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Quel avenir attend le monde arabo-musulman ? L'Iran, la Turquie et Israël pourraient bien mener une grande alliance.
Quel avenir attend le monde arabo-musulman ? L'Iran, la Turquie et Israël pourraient bien mener une grande alliance.
©Reuters

Hiver islamiste ?

Islamisme : quel avenir pour le monde arabo-musulman ?

Alexandre Adler, historien et journaliste, spécialiste des relations internationales et Vladimir Fédorovski, ancien diplomate russe, évoquent les alliances théologiques et politiques entre les pays arabo-musulmans. Extraits de "L'islamisme va-t-il gagner ?" (1/2)

Alexandre Adler et Vladimir Fédorovski

Alexandre Adler et Vladimir Fédorovski

Alexandre Adler est, entre autres, éditorialiste au Figaro et à Europe 1. Il est spécialiste des questions de géopolitique internationale contemporaine

Vladimir Fédorovski est porte-parole du Mouvement des réformes démocratiques en Russie lors des grands bouleversements à l'Est et auteur de plusieurs best-sellers internationaux. Il est aujourd'hui l'écrivain d'origine russe le plus édité en France.

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Quelles alliances au sein du monde arabo-musulman ?

Alexandre Adler – Sur ce point, nous avons des visions tout à fait opposées. Je parie, quant à moi, sur la naissance par coups de pouce successifs d’une grande alliance des trois véritables Etats de la région : la Turquie, l’Iran et Israël. Viendra un moment où ils feront taire leurs querelles pour endiguer la montée d’une puissance islamiste sunnite appuyée sur la bombe atomique pakistanaise et sur les capacités financières quasi illimitées des Arabes du golfe Persique.

Aujourd’hui, la croissance et l’émergence de l’ancien tiers-monde assurent sans difficulté un pétrole au-dessus de 100 dollars, d’où des moyens financiers sans aucune mesure avec les marchés intérieurs et les ambitions industrielles rénovatrices de ces monarchies pétrolières. Dans ces conditions, où ira l’argent ? Dans la guerre en Egypte, pays qui doit être relevé pour redevenir la grande puissance dont rêvait Nasser ; dans la lutte armée en vue de balayer le régime syrien, de refouler les chiites irakiens et de créer ainsi progressivement les conditions d’un conflit avec Israël. Voilà le programme saoudo-islamiste !

Vladimir Fédorovski – D’accord sur le programme.

Mais pour ce qui est de l’alliance Turquie-Iran-Israël, l’évolution s’amorce dans le sens contraire : Israël s’éloigne de la Turquie et, malgré les tentatives de négociation de cette dernière concernant la bombe iranienne, le fossé est total entre Jérusalem et Téhéran. Au printemps 2012, Erdogan a officiellement indiqué « soutenir la position de l’Iran », mais en précisant que l’ayatollah Khamenei lui avait confirmé que le programme nucléaire iranien n’avait pas d’objectif militaire.

Compte tenu de l’honorabilité du Guide suprême, le Premier ministre turc ne pouvait être que courtois, Ankara répliquant au surplus par une affirmation du même tonneau à propos du bouclier antimissile américain et de l’installation du radar de Kürecik. Ainsi, pas plus qu’il n’y a de programme nucléaire militaire iranien, il n’y a de radar en Turquie dirigé contre la République islamique... Reste qu’en Iran, malgré les mouvements au sein de la société et les tendances pro-occidentales de la classe moyenne, le pouvoir est bel et bien aux mains des islamistes, dont rien ne semble indiquer qu’ils seraient prêts à le céder.

[…]

V. F. – J’irais presque jusqu’à schématiser le « printemps arabe » comme un vaste complot des forces intégristes manipulant des symboles qui nous sont chers, de façon à prendre le pouvoir. Comme dirait Hegel, une « ruse de l’Histoire » !

A. A. – On peut certes se le demander. Mais non !

Comme Aristote l’opposait à Platon, il faut « sauver les phénomènes » : les apparences existent. Nous n’avons pas eu la berlue, nous avons bien vu une jeunesse libérale, ardente, courageuse s’opposer en Tunisie et en Egypte à un système de répression qui, peu à peu, s’est délité. Pour ce qui est de l’Egypte, le vide créé dans la classe politique a été comblé par la confrérie des Frères musulmans, qui jouit dans ce pays d’une forte implantation sociale et dont on ne se débarrassera pas aisément.

V. F. – Dans cet avenir radieux que tu décris avec prudence, je vois, quant à moi, une véritable menace pour le monde occidental.

A. A. – Mais quel monde occidental ? Les événements survenus ont à nouveau divisé l’Occident en deux parts – la première est américaine (avec les Britanniques, comme toujours) ; la seconde regroupe l’Europe continentale, Russie comprise – pour un combat à fronts renversés. Tout le monde se souvient de la célèbre photographie de Jacques Chirac, Gerhard Schroeder et Vladimir Poutine qui, tels les trois Horaces, juraient aux Nations unies de s’opposer à la frénésie de conquête de George Bush en Irak. Cette vignette d’une Europe pacifiste face à une Amérique belligérante est désormais inversée. Pour une raison n’ayant rien à voir avec une éventuelle sympathie pour les Frères musulmans (encore qu’ils aient une bien plus grande tolérance que nous à l’égard des excentricités religieuses), les Etats-Unis ont décidé de ne plus se mêler de ce qui se passe dans le monde arabe. Comme me l’a confié un jour avec une désarmante candeur Condoleezza Rice : « Les Américains sont fatigués. Il faut les laisser tranquilles. Ils ne veulent plus entendre parler de cette région. »

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Extrait de "L'islamisme va-t-il gagner ?", Editions du Rocher (4 octobre 2012)

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