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Homo barbecus : l’humanité est-elle devenue intelligente en mangeant de la viande cuite ?

Nos ancêtres ont peut-être commencé à faire des grillades il y a 1,5 million d'années. Cette découverte, avec de nouvelles preuves venant du Kenya, repousse les preuves de l'utilisation du feu par des centaines de milliers d'années et donne du poids à l'idée que les aliments cuits ont contribué à déclencher l'évolution des êtres humains au grand cerveau.

Antoine Balzeau

Antoine Balzeau

 Chercheur CNRS au Muséum national d'Histoire naturelle, et travaille au Musée de l'Homme.

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Atlantico.fr : On a retrouvé des traces de barbecue vieilles d'un million et demi d'années… le signe d'un tournant dans l'histoire de l'évolution ?

Antoine Balzeau : Ce genre de découvertes doit être recontextualisé et il faut voir à quel point ça change nos connaissances. L'histoire du feu est un sujet extrêmement important pour un chercheur, car on sait que cela a une importance sur les modes de vie, et sur les capacités. On se base pour cela sur des données archéologiques. Ces données, on les trouve sur des sites de recherche. Mais le problème est qu'on a peu de sites et peu de résultats. Les "témoins" qu'on trouve sont donc extrêmement rares, des sortes de trésors exceptionnels qu'on finit par trouver. Mais ce sont des reflets partiels du passé qu'il convient de prendre avec précaution. La première d'entre elle, c'est, quand on retrouve un élément ancien comme celui de ces fouilles, il ne faut pas y voir nécessairement le plus ancien ou un début. Cela montre que c'est plus ancien que ce qu'on pensait, mais il est certain qu'on ne trouvera pas la "première fois".

Pour le feu, ce qui est intéressant, on a un enregistrement il y a quelques centaines de milliers d'années il y a 3000-4000 ans avec quelque chose qui devient répété, sur plusieurs endroits, sur plusieurs continents. Ce genre de données est un vrai support pour identifier une utilisation fréquente. Quand on va au-delà de ça, on connait un site qui date de 800.000 ans, un site à 1.000.000 d'années et maintenant ce nouveau site à 1,5 millions d'années. Il est difficile d'avoir une interprétation pour ces sites-là, car il est difficile de conclure qu'il s'agit d'une véritable preuve, et ce même si on a des éléments très sérieux, cela ne permet pas de généraliser la pratique. On ne peut prouver que tous les hommes utilisaient le feu à ce moment T.

Par contre, un gisement tel que celui-là où on trouve des traces de feu visibles, répétitives, claires, il n'y a pas de raison de l'exclure, il montre bien une évidence d'utilisation du feu à un moment dans l'histoire. A partir de là commencent les discussions sans fin sur la façon dont on a pu l'obtenir ou sur la possession des compétences nécessaires à l'utilisation du feu de manière répétée.

Certains chercheurs voient dans l’utilisation du feu très tôt dans l’histoire de l’humanité une étape importante dans la transformation d’homo erectus vers ce qu’il est aujourd’hui. Notamment avec la viande cuite, qui pour certain aurait facilité l’évolution…

Ce débat s'intègre dans une longue discussion sur la consommation de viande, et de viande cuite en particulier et des capacités intellectuelles et physiques des hommes. Depuis longtemps, on a l'idée que manger de la viande cela apporte beaucoup d'énergie, que quand c'est cuit c'est meilleur pour la santé etc. Toutes ces choses qui sont des réalités indiscutables. Le problème est le fait de faire des liens de causalités entre tout. Par exemple quand on lie le fait qu'homo habilis soit le premier à avoir des outils, et donc à chasser, et donc à manger de la viande, et donc à avoir un gros cerveau. Puis l'homo erectus est le premier à maîtriser le feu, à manger de la viande cuite… et donc encore avoir un plus gros cerveau. Et donc on en fait des effets de causalité, ce qui pose problème car au niveau archéologique on n'est pas du tout capable d'en attester avec des évidences. On sait aujourd'hui qu'homo habilis n'est pas le premier à avoir fait des outils, et que les traces de feu dans le monde ne correspondent pas aux dates de vie d'homo erectus selon les localités. Et pourtant le physique reste le même. Archéologiquement, ces théories ne sont pas étayées. 

Ce qui est intéressant c’est qu’en parallèle de ces réflexions sur homo erectus, c’est qu’il existe encore une part non négligeable de chercheurs qui pensent que Neandertal n’avait pas les capacités intellectuelles pour maîtriser le feu, et que quand il le récupérait, c’était parce qu’il le récupérait dans la nature et que seul homo sapiens avait pu avoir cette maîtrise du feu. Une position qui est à l’opposée de celle de tous les chercheurs qui travaillent sur le feu dans les périodes plus anciennes. Ce qui montre qu’on peut arriver à des conclusions totalement différentes par construction de l’hypothèse de départ. 

Diriez-vous que ces théories sont farfelues ?

Oui elles sont farfelues, car on n’a pas les données pour les prouver, et c’est surtout une vision très simplifiée de l’histoire de l’évolution. Quand on dit que de nouvelles conditions apparaissent, et que cela a directement un impact, c’est toujours plus compliqué. D’ailleurs, si on retrouve ces traces éparses de feu chez homo erectus, cela montre que ce grand bonhomme avec un cerveau plus gros a été capable d’utiliser du feu, qu’il l’a fait pas nécessairement partout, mais c’est parce qu’il était comme il était qu’il avait la possibilité de le faire s’il avait envie. 

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