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Grèce : quel pouvoir de nuisance aurait encore un Alexis Tsipras réélu
©Reuters

Reculer pour mieux sauter

Grèce : quel pouvoir de nuisance aurait encore un Alexis Tsipras réélu

Les élections législatives grecques ont lieu ce dimanche 20 septembre, et si Alexis Tsipras n'incarne plus "l'espoir" lors de l'arrivée de Syriza au pouvoir, le premier ministre sortant pense encore avoir une carte à jouer.

Pierre Briançon

Pierre Briançon

Pierre Briançon est journaliste. Il est correspondant à Paris pour l'édition européenne de Politico, média américain d'information politique.

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Atlantico : Depuis qu'il a signé le troisième mémorandum avec Bruxelles cet été, à l'issue d'âpres négociations, Alexis Tsipras a du abandonné son engagement de combattre l'austérité. Pour remporter la victoire aux élections législatives grecques le 20 septembre prochain, les candidats de Syriza essaye de convaincre les électeurs grecs que l'application des accords passés avec les créanciers seront moins douloureux. Qu'entend concrètement le parti par-là ? En cas de victoire, quelles seraient ses marges de manœuvres politiques réelles dans la mise en place des accords ? 

Pierre Briançon : Alexis Tsipras veut passer pour celui qui est le mieux a même de résister à un éventuel durcissement du programme des créanciers (ce qui serait possible si, par exemple, les prévisions macro-économiques qui l’entourent devaient changer brusquement, notamment a la suite du ralentissement de la croissance mondiale). Les "marges de manœuvre" – qu’elles soient politiques, économiques ou financières – dans la mise en place des accords sont, selon le point de vue ou l’on se place, larges ou inexistantes. Larges si l’on considère que le gouvernement est relativement libre d’atteindre les objectifs fixés en accord avec les créanciers par les moyens de son choix. Inexistantes si l’on entend par là la remise en cause des objectifs eux-mêmes, qui semblent difficilement négociables.

Un domaine qui reste a discuter est la question de la restructuration de la dette grecque, préalable mis par le FMI à sa participation au programme mais refusé officiellement par les dirigeants allemands. On en discutera en Novembre, et peut-être Tsipras pense-t-il qu’il peut passer aux yeux de l’opinion pour celui qui est le mieux a même de négocier le meilleur accord pour la Grèce. J’en doute.

Les précédents combats électoraux s'articulaient essentiellement autour de la sortie de l'euro et le rejet des conditions de financement de l'Europe. Comment se structurent aujourd'hui les débats ?

Principalement autour du bilan désastreux de Syriza, dont les huit mois de pouvoir ont été pour les Grecs une calamité indiscutable. Tsipras semble toujours bénéficier d’un réel soutien dans l’opinion et d’une base électorale certes diminuée mais significative. Reste à savoir si ces électeurs lui savent gré de ses rodomontades passées ou de son retournement récent. En tout état de cause, mis a part sa “gauche de la gauche” à lui, il est frappant de constater que tous les débats se sont inscrits dans l’acceptation des contraintes de la zone euro et du programme de refinancement concédé par les créanciers.

De même, comment a évolué l'opinion publique grecque, quelles sont les attentes les plus palpables, comment se recomposent ? 

Après cinq élections générales en six ans, plusieurs années d’une austérité radicale qui a détruit plus d’un quart de l’économie, et les promesses successives de gouvernements promettant la la fin des problèmes alors même qu’ils les aggravaient, les Grecs semblent plus que tout aspirer à une forme de stabilité. Au moins l’hypothèse d’une sortie cafouilleuse de l’euro est-elle écartée, et les docteurs Diafoirus du type Varoufakis ne sont plus en état de nuire autrement qu’en paroles. Il peut paraître bizarre que Tsipras en personne puisse désormais incarner cette stabilité, mais il ne serait pas étonnant que cette aspiration même de ses électeurs le maintienne à son poste, même s’il pourrait avoir besoin de l’aide d’autres partis pour bâtir une coalition. 

Au niveau des institutions européennes, s'il était élu, conserverait-il une certaine capacité de nuisance ? Lesquelles ? Et comment la commission européenne, ainsi que l'Allemagne, appréhendent-ils une réélection de Syriza au Parlement grec ?

On ne peut rien exclure, mais pour parler de manière brutale et même déplaisante, Tsipras est rentré dans le rang. J’ai l’impression que même la Commission Européenne et l’Allemagne ont perdu l’envie de rire de l’instabilité Grecque, et qu’elles s'accommoderaient de la réélection d’un premier ministre qui a mené la zone euro au bord de l’éclatement mais qui s’est assagi et que, surtout, elles connaissent. L’Europe s'arrangerait fort bien du départ de Tsipras, bien sûr, mais elle peut faire avec.

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