À mi- chemin, Fredrik tente de pitonner, mais un rocher se déloge, lui tombe dessus, et il fait une chute de 1 000 mètres. Gerlinde n’a pas le temps de réaliser ce qui se passe.

Elle entend un cri, et voit le corps de son ami qui passe devant elle, dans une pluie de roches. Elle est clouée sur place. L’an passé, elle a assisté, sur le K2, à une autre chute mortelle. Elle redescend. Par radio, elle prévient Ralph. Elle sait qu’un miracle est improbable. Et, en effet, le corps de Fredrik a été repéré aux alentours du camp 3. Prévenu le lendemain, son père demande qu’on le laisse là, dans cette montagne qu’il aimait tant. Mais pour Gerlinde, c’est fini, cette saison. Elle reviendra en août 2011 – et, cette fois- ci, réussira.

Je n’ai jamais revu Mario Merelli. Il est mort le 18 janvier 2012, sur l’un des pics du Pizzo Redorta, non loin de Bergame. Je l’aimais beaucoup. Avec son large sourire, son visage d’enfant, sa paix intérieure irradiait.

Il n’avait pas besoin de faire des discours, il lui suffisait d’être là, dans la montagne, buvant son expresso et fumant sa clope, et le reste n’avait pas d’importance. Sa vie se résumait à l’instant présent, aux amitiés, aux cimes. Il était à mille lieues de tous les petits arrangements et des bassesses de certains alpinistes…

Extraits du livre "Vouloir toucher les étoiles" de Mike Horn aux éditions XO. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !