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l’OCDE ne comprend pas les spécificités du cas français en matière d'intégration.
l’OCDE ne comprend pas les spécificités du cas français en matière d'intégration.
©Reuters

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Intégration des immigrés sur le marché du travail : pourquoi l’OCDE ne comprend pas les spécificités du cas français

Dans son rapport publié jeudi 2 juillet dernier sur les indicateurs de l'intégration des immigrés, l'OCDE ne mâche pas ses mots : "En dépit d'une longue expérience en matière d'accueil des immigrés, la situation est comparable à celle observée dans certains pays d'immigration récente". Un constat qui omet le fait que l'immigration en France est principalement issue du regroupement familial, donc moins qualifiée.

Atlantico : En quoi la nature de l'immigration en France permet-elle d'expliquer ce résultat comparativement à des pays comme la Grande-Bretagne, ou encore l'Allemagne ?

Laurent Chalard : La France se caractérise par la spécificité de son immigration légale par rapport aux autres pays européens, dans le sens que l’immigration liée au regroupement familial est le motif dominant d’arrivée sur notre territoire. En effet, ce dernier concerne près de la moitié des permis de séjour accordés ces dernières années selon les données du Ministère de l’Intérieur, mais près des 2/3 si l’on enlève les étudiants, qui ne sont pas censés travailler et dont la majorité reparte dans leur pays d’origine une fois finies leurs études. A contrario, l’immigration de travail, stoppée à la fin des Trente Glorieuses, est très faible, en l’occurrence quasi constamment inférieure à 10 % des permis de séjour délivrés chaque année. Or, chez nos voisins européens, même si les méthodes de comptages sont différentes et non comparables, l’immigration de travail est beaucoup plus importante. Par exemple, en Allemagne, en-dehors des demandeurs d’asile (de plus en plus nombreux il est vrai), les nouvelles arrivées concernent principalement des jeunes diplômés des pays d’Europe orientale et méridionale, qui viennent travailler dans un pays qui a besoin de main d’œuvre du fait de la faiblesse de sa démographie endogène.   

Le rapport souligne que la situation est particulièrement alarmante pour les "primo-arrivants". En sachant que la crise économique en France touche particulièrement les travailleurs les moins qualifiés, les structures d'intégration professionnelles sont-elles efficaces ?

Dans un pays tel que la France, où les petits boulots sont beaucoup moins répandus que dans les Etats anglo-saxons (par ailleurs un des facteurs explicatifs du taux de chômage plus élevé constaté dans l’hexagone), les primo-arrivants ont beaucoup plus de difficultés à entrer sur le marché du travail. Donc, effectivement, les structures d’intégration professionnelles ne sont pas efficaces, mais pour la bonne raison qu’elles sont quasiment inexistantes pour les populations issues du regroupement familial. En effet, lorsque ces personnes arrivent en France, elles ne sont nullement prises en charge et accompagnées dans leur recherche d’emploi, l’Etat partant du principe que la présence d’un membre de leur famille sur notre territoire sera suffisante pour s’insérer. Or, cela ne fonctionne pas dans un contexte de crise économique et de marché du travail fermé à la française. Au contraire, ces populations sont laissées à elles-mêmes et ont plutôt tendance à se replier sur les aides sociales qu’à engager une démarche proactive d’insertion sur le marché de l’emploi. D’une certaine façon, ce ne sont pas tant les immigrés arrivés dans le cadre de la procédure du regroupement familial qui ne veulent pas travailler que le système qui ne les incitent pas à le faire.

Après avoir mentionné que la France avait la plus grande part de sa population issue de l'immigration, l'OCDE affirme que "les défis de l'intégration n'augmentent pas avec la part des immigrés au sein de la population. [...] Le cas échéant, les pays qui accueillent le plus d'immigrés en proportion de leur population sont aussi ceux où ces derniers affichent les meilleurs résultats en comparaisons internationales." Quelles pourraient être les solutions à long-terme, mais également immédiates pour améliorer cet écart avec les natifs ?

Il n’est pas toujours facile de proposer des solutions lorsque la situation apparaît extrêmement complexe, voire ubuesque, ce qui est malheureusement le cas de la France, pays qui accueille une immigration familiale importante, mais qui ne l’assume pas. Cependant, à première vue, l’Etat français pourrait agir dans deux domaines différents. Le premier concernerait la mise en place d’une politique de gestion des entrées d’immigrés arrivant par la procédure du regroupement familial. Elle reposerait sur un changement de paradigme conduisant à considérer que les personnes qui entrent en France pour ce motif se retrouvent dans la même situation que l’immigration de travail, dans le sens que la majorité d’entre elles sont en âge de travailler. Il s’agirait donc de revoir totalement la procédure d’encadrement de ces populations, en engageant des politiques considérant l’obtention d’un contrat de travail en France comme un élément primordial, à défaut d’indispensable, de l’acceptation de leur arrivée sur notre territoire. Le second domaine d’intervention concernerait le marché du travail français, à travers une amélioration de la flexibilité de ce dernier, qui permettrait l’émergence de nouveaux emplois peu qualifiés, comme dans  les pays anglo-saxons, ce qui fait débat cependant, les français étant attachés à une certaine sécurité de l’emploi. Résoudre les problèmes, n’apparaît donc pas évident.

Que faut-il également retenir du rapport de l'OCDE ?

Un des principaux enseignements du rapport de l’OCDE est que les immigrés ont toujours une situation sur le marché de l’emploi et un taux de pauvreté moins bons que la population autochtone, ce qui est, somme toute, assez logique puisque les nouveaux arrivants ne peuvent prétendre au même statut social que les populations déjà présentes dans un pays donné, et ce quel que soit leur niveau de diplômes. Il convient de rappeler que si un pays comme le Canada accueille beaucoup d’immigrés qualifiés, cependant, ces derniers exercent, bien souvent, des emplois inférieurs à leur niveau de diplôme. En conséquence, il ne faut pas se leurrer, quelle que soit la politique mise en place, la situation des immigrés sera toujours moins bonne que celle des autochtones. Une bonne politique ne doit consécutivement pas viser à supprimer les écarts au nom d’un égalitarisme utopique, très en vogue chez une partie de l’extrême-gauche française, mais à les atténuer, objectif réalisable à moyen-terme si l’Etat s’en donne les moyens.

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