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Joseph Macé-Scaron : "Je crois qu’il y aura effectivement une génération Hollande qui portera son nom. Tous ceux qui sont restés pendant tant d’années dans l’opposition devraient émerger et former cette génération."
Joseph Macé-Scaron : "Je crois qu’il y aura effectivement une génération Hollande qui portera son nom. Tous ceux qui sont restés pendant tant d’années dans l’opposition devraient émerger et former cette génération."
©Reuters

Elephanteaux

Les éléphants socialistes empêcheraient-ils l’émergence d’une "génération Hollande" ?

Dans l'éventualité d'une élection du candidat PS le 6 mai prochain, quelles nouvelles têtes pourraient gagner leur place sur l'échiquier politique : de nouveaux lionceaux ou de vieux éléphants ?

Joseph  Macé-Scaron, Maurice Ulrich, Josée Pochat

Joseph Macé-Scaron, Maurice Ulrich, Josée Pochat

Joseph Macé-Scaron est journaliste et essayiste. Il est directeur adjoint de l'hebdomadaire Marianne.

Maurice Ulrich est journaliste et éditorialiste politique pour le quotidien L'Humanité.

Josée Pochat est journaliste pour l'hebdomadaire Valeurs actuelles.

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Atlantico : François Hollande est arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle dimanche, et les membres politiques du PS se sont succédés sur les plateaux de télévision pour commenter cette première victoire. S'il était élu le 6 mai, qui pourraient être les visages de son quinquennat ? Les éléphants du Parti socialiste ou de nouveaux venus ?

Joseph Macé-Scaron : Je crois qu’il y aura effectivement une génération Hollande qui portera son nom.Tous ceux qui sont restés pendant tant d’années dans l’opposition devraient émerger et former cette génération. Mais il faut faire une différence entre les nouveaux déjà connus du public et ceux qui ne le sont pas encore. Aurélie Filippetti, Najat Vallaud-Belkacem, Delphine Batho devraient émerger mais sont déjà beaucoup présents médiatiquement. Moins connus du grand public, nous retrouverons des personnes comme Rémi Branco, qui faisait remonter des notes à Vincent Peillon, Safia Otokoré, vice-présidente de la région Bourgogne, Olivier Faure, secrétaire général du groupe socialiste de l'Assemblée nationale et Christophe Sirugue, maire de Chalon sur Saône. 

Dans l’équipe de François Hollande, il y a aussi des très vieux historiques qui ne sont jamais arrivés au pouvoir et qui transmettent eux-mêmes en permanence. C’est  la bande des "deloristes" qui constitue la garde rapprochée du candidat, avec des personnes comme Jean-Yves Le Déaut, Jean-Yves Le Drian, Jean-Pierre Mignard et Michel Sapin. Ensuite, il y a des personnes qui se sont constituées pendant l’expérience de François Hollande à la tête du PS. Je pense ici à André Vallini, Bruno Le Roux, François Rebsamen et Stéphane Le Foll. Enfin, il y a toutes les personnes qui sont venues progressivement pendant les primaires. On retrouve ici une partie des anciennes équipes de Lionel Jospin ou Dominique Strauss-Kahn avec des personnes comme Pierre Moscovici et Manuel Valls. Et même une partie non négligeable de l’équipe Fabius avec Claude Bartolone, qui apparaîtra d’une manière ou d’une autre dans un ministère, et dans un autre genre Thierry Lajoie, un excellent communicant avec un excellent carnet d’adresses dont la presse ne parle absolument pas.

Enfin, rien d'étonnant à ce qu'aucune "véritable nouvelle tête" socialiste n'ait eu la chance de commenter les résultats du premier tour de la présidentielle dimanche soir, puisque seules les personnalités politiques socialistes se sont présentées, et ont été invitées sur les plateaux de télévision. Peut-être aussi pour être médiatiquement présents en vue de l'obtention de futurs postes...

Maurice Ulrich : Il est probable qu’arrivent au premier plan des gens dont on n’a pas forcément beaucoup parlé et qui ont déjà un rôle autour de François Hollande.Des personnes comme Aurélie Filippetti, Najat Vallaud-Belkacem et Anne Hidalgo, surtout si elle remplace Bertrand Delanoë à la mairie de Paris.

D’autre part, il existe cette autre génération en place qui a déjà participé à la primaire comme Manuel Valls et Arnaud Montebourg. Si ce ne sont pas les perdreaux de l’année, ce sont malgré tout de jeunes hommes politiques. Il ne faut pas oublier que Martine Aubry est toujours la patronne de l’appareil du PS. Elle aura donc aussi un rôle important à jouer. Tout comme André Vallini qui joue un rôle important dans la politique du Parti socialiste en matière judiciaire.

Ensuite, ne sont représentés médiatiquement que les politiques "invitables" sur les plateaux de télévision, ceux qui ont une certaine notoriété médiatique. Pour prendre l'exemple de la soirée électorale de dimanche, on voit très clairement que la qualité des invités décroît en fonction de l'audimat. Rien d'étonnant donc à ce que les "nouveaux venus" se limitaient dimanche à Najat Vallaud-Belkacem, et Aurélie Filippetti. Pour le reste, il s'agissait des candidats de la primaire socialiste...

Josée Pochat : Cela risque d’être compliqué. Il y a déjà une génération sacrifiée au Parti socialiste issue du dernier grand gouvernement  fabriqué au PS, celui de Lionel Jospin en 1997. Des personnages comme Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Benoît Hamon, André Vallini ou Jérôme Cahuzac existent déjà et il va être très difficile de les écarter du pouvoir. Dans ce groupe, beaucoup n’ont même jamais été ministres.

Une personne comme Najat Vallaud-Belkacem aura sûrement la chance de se faire une place car elle sort du lot par son histoire et son caractère. Bruno Le Roux, Jean-Jacques Urvoas, Delphine Batho, Aurélie Filippetti vont devoir composer avec la génération qui les précède et qui a été sacrifiée. Arnaud Montebourg, grâce au score obtenu lors de primaire socialiste, sera bien évidemment incontournable. Ironiquement, l’entourage de ce dernier a toujours dit que François Hollande et Lionel Jospin avaient tiré ensemble pour que les quadragénaires de l’époque, qui auraient pu se faire un nom, soient systématiquement écartés…

Les plateaux de télévision qui ont suivi les résultats du premier tour l'ont démontré : seule Najat Vallaud-Belkacem a fait une entrée remarquée dans cette campagne. Quant à Aurélie Filippetti et Bruno Leroux, ils ont été quasi inexistants...

Atlantico : Comment ces nouvelles têtes pourraient-elles émerger, face à un personnel déjà dans le circuit et qui sera difficilement mis à l'écart ?

Joseph Macé-Scaron : Il m’est difficile de répondre à cette question. Cela dépend du rapport de force aux législatives. Si le Front de gauche et les écologistes font un très bon score, il sera compliqué de se faire une place. De plus, il existe quelque chose de tout à fait naturel qui s’appelle la parité. Si vous êtes un homme de trente ans, il est aujourd’hui plus difficile de percer en politique. François Hollande a une chance. Beaucoup de jeunes têtes qui sont apparues récemment sont des têtes féminines. Je pense que François Hollande, s’il est élu, sera beaucoup plus indépendant du parti socialiste que certains observateurs pensent. Cela pourra peut-être lui permettre de faire monter des gens nouveaux plus librement que s’il avait été trop lié au parti.

Maurice Ulrich : Cela dépend du caractère de chacun d’entre eux. Par exemple, je ne crois pas qu’André Vallini, qui se trouve plus à la droite du PS, fasse beaucoup bouger les lignes. Un personnage comme Arnaud Montebourg aurait clairement plus cette aptitude. Mais tout cela ne se déroule pas dans un laboratoire en vase clos. Cela dépend bien-sûr de ce qui va se passer au premier tour et lors des élections législatives, particulièrement du coté du Front de gauche. Un Front de gauche entre 10 et 20% au premier tour de l’élection présidentielle, avec un nombre de députés relativement important, va forcément imposer la discussion. A partir de là, un certain nombre de leaders du PS, quel que soit leur poste, auront à se positionner en conséquence. Si le Front de gauche ne fait que 5% au premier tour et récolte un nombre infime de sièges à l’Assemblée, la ligne droitière du parti devrait prendre de l’importance.

Atlantico : Les nouvelles têtes vont-elles pouvoir apporter des idées neuves au parti en faisant bouger les lignes, ou seront-elles prisonnières du programme sur lequel François Hollande aura été élu ?

Joseph Macé-Scaron : Il y a un "parler socialiste" car il existe une culture partisane chez les socialistes. Pour eux, le projet et le programme sont deux choses bien différentes. Le projet, ce sont les grandes lignes, les orientations stratégiques. Le programme émane d’une discussion qui se fait entre le président de la République et le Premier ministre. C’est donc un dialogue qui se crée entre les partis et le président. Cela veut dire qu’il y a un espace politique, la possibilité pour ces nouvelles têtes de se glisser dans les interstices de ce dialogue.

Avec un président de la République, comme Nicolas Sarkozy en 2007, qui a son projet, qui veut l’appliquer et qui ne laisse de place ni au Premier ministre ni à ses ministres, il n’y pas cet espace politique. Pour discuter, il vaut mieux une gauche plurielle qu’une droite "plus rien"… Il faut une vie politique qui ne se résume pas à la surreprésentation de l’acteur principal qui alimente à lui seul la chaudière médiatique.

Atlantico : Que pourraient devenir ces jeunes pousses si François Hollande n’était pas élu en mai prochain ?

Joseph Macé-Scaron : Dans ce cas de figure, il y aurait un repli sur les fiefs électoraux, les lieux où le Parti socialiste est aux responsabilités. Cela ne pourrait alors servir que les gens qui sont déjà dans le circuit. Au contraire, une bonne et franche défaite de Nicolas Sarkozy pourrait permettre à de nouvelles têtes de droite d’apparaître. Une personne comme Guillaume Peltier pourrait alors obtenir une circonscription dans l’Ouest par exemple. En résumé, si l’on veut que la démocratie respire bien, autant de son poumon droit que de son poumon gauche, il faut une défaite de Nicolas Sarkozy pour que cette nouvelle génération apparaisse !

Maurice Ulrich : Si jamais François Hollande n’était pas élu, on assisterait à une crise profonde au Parti socialiste. Toutes les tensions, les rivalités, mais aussi les différences d’approche politique referaient alors surface. Ces batailles destructrices ouvriraient clairement des portes à de nouveaux arrivants.

Josée Pochat : Si François Hollande n’était pas élu, cela signifierait la crise au Parti socialiste.L’explosion du parti serait alors une hypothèse tout à fait crédible. Entre l’aile gauche du PS et l’aile droite, il y a un monde. Manuel Valls est tout de même plus proche d’un François Bayrou que d’un Arnaud Montebourg. Et à contrario, Arnaud Montebourg est bien plus proche de Jean-Luc Mélenchon que de Manuel Valls.

Propos recueillis par Franck Michel

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