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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'exprime lors d'une conférence de presse sur le Global Gateway au siège de l'UE à Bruxelles, le 01 décembre 2021.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'exprime lors d'une conférence de presse sur le Global Gateway au siège de l'UE à Bruxelles, le 01 décembre 2021.
©Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Lutte contre l'influence chinoise

Global Gateway : l'Europe donne dans la mauvaise contrefaçon des nouvelles routes de la soie chinoise

Michael Lambert

Michael Lambert

Michael E. Lambert est analyste renseignement - EMEA pour l'agence PINKERTON à Dublin, Irlande, et titulaire d'un doctorat en Histoire des relations internationales de Sorbonne Université en partenariat avec l'INSEAD. (Twitter : @Mischa_Lambert).

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Atlantico : Il y a quelques jours, l'Union européenne a lancé le Global Gateway, un plan de 300 milliards d'euros d'ici 2027. Quels sont les objectifs de ce plan ? Dans quels domaines ces milliards seront-ils investis ?

Dr. Michael Lambert : L'objectif du Global Gateway est double : d'une part, répondre au modèle d'influence chinois des Nouvelles Routes de la Soie, et d'autre part, recentrer le Partenariat oriental (Biélorussie, Moldavie, Ukraine, Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan) vers les pays essentiellement pro-UE, à savoir la Géorgie, la Moldavie et l'Ukraine. En ce sens, le projet Global Gateway ne vise pas à avoir une influence globale comme les Nouvelles Routes de la Soie mais régionale et essentiellement dans la périphérie européenne. 

Les principaux secteurs selon la Commission européenne seront le numérique, domaine où l'UE n'est pas très compétitive par rapport à la Chine, le climat et l'énergie, où là encore l'UE n'est pas très compétitive par rapport à la Russie, les transports, la médecine et l'éducation, ces trois derniers domaines incarnant à priori les compétences propres de l'UE. 

Néanmoins, le budget total de 300 milliards ira essentiellement à des frais administratifs ou d'évaluation, plutôt qu'à des projets concrets comme le font les Chinois. 

L'approche de l'UE laisse également peu de place aux entreprises, et propose de financer des gouvernements ou des structures administratives qui doivent mettre en œuvre divers dispositifs. Tout comme le partenariat oriental, l'approche est donc théorique et ne repose pas sur le concept de retour sur investissement, à la différence de l'approche chinoise qui inclut davantage les entreprises. En outre, Global Gateway a une forte connotation politique et ethnocentrique (l'UE se considère comme une réponse aux modèles russe et chinois) alors que les Nouvelles Routes de la Soie sont apolitiques, non discriminatoires et donc plus inclusives. En bref, l'UE commet les mêmes erreurs qu'avec le Partenariat oriental (crise en Ukraine, intégration de l'Arménie et du Belarus dans l'Union économique eurasiatique, régime autocratique en Azerbaïdjan) par manque de pragmatisme et d'esprit commercial.

Derrière le battage médiatique, combien d'argent sera réellement mis sur la table et susceptible d'être mobilisé ?

Le budget total sera effectivement de 300 milliards, peut-être plus, mais si ce chiffre semble conséquent ce n'est qu'en apparence. En effet, la Chine dispose d'un budget 3 fois plus important avec des coûts de main d'œuvre moins élevés, et 300 milliards est à peine la somme nécessaire pour relancer l'économie d'un pays comme l'Ukraine. L'UE est également minée par des lobbies qui influencent la répartition du budget, et les gouvernements avec lesquels elle négocie sont souvent corrompus et parviennent à tirer avantage d'elle. À l'inverse, la Chine dispose d'une excellente stratégie de lutte contre la corruption, ce qui explique son succès en Asie centrale et en mer Noire, contrairement à l'UE qui ne sait pas comment endiguer la corruption au sein de ses propres États membres. 

Y a-t-il suffisamment d'argent en jeu pour espérer réellement concurrencer la Chine comme semble l'espérer l'UE ?

Absolument pas, les 300 milliards pourraient éventuellement financer les débuts de projets ambitieux, mais pour que ceux-ci réussissent, il faudrait que les entreprises créées aient un intérêt à rester sur le long terme (comme sur le modèle des start-ups). 

Au lieu de cela, il est probable que des projets sans retour sur investissement voient le jour grâce au financement de l'UE, pour s'effondrer une fois le financement arrêté. 

En ce sens, l'UE partage beaucoup avec l'URSS avant elle (qui avait également d'ambitieux projets en Europe de l'Est, au Moyen-Orient et en Asie centrale) dans la mesure où il s'agit de deux administrations qui n'investissent pas avec une approche économique pragmatique mais dans des secteurs qui incarnent leurs intérêts idéologiques. La réussite d'un projet nécessite une mentalité entrepreneuriale, une liberté d'innovation et une réactivité, ce qui est l'exact opposé du service public et donc de l'Union européenne. 

Ce plan cible-t-il suffisamment les secteurs stratégiques, notamment technologiques, pour avoir une utilité stratégique face à la Chine, mais aussi aux Etats-Unis ?

L'Union européenne est très en retard par rapport à la Chine et aux États-Unis dans tous les secteurs technologiques, on voit donc mal dans quels domaines Bruxelles pourrait concurrencer la Chine, étant donné que Beijing a déjà la suprématie dans les secteurs militaire, spatial, industriel, de la téléphonie ou encore de la bio-ingénierie. 

En définitive, seuls les États-Unis ont les moyens de rivaliser avec la Chine ; l'UE ne peut y apporter une réponse adéquate. 

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