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Intelligence collective : 
Google n’en est qu’à la préhistoire...
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Intelligence collective : Google n’en est qu’à la préhistoire...

Google prétend détecter les tsunamis et les épidémies en analysant les mots clés les plus recherchés. Mais jusqu'où s'arrêtera donc l'intelligence collective ?

Pierre  Lévy

Pierre Lévy

Pierre Lévy est philosophe. Docteur en sociologie et en sciences de l'information et de la communication, il occupe la chaire de recherche sur l'intelligence collective à l'Université d'Ottawa.

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Atlantico :  Selon vous quelles sont encore les principales qualités d’un moteur de recherche comme Google aujourd’hui en terme d’intelligence collective, cette somme d’interactions multiples entre les membres d'une même communauté ?

Pierre Lévy : La principale qualité de Google est de refléter, même si c’est d’une manière très grossière, l’intelligence collective des utilisateurs du Web. Selon cet algorithme, dont le nom est « PageRank », les sites web correspondant à une requête sont rangés en fonction de la quantité de liens pointant vers les sites, en donnant un poids plus important aux liens venant des sites eux-mêmes les plus « pointés ». Cela revient à faire participer tous les internautes qui lancent des hyperliens sur le Web à la définition de l’ordre des réponses du moteur de recherche.


Vous affirmez que la limite du web, c’est qu’il ne permet pas de « coder le sens », pourriez-vous nous clarifier cette idée ?

Disons que l’informatique a fait un grand progrès lorsque l’on a réussi à coder les images en binaire (les pixels), ce qui a permis de traiter automatiquement les images et a ouvert la voie à la photo et à la vidéo numériques, aux logiciels de production de dessins animés ou de jeux vidéo, ainsi qu’à tous les Photoshop possibles et imaginables.

De même, il existe aujourd’hui plusieurs formats de codage numérique de la musique qui ont ouvert la voie à des méthodes informatisées de composition, d’échantillonnage, de mixage, de synthèse, d’enregistrement et d’échange...

Eh bien, je cherche, dans la même veine, un codage numérique du sens, dont l’effet pourrait être une extraordinaire augmentation de la puissance d’expression et d’interprétation entre les mains des internautes et de leurs intelligences collectives.


C'est-à-dire ?

Mon intuition fondamentale est qu’il existe une « nature » (fractale, hypercomplexe) de l’intelligence collective que nous pouvons maintenant explorer et cartographier dynamiquement, puisque nous avons une mémoire mondiale techniquement unifiée (alimentée par les flux de données et de métadonnées de chacun) et une immense puissance de calcul décentralisée à notre disposition. Tout ce qui nous manque est le système symbolique unificateur (sans être uniformisant !) adéquat à cette visée.

L’intelligence collective humaine est une nature (unique, universelle), mais c’est une nature infinie dans ses virtualités de diversité qualitative, de différenciation évolutive et de complexification. De plus, chaque zone de l’espace sémantique infini, qui contient l’intelligence collective, est en puissance un point de vue interprétatif original sur l’ensemble : tous les points sont des centres virtuels. IEML essaye de traduire cette vision dans un dispositif pratique.


Vous travaillez sur un tel langage, l’IEML, où en sont vos travaux ?

L’objectif est que ce métalangage puisse être utilisable dans quelques années. La finalité ultime de l’espace sémantique ouvert par IEML est de permettre aux processus d’intelligence collective de se représenter à eux-mêmes et de favoriser ainsi une conscience réflexive de l’intelligence collective humaine telle qu’elle se déroule et se complexifie spontanément dans le cyberespace. On imagine aisément les répercussions sur le développement humain...

IEML permettra de distinguer les informations en fonction de leur contenu et de leur situation dans le document : balise de début, balise de fin, etc. La base de la théorie mathématique est posée, mais pas encore publiée. Un noyau lexical a été construit à partir duquel il devient possible de faire croître par la collaboration le dictionnaire multilingue. Un parseur (c’est-à-dire un outil d’analyse syntaxique) en cours de construction permettra de passer automatiquement d’une représentation cursive à une représentation binaire et à une forme XML compatible avec Internet et ses évolutions les plus récentes. Une base de donnée orientée IEML est en cours de test, des outils de traduction semi-automatique de tags et d’ontologies vers IEML sont en cours de conception... [1]

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[1] Pour en savoir plus sur l’IEML : http://www.ieml.org/

Avec l’aimable autorisation de Pierre Levy et Multitudes. Retrouvez l’intégralité de l’interview sur multitudes.

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