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"Hollande n'est pas mon président" : 
mais qui se cache 
derrière cette étrange campagne ?
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"Hollande n'est pas mon président" : mais qui se cache derrière cette étrange campagne ?

Début juin, quelques membres du Bloc identitaire manifestaient près du siège du Parti socialiste en scandant leur nouveau slogan : "Hollande n'est pas mon président". Derrière la tentative de buzz de cette poignée d'activistes, une stratégie bien rodée. Faut-il s'en inquiéter ?

Stéphane François

Stéphane François

Stéphane François est politologue et historien des idées, enseignant à l'IPAG de Valenciennes.

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Atlantico : Le Bloc identitaire a lancé une campagne « François Hollande n'est pas mon président ». Un tel mouvement touche t-il le grand public ? Ce message, qui prétend tout de même rejeter le président de la République, est-il audible par les Français ?

Stéphane François : C'est tout l'intérêt de la stratégie du Bloc : ils partent d'une position typiquement identitaire et ils la diffusent au sein de milieux proches ou susceptibles d'être intéressés par ce genre de messages. La campagne de l'apéro pinard-saucisson en est le plus parfait exemple : lancée par le Bloc identitaire, cette initiative a séduit toute une partie de la droite et de l'extrême droite. Même des milieux comme la Droite populaire, la frange droitière de la droite de gouvernement, peuvent être intéressés par de tels discours.


Les gens qui suivent ces démarches sont-ils conscients que le Bloc identitaire en est à l'origine ?

Pas toujours.

Leur stratégie de communication, très performante, repose sur le buzz. Pour eux, le tout est de faire parler du Bloc d'identitaire. Le moindre propos médiatisé est saisit : si je tiens un propos positif sur le Bloc, ils le rapportent aussitôt sur leurs sites et leurs blogs … mais si je tiens un propos négatif, ils le reproduisent de la même manière. Tant que quelqu'un parle d'eux, ils sont gagnants.

Ce discours qui renie la légitimité de François Hollande, que signifie t-il ? Est-ce le langage habituel du Bloc identitaire ?

Au travers de cette campagne, ils reprennent un certain nombre de thèmes qui leurs sont chers, notamment l'immigration. Ils rejettent fermement François Hollande parce qu'il va à l'encontre des valeurs identitaires : libéralisme et régions.

Il faut malgré tout remarquer que depuis quelques temps, le Bloc s'était pas mal assagit. Cette campagne est l'une des plus virulentes depuis quelques années. Cela dit, il convient d'en relativiser l'envergure : à Solférino, devant le siège du Parti socialiste, il n'y avait que trois clampins et quatre tondus pour manifester … une quinzaine de personnes tout au plus !

Justement, quelle est l'ampleur de ce mouvement ? Combien de militants actifs participent et combien de personnes touchent-ils avec leurs campagnes ?

L'une des manifestations médiatiques les plus importantes qu'ils aient mené, c'était la marche des cochons à Lyon, pour protester contre les Quick vendant de la viande hallal. Pour cette action, ils étaient 500 au grand maximum, en rameutant toutes les troupes à l'échelle nationale ainsi qu'un nombre important de sympatisants.

Reste que, dès lors que vous avez une stratégie bien huilée, un petit nombre de personnes peut faire bouger les choses. L'opération pinard-saucisson en est le meilleur exemple : avec très peu d'organisateurs, ils ont réussit à faire parler d'eux et à attirer l'attention des médias et des Français. Même chose pour les prières dans la rue à Paris : un petit groupe de membres à réussit à faire passer un message qui a été visionné par beaucoup de monde.

Leurs stratégies médiatiques sont bien pensées. Ce n'est pas un hasard : Fabrice Robert, le dirigeant du Bloc identitaire, est un professionnel de la communication.

Selon les tentatives médiatiques, ils arrivent à atteindre de quelques centaines à quelques milliers de personnes : les sympatisants, les membres de l'UMP ou du FN les plus à droite, les collectifs anti-fascistes qui les surveillent ainsi qu'une poignée de curieux.

Le mouvement identitaire doit-il être pris au sérieux ? Doit-on s'inquiéter de leurs actions ?

D'un point de vue démocratique, même si leurs discours vont à l'encontre des valeurs républicaines, il faut relativiser : un certain nombre de membres veulent se normaliser. Dès que des identitaires accèdent à une forme de pouvoir au niveau local, ils sont amenés à faire des compromis. Leur gestion politique, à cette échelle, est tout à fait normale.

Beaucoup de mouvances identitaires ne trouvent pas leur public. La maison flamande, à Lille, en est un exemple : malgré la forte identité de la région, elle a du fermer ses portes. Malgré l'attachement local à une forme identité, le discours du Bloc ne parvient pas à prendre.

Ce discours profondément anti républicain, comme ici le rejet de la légitimité du président, est-il nouveau suite à l'élection du nouveau président ?

Non, pas du tout. Ils ont toujours tenu ce genre de propos, très virulent. Il ne faut pas oublier que le Bloc identitaire est fondamentalement régionaliste, il rejete par essence la République jacobine. Ils aspirent à une sorte de communauté ethno-régionaliste structurée sur les grandes régions de l'Ancien Régime : les Picards, les Alsaciens, les Corses, les Basques, les Provencaux … Leur but, c'est une forme de fédéralisme.

Est-ce qu'ils refusent les pratiques démocratiques ? Non. La preuve : ils participent à des élections locales. Fabrice Robert l'a expliqué très honnêtement : il a admis être un ancien skinhead, avoir été violent et avoir fait de nombreuses erreurs. Il a notamment été condamné pour négationisme. Mais il revendique d'avoir changé.

S'inquiéter du retour d'une internationale brune est très à la mode aujourd'hui. A mon avis, il n'y a pourtant pas du tout lieu de s'inquiéter : les débats, à l'intérieur du Bloc identitaire, prouvent que la plupart de leurs membres cherchent à se normaliser.

Propos receuillis par Romain Mielcarek

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