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Hillary Clinton et Donald Trump quasi ex-eaquo au concours d’impopularité mais il existe une différence radicale entre les 2 et la voilà
©Reuters

Chuck Norris

Hillary Clinton et Donald Trump quasi ex-eaquo au concours d’impopularité mais il existe une différence radicale entre les 2 et la voilà

Alors que la convention des Républicains (qui doit désigner leur futur candidat à l'élection présidentielle) se déroule aujourd'hui à Cleveland, de nombreux sondages annoncent Donald Trump perdant face à Hillary Clinton. Si les deux candidats souffrent d'une forte impopularité, seule la candidate démocrate semble capable de gouverner aux yeux des Américains.

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), Trumpland, portrait d'une Amérique divisée (Privat, 2017),  1968: Quand l'Amérique gronde (Privat, 2018), Et s’il gagnait encore ? (VA éditions, 2018), « Joe Biden : le 3e mandat de Barack Obama (VA éditions, 2019) et la biographie de Joe Biden (Nouveau Monde, 2020). Son dernier livre : Kamala Harris, L'Amérique du futur, aux éditions Nouveau monde (septembre 2021).

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Atlantico : D'après trois sondages nationaux publiés au cours du week-end, Hillary Clinton l'emporterait face à Donald Trump, avec un large écart. Un sondage CNN la place en première position par 49-42; un sondage NBC / Wall Street Journal comptabilise 46-41; même chose pour le sondage du Washington Post / ABC Nouvelles qui estime les intentions  de vote à 47-43 en faveur de la candidate démocrate. À quatre mois de l'élection américaine, Donald Trump peut-il réussir à resserrer l'écart ? Quel crédit accorder à ces sondages ?

Jean-Eric BranaaCes sondages sont intéressant parce qu’ils nous donnent une photographie de la situation aujourd’hui. Toutefois, pour le moment, on se contente d’observer ces résultats et de mesurer quel candidat à la meilleure dynamique. On reste cependant prudent car la marge d’erreur est grande (entre 3 et 3,5) et ces sondages ne peuvent être pris en considération avec sérieux au stade où nous nous trouvons dans le processus d’élection du futur président : la convention républicaine n’est pas terminée, celle des démocrates n’a pas encore eu lieu et, surtout, la campagne électorale ne va débuter qu’à partir du 1er weekend de septembre, le jour du Labor Day (la fête du travail). Beaucoup de choses peuvent, et vont se passer, qui influenceront les résultats. Patience, donc.

D'après le sondage du Washington Post / ABC Nouvelles, si les deux candidats souffrent d'une forte impopularité, seule Hillary Clinton semble capable de gouverner pour les Américains. En effet, pour la majeure partie des électeurs, Donald Trump ne possède pas les qualités suffisantes pour être un bon Président, à la différence de la candidate démocrate qui possède déjà une certaine expérience politique. 59% considèrent que Clinton est "qualifiée comme Président", tandis que 60% considèrent que Donald Trump ne l'est pas. Comment Donald Trump va-t-il pouvoir modifier la perception des électeurs sur ses qualités pour le poste ?

C’est vrai que la différence d’expérience est gigantesque. D’un côté, voilà quelqu’un qui est une femme de convictions et de pouvoir, qui a occupé différents postes, a été confrontée à la difficulté de la l’expérience gouvernementale, soit indirectement, soit directement. Qu’elle ait été aux côtés de son mari, comme Première dame en Arkansas, puis Première Dame des Etats-Unis, ou en première ligne, lorsqu’elle était sénatrice de New York ou Ministre des Affaires Etrangères, Hillary Clinton a appris et s’est préparée au rôle suprême.

Rien de tout cela avec Donald Trump, qui a certes été à la tête de son empire, mais ignore tout des réalités gouvernementales, de leurs exigences et même de la limite de son pouvoir. Le fait qu’il n’ait jamais été élu ne l’empêchera pas de l’être cette fois-ci, même sur la plus haute marche ; néanmoins, beaucoup d’électeurs réfléchiront certainement à ses lacunes en la matière au moment de faire le choix final. Il aura beau expliquer qu’il va s’entourer d’une équipe de gens compétents et que cela s’est déjà fait dans le passé, comme du temps de Ronald Reagan, il est fort possible que l’on découvre le 8 novembre que les Américains font passer l’intérêt général avant la manifestation de leur mauvaise humeur.

Le sondage du Washington Post relève également que pour 59% des Américains, Clinton possède "la meilleure personnalité et tempérament pour servir efficacement en tant que Président". Ils ne sont que 28% à le penser pour Trump. Au-delà des compétences professionnelles, en quoi cette présidentielle repose-t-elle également sur une bataille de personnalité ?

Plus que sur une bataille de personnalité, la campagne actuelle repose sur une campagne de communication. Plus personne n’ignore que Donald Trump a animé pendant 7 ans une émission de télé-réalité (The Appentice) et qu’il maitrise tous les rouages de la communication et des médias. Il sait intéresser les gens, capturer leur attention, la garder, créer des effets et amener vers la conclusion de son choix. Tous les éléments de la manipulation sont résumés dans une déclaration qu’il fait dans chacun de ses discours, lorsqu’il compare ceux qui viennent assister à ses meetings à "des vrais gens", en s’incluant dans cette qualification, oubliant au passage qu’il est multimillionnaire et ne connait aucun des problèmes dont souffrent les vrais gens en face de lui. Mais il est vrai que sa gouaille, son verbe haut et ses déclarations à l’emporte-pièce plaisent à un grand nombre d’électeurs. Sa diabolisation lui donne également beaucoup de crédit auprès de ceux qui se sentent ni écouté ni entendus par le personnel politique.

Hillary Clinton se situe justement dans l’autre extrême : elle incarne l’establishment, la classe dominante (et oppressante), Wall Street et les politiciens professionnels, voire véreux. Sa retenue ou sa pudeur sont souvent pointées du doigt et assimilées à du mépris pour les autres. Les caractères de l’un et de l’autre pèseront donc beaucoup en septembre et octobre, car ils seront des armes de communication et que c’est, parfois,  là-dessus que les électeurs se décideront à la fin.

D'après le Washington Post, Hillary Clinton est populaire dans les états bien éduqués tels que la Virginie, mais elle a du mal à s'implanter dans les endroits moins instruits ou diversités tel qu'avait sur le faire son prédécesseur Barack Obama. Dans quelle mesure Hillary Clinton peut-elle se reposer sur l'héritage de Barack Obama afin de remporter la sympathie des électeurs ?

C’est un point capital pour Hillary Clinton qui a un déficit d’image dans les Etats ouvriers. En s’adressant aux gens plus instruits, tournés vers l’avenir et qui ont intégré les nouvelles technologie et la mutation vers la robotisation, le Parti démocrate a courtisé depuis longtemps les population située sur les côtes Atlantique et Pacifique et dans les centres très urbanisés. Cela s’est fait au détriment des zones moins habitées ou des régions ouvrières qui étaient déclinantes. Hillary Clinton n’est plus en capacité à rattraper ce retard seule : elle doit s’appuyer sur des hommes et des femmes qui ont la confiance des population délaissées, ou qui peuvent la retrouver, tel que Barack Obama ou son mari, Bill Clinton. On devrait donc les voir prendre de plus en plus d’importance dans la campagne dans les semaines qui viennent.

Hillary Clinton, déjà impopulaire aux Etats-Unis, a perdu des intentions de vote suite à l'affaire des emails privés (lors de son mandat en tant que secrétaire d'état aux affaires étrangères). Quelles pourraient être les domaines qui feraient perdre Hillary Clinton à la présidentielle ? 

Ce n’est pas tant l’affaire des emails qui a fait perdre des voix à Hillary Clinton que l’impression diffuse qu’on ne pouvait pas lui faire confiance. Cette question de lien de confiance entre elle et le peuple est un des plus grands écueils qu’il lui faudra surmonter : il n’est pas nouveau et elle a du mal à s’en débarrasser. Son image de femme hautaine, voire méprisante est le deuxième de ses problèmes : quelle différence entre elle et son mari ou elle et le président actuel ! Donald Trump l’a bien compris et il a lancé, directement ou avec l’aide du Parti républicains plusieurs attaques dans cette direction. Il reste aussi le problème de ses liens avec les groupes financiers, que beaucoup lui reproche, à sa gauche cette fois, et qui pourrait retenir chez eux un grand nombre de ses électeurs, dans une élection qui s’annonce serrée et où chaque voix comptera…

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