Israël, Hamas, Gaza : une nouvelle donne géopolitique qui complique l’avenir de l’Etat hébreu | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Défense
La tour Jala est détruite lors d'une frappe aérienne israélienne menée à Gaza contrôlée, le 15 mai 2021.
La tour Jala est détruite lors d'une frappe aérienne israélienne menée à Gaza contrôlée, le 15 mai 2021.
©Mahmud Hams / AFP

Conflit israélo-palestinien

Israël, Hamas, Gaza : une nouvelle donne géopolitique qui complique l’avenir de l’Etat hébreu

Après les récentes tensions entre Israël et le Hamas, des régimes autoritaires - l'Iran, la Turquie et la Russie - œuvrent discrètement en coulisse pour asseoir leur domination sur le Moyen-Orient.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

Voir la bio »

Féconde discipline philosophique, la phénoménologie vise à accéder au réel ; pour son fon­dateur Edmund Husserl cela tient d'abord à envisager "les choses mêmes" (Zu den Sachen selbst). Placer le phénomène dans son cadre approprié exige un prioritaire pas en arrière ; comme au musée, pour bien contempler le tableau. Délaissons donc la sphère médiatique, son tropisme petit-bout-de-la-lorgnette ; phénoménologie aidant, prenons la mesure géopo­litique de la récente crise Gaza-Israël-Hamas.

Sismographe hypersensible, le Moyen-Orient est la "zone des intérêts majeur", carrefour des grands flux mondiaux : énergie, commerce. Là, veille le néo-impérialisme : voies maritimes, "autoroutes de l'information" transport d'énergie. Or dans cette zone, les 11 jours de com­bat Israël-Hamas ont provoqué un séisme et tétanisé la péninsule arabe.

- Aussi inquiets de l'Iran que d'États-Unis versatiles, des dirigeants arabes ont récemment noué une alliance de facto avec Israël, négligeant le possible réveil du volcan palestinien. Or en pleine fin du Ramadan, parmi des heurts sur l'esplanade de la sacro-sainte mosquée al-Aqsa de Jérusalem, suivis des récents combats, ces pays amorphes restent muets sur la mort de 230 de leurs "frères" arabes et musulmans.

- Mauvaise surprise pour l'armée et le renseignement israélien - 16 ans qu'Israël a quitté Gaza, bande qu'elle encercle avec une Égypte hostile aux Frères musulmans. Facile, donc, d'y contrôler ce qui y circule et d'y frapper les islamistes attaquant Israël, pour qu'ils cessent.

Espoir déçu : le 9 mai, quand le Hamas lance son offensive (selon des officiels israéliens, de vieux amis) l'état-major de l'armée est "surpris" des intenses salves du Hamas et de la portée de ses missiles. La première semaine de combat, Hamas et Djihad islamique tirent 3 100 mis­siles, 443 par jour - 18 par heure ; exposant les "vulnérabilités" d'un"Dôme de fer" antimis­siles israélien parfois saturé.

À Lire Aussi

Mais pourquoi les Israéliens ne se laissent-ils pas tuer sans se défendre ?

Or pour une ville sise à 40 km de Gaza, la sirène annonçant qu'un missile arrive laisse à ses habi­tants... 40 seconde pour gagner les abris. Impossible : donc, dix jours pénibles pour ces israé­liens dormant chaque nuit aux abris. Et le Hamas disposerait désormais de fusées à plus longue portée (250 km.) pouvant frapper presque tout le pays.

- Constat : le Hamas a muté en Hezbollah-bis. Aidé et conseillé par l'Iran, le Hamas a pu, en secret, déjouer tous contrôles et surveillances et importer 30 000 missiles à Gaza (en pièces détachées) ; certains plus précis et performants que jadis ; et dispose désormais de "capaci­tés de combat multipliées par 20 ou 30 depuis 2014". En mode Corée du Nord, le Ha­mas contrôle 150 km. de tunnels consolidés sous les villes de l'enclave, "métro de Gaza" creusé sous les routes pour préserver les immeubles. C'est là que "l'armée du Hamas" - désormais, loin d'un banal groupe terroriste - distribue ses hommes et ses missiles, les abrite après les tirs ; enfin, stocke ses arsenaux dotés, outre les missiles, de drones, armés ou "suicide", de missiles antichar performants ; même, d'un sous-marin de poche nord-coréen. Scrutant ces récents combats, les experts militaires français (plutôt anti-islamistes en privé) saluent la triple performance du Hamas, côté production d'armes, logis­tique et opérations.

Reprenons de la hauteur.

De haut, s'aperçoit une entente nouée selon les règles de la "stratégie indirecte".

Démon­trons-le.

Qui a la plus forte influence politique sur le Hamas ? La Turquie de Recep Tayyip Erdogan.

Qui arme et conseille les islamistes (sunnites...) de Gaza ? Les Pasdaran iraniens (chi'ites).

À Lire Aussi

Juifs israéliens contre Arabes israéliens : sombre présage pour l’Europe ?

Qui dirige de loin cet orchestre ? Vladimir Poutine. En apparence distante de l'Asie du Sud-ouest, la Chine pousse parfois à la roue, à sa façon.

La méfiance est séculaire entre empires russe, ottoman et chinois ; l'Iran islamique est ultra-souverainiste. Mais les divergences entre ces quatre empires ne les aveuglent pas à l'essen­tiel : au grand Moyen-Orient, "l'ennemi de mon ennemi est mon ami".

Cette stratégie indirecte permet de subtiles manœuvres, invisibles à qui se borne à diviser le monder entre good guys et bad guys.

L'Iran révèle en octobre 2020 l'existence sur sa côte du Golfe de "villes souterraines" pleines d'armes russes high-tech... Puis un énorme contrat chi­nois de 400 milliards de dollars... Des pétromonarques paniqués appellent Israël à l'aide... On les laisse s'enferrer... Enfin, le Ha­mas attaque et l'inévitable riposte israélienne jette ces fra­giles cheikhs dans le camp des "bourreaux d'enfants arabes"... Hauts cris de Recep Tayyip Erdogan.

Jusqu'à présent, la survie d'Israël tient à son intelligence collective, à sa capacité de jouer - sans grand'peine - deux coups à l'avance.

La stratégie indirecte ourdie par les empires précités rend désormais l'exercice plus ardu.

À Lire Aussi

Israël face au risque d’une guerre civile ?

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !